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WikiLeaks va t-il rendre la Suisse paranoïaque ?

samedi 6 novembre 2010

Genève s’émeut de l’arrivée annoncée de Julian Assange, le patron du très controversé site Internet qui diffuse secrets d’Etat, documents militaires top confidentiel et secrets bancaires.

Connu pour son bras de fer avec le Pentagone et la Maison Blanche, le site WikiLeaks a publié quelque 400 000 documents confidentiels de l’armée américaine sur la guerre en Irak et plus de 100 000 sur le conflit en Afghanistan. Mais le type de fonctionnement, de collecte et de diffusion de ses documents obligent la petite équipe de Julian Aussange à se trouver des pays protecteurs. Envisageant un temps de de se replier en Suède, il y a été déclaré en juillet dernier, persona non grata après avoir été injustement accusé de viol sur deux mineures. Alors rester en Islande ou aller en Suisse, après avoir pensé à Cuba – pour peu que Wikileaks ne diffuse rien de compromettant sur le régime castriste... ? Le patron d’origine australienne du site qu’il qualifie volontiers de "sédition médiatique" a annoncé sur le Web de la TSR, jeudi 4 novembre, à l’occasion d’une conférence de presse qu’il songeait sérieusement à la Suisse pour demander son asile politique et médiatique. Il a promis par ailleurs de nouveaux scoops de WikiLeaks prochainement sur les écrans d’ordinateur. Cette intention de s’installer en Suisse a suscité des réponses prudentes de la part des politiques helvètes : Aussange le terrible éventrera-t-il les secrets bancaires de Bâle et Berne ? Au point que La Tribune de Genève vient d’organiser sur son site, un sondage auprès de ses lecteurs pour savoir si oui non l’arrivée probable de cet Ovni de la Toile constituait une bonne nouvelle.

Elément d’interrogation de la presse genevoise : le site apatride pourrait être soumis à la législation suisse et du coup, voir sa liberté de diffuser des documents bruts de décoffrage et réputés secrets limitée par l’article 293 du Code pénal qui justement concerne la « publication de débats officiels secrets ».

De la transparence paranoïaque

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Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks : chevalier blanc de la transparence démocratique ou prince noir de la paranoïa ?

Coïncidence : le copieux numéro de novembre (n°17) du magazine Books a traduit un article impressionnant signé Raffi Khatchadourian et publié dans The New Yorker de juin dernier. "Faut-il avoir peur de WikiLeaks ?" est une enquête fleuve de référence et une authentique descente aux Enfers dans les coulisses de ce site Internet sans rival. Créé par Julian Assange, magnétique guru aux cheveux blancs, génie informatique, nomade planétaire, techno-libertaire et paranoïaque revendiqué, WikiLeaks diffuse sans grand souci de contextualisation des documents bruts de décoffrage, des sources secrètes d’Etats ou de multinationales, et autres documents militaires top-confidentiel. C’est ainsi qu’en juillet dernier, WikiLeaks lâchait ses bombes documentaires intitulées "Journal de guerre d’Afghanistan", soit 90 000 documents laissant à voir au plus près la vie quotidienne et difficilement soutenable de l’armée américaine. Il y eût également d’autres vidéos sur des tueries de GI’s à Bagdad, intitulées "Guerre collatérale".

Julian Assange théorise sur "le journalisme scientifique", dont il estime être le promoteur : "Nous ne sommes pas la presse, affirme-t-il à Raffi Khatchadourian. L’informateur n’est plus dépendant de sa capacité à trouver un journaliste susceptible d’utiliser à bon escient son document."

"Assange voit ces événements en des termes moraux très clairs, mais au plan juridique le film ne permet pas d’en juger si facilement" commente le reporter de The New Yorker, assistant au montage de ces documents internes de l’armée.
L’enquête de Raffi Khatchadourian démontre que WikiLeaks sidère plus qu’il ne révèle. Au point que la réception même des images produit souvent l’effet inverse de ce que voulaient atteindre les promoteurs du site : la vérité censée être nue et incontestable, sortant du puits sans fond d’Internet, génère encore plus de suspicion, d’interprétations et de rumeurs complotistes.


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