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Voter Georges Frêche par assentiment

vendredi 5 février 2010

En 2002, selon une étude de Polytechnique, rien n’aurait changé si l’on avait voté avec le mode de scrutin "par assentiment" : Lionel Jospin aurait été évincé, au profit de Jacques Chirac. Pas de miracle à attendre pour les élections régionales : même avec ce type de vote, Georges Frêche ne risquerait pas de perdre.

Karine Van Der Straeten vient d’obtenir la médaille d’argent 2009 du CNRS, un prix interne qui chaque année honore une cohorte de chercheurs pour la qualité et l’audace de leurs travaux. Aujourd’hui, cette chercheuse de 36 ans est à l’Ecole d’Economie de Toulouse. Elle étudie les stratégies des électeurs selon les modes de scrutin, se situant dans le droit fil de ce qu’elle faisait en tant que chargée de recherches en sciences économiques au laboratoire d’économétrie de l’Ecole Polytechnique. Elle fut co-auteure en 2002 d’une expérience grandeur nature sur "le vote par assentiment" (Approvating Voting).

Le 21 avril 2002, en marge du premier tour de l’élection présidentielle française, l’équipe de politologues de l’X a organisé le principe du vote par assentiment dans 6 bureaux de vote. Principe : au lieu de voter pour un seul candidat, chaque électeur a toute la liberté de voter pour ( soit " donner son assentiment) autant de candidats qu’il le désire. Le premier d’entre eux qui a recueilli une majorité d’assentiments est élu.

Cette idée qui a ré-émergé dans les années 1980, notamment avec le livre militant de Steve Brams and Peter Fishburn, "Approval Voting", (Birkhauser 1983), a eu ses heures de gloire dans la Venise du XIIIe siècle. Dans le monde, des associations américaines de mathématiciens et statisticiens ont approuvé ce type de scrutin pour élire leur bureau exécutif.

Pour les défenseurs de l’Approvating Voting, ce type de scrutin présente l’avantage de simplifier le dépouillement des votes, d’être politiquement sincère et de cumuler les enseignements d’un premier et d’un second tour : Il restitue un classement plutôt fin des candidats, et nomme le favori.

Le vote par assentiment recoupe en partie la théorie de Condorcet. Le marquis mathématicien a élaboré une théorie selon laquelle l’unique vainqueur est celui, s’il existe, qui comparé tour à tour à tous les autres candidats, s’avèrerait à chaque fois être le candidat préféré. Ainsi les électeurs d’un vote par assentiment construiraient une stratégie dans laquelle ils écarteraient de leur liste, un ou des candidats "acceptables" qui pourraient faire de l’ombre à leur candidat principal, estimant que l’élu de leur choix est le plus apte à remporter l’élection.

Conclusion des chercheurs pour l’élection présidentielle de 2002 : Jacques Chirac aurait sans doute été qualifié, et Lionel Jospin, fixé à la deuxième place, aurait perdu. En revanche, ce type de scrutin aurait relégué Jean-Marie Le Pen, plus bas dans le classement, pour le profit des candidats Mamère, Laguillier et Chevènement.

L’expérience d’X n’a pas été renouvelée pour les élections de 2007. Les chercheurs estiment que le vote par assentiment ne modifie pas le résultat, comparé à ceux obtenus par les autres modèles de scrutin éprouvés. Pas de miracle : si le scrutin par assentiment s’appliquait durant les régionales, notamment à Montpellier, il n’est pas certain que l’impossible Georges Frêche connaisse un non assentiment massif.


Repères :

Lire :
Le vote par assentiment : une expérience, de Michel Balinski, Rida Laraki, Jean-François Laslier et Karine Van Der Straeten, Ecole Polytechnique, 2003.

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Le vote par assentiment

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