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Wanted le "post-doc" à 700 000 euros

lundi 26 juillet 2010, par Emmanuel Lemieux

Comment attirer des post-docs prometteurs mais qui préfèrent travailler à l’étranger ? Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche propose à 25 d’entre-eux chaque année un CDD de 3 ans, avec toutes les garanties d’autonomie.

Le 14 juin dernier, Valérie Pécresse, en son ministère de de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (MESR), recevait la première promotion de 25 jeunes chercheurs cobayes du programme "Retour Post-Doc".

Thibault Cantat, 29 ans, chimiste spécialiste de l’organométallique, diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure, a décidé de quitter le Los Alamos Laboratory pour revenir en France. Même chose pour Willem Boutu, physicien, David Patsouris, biologiste ou encore Isabelle Ruin, sociogéographe : finalement Paris plutôt que Berkeley, San Diego ou Boulder. Deal ministériel : vous serez autonomes et bien dotés si vous venez travailler sur les paillasses françaises. Ils ont été sélectionnés sur 97 candidats par un jury international, mais selon les critères édictés par l’ANR (Agence Nationale de la Recherche). Le MESR se réjouit que le nombre de candidats ait déjà augmenté de 43% pour la prochaine promotion.
L’opération de charme auprès de nos cerveaux exilés coûtera 11,5 millions d’euros en 2010. Ce programme assure le MESR concerne toutes les disciplines scientifiques, sans exclusive. L élu post-doct a la faculté de créer sa propre équipe de recherche dans une autonomie confortable. Précisions officielles : « Les aides financières individuelles peuvent atteindre 700 000 euros sur trois ans et permettent de couvrir tout une partie du salaire du jeune chercheur, les charges associées à la constitution d’une équipe, les coûts salariaux ainsi que les coûts liés à l’environnement de travail : infrastructure, instruments de recherche et dépenses de fonctionnement. » Le chercheur retenu pourrait ainsi développer son projet de recherche sur le territoire français au sein d’un organisme, d’une université ou last but not least, une entreprise.

Un recul français de la R&D du secteur privé

Du côté des chercheurs, notamment ceux proches du mouvement Sauvons la recherche, on est plus mitigé.
« Le problème de nos scientifiques expatriés est réel et grave, convient sur son blog le directeur de recherche Henri Audier, membre du conseil d’administration du CNRS, et l’un des piliers de Sauvons la Recherche. Mais pour le(s) milliers(s) de jeunes concernés, la grande opération consiste en 25 CDD offerts, la largeur du trait. Une opération de propagande de 11,4 millions à comparer aux 3 milliards de TVA sur la restauration et 4 milliards de Crédit d’impôt recherche recyclés dans les profits. Et il ne s’agit que de CDD de 3 ans, ce qui pourrait à la limite se défendre s’il y avait quelque chose au bout. Mais ces 25 CDD s’ajoutent aux … 10 000 déjà actuellement existants, et qu’on envoie dans le mur.  »

Poudre aux yeux ministérielle ? Depuis dix ans, les études de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique), constatent une stagnation des investissements du privé particulièrement en France, classant le pays avec ses 1,2% bien en dessous de la moyenne de 3% de l’Union européenne, observant de plus une performance en matière d’innovation plus que moyenne. Bref, 25 CDD républicains (limités à 3 ans) ne font pas encore le printemps de la recherche notamment privée.

Plus de 40% de non-Américains chez les post-doctorants

Dans le détail, 56% des « retournés » de cette première promotion étaient basées aux Etats-Unis. Selon une étude de la revue Géoéconomie (N°53, printemps 2010 dédie un excellent dossier aux batailles du savoir), le puissant « bain drain » américain ne risque pas d’être détourné. Dans la grande bataille mondiale des savoirs, les chiffres imposants restent en faveur des étatsuniens.
« Sur les milliers d’étudiants qui partent à l’étranger, les Etats-Unis en captent 20% Sur les 31 000 doctorants dans les disciplines scientifiques délivrées en 2009, plus de 40% l’ont été à des non-Américains. Et si le nombre d’étudiants allant poursuivre leur cursus aux Etats-Unis augmente, la proportion de ceux qui souhaitent s’y installer augmente également renforçant d’autant l’excellence américaine dans le domaine de la recherche. Par ailleurs, une nouvelle loi facilitant l’installation d’entrepreneurs aux Etats-Unis est en préparation », décrit l’analyste Guy Hervier.


Repères :

pour en savoir plus :

www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/.../laureats-du-programme-retour- post-doc.html -

www.blog.educpros.fr/henriaudier/2010/06/16/les-vuvuzelas-de-valerie-pecresse/


Philippe-Joseph Salazar,  le 17 août 2010 : Wanted le "post-doc" à 700 000 euros

Jadis on disait "retourné" pour un espion. Cet anglicisme ("returned", qui vient du vocabulaire des flux de réfugiés) fournit le remède et le poison : un "retourné" est toujours "retournable", loi de fer à la John le Carré. Ils retourneront, les trois ans passés.
A propos, l’Institut Brookings débat en ce moment du coût des PhDs étrangers ($300k par an) qui étudient aux frais des "tax payers", et repartent chez eux en très haute proportion, et se demande à quoi sert ce système.


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