Y a t-il un Bruno Latour dans ce livre ?

Le 12 janvier 2018, par Ziad Gebran

L’idée : Comment tourner en rond et nous crasher en voulant nous orienter.

Où atterrir ?, Bruno Latour, La Découverte, octobre 2017, 156 p., 12 €.

Politique. Le considérable Bruno Latour a sous-titré son dernier ouvrage « Comment s’orienter en politique », et les médias habituels qui le survolent l’ont applaudi en pilotage automatique. La promesse du départ répond à un vrai besoin, alors que les lignes idéologiques se brouillent de plus en plus. Le constat que le professeur de Sciences Po, archi-reconnu pour sa réflexion sur le développement durable, pose d’emblée : « La dérégulation capitaliste, la montée des inégalités et le péril du changement climatique, que certains continuent de nier, sont des phénomènes qui se conjuguent, contribuent toujours plus à la complexification du jeu politique, opacifiant la compréhension des positions des uns et des autres. Mais surtout, l’inaction qu’il observe lui laisser penser que nombre de dirigeants ont déjà acté le fait qu’il n’y « aurait plus assez de place sur terre (…) et pour le reste de ses habitants  ». Alors que, nous avons plus que jamais besoin de protéger, pour remplacer les protections qui disparaissent les unes après les autres, les élites auraient déjà fait leur choix : toujours plus haut pour se sauver elles-mêmes !

Le lecteur a envie d’atterrir. Au plus vite.

C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut maintenant se poser quelque part. Intellectuellement. Politiquement. Bruno Latour adresse un message sévère à nos dirigeants politiques, que l’on accuse souvent d’être perchés, hors-sol, en survol des vrais enjeux. Comme il pourrait le dire à des enfants turbulents, qui s’ébrouent dans tous les sens, il les admoneste d’un « eh, oh, il serait temps d’atterrir là » ! Parmi ces enfants turbulents, il y en a un en particulier qui retient l’attention de Bruno Latour. C’est évidemment Donald Trump, qui s’est retiré de l’accord de Paris. L’engagement de l’auteur en faveur de la COP 21 est connu. Cette décision lui a tenu à cœur alors qu’il était en train d’écrire son opuscule (qui aurait donc changé plus ou moins de cap en cours de vol ?). Il la condamne en des termes très durs : c’est comme si en quelque sorte, les Américains reconnaissaient ne pas appartenir à la même terre que la nôtre. C’est d’ailleurs l’émergence d’un monde « post-politique », qui est ainsi entériné, puisqu’il devient « sans objet ».

Mais, une fois passé la surprise suscitée par le ton de ce livre, et par l’originalité de son raisonnement, ponctué de schémas, semblant scientifiques mais qui sont en fait tirés tout droit de l’imagination de Bruno Latour, on a, nous aussi, en tant que lecteur, envie d’atterrir. Certes, l’analyse de la mondialisation qui est développée est intéressante. Certes, réconcilier la modernité avec le développement durable est important. Certes, la critique qui est faite des mouvements écologistes qui n’ont jamais su converger vers les mouvements sociaux est pertinente. Mais, ce n’est pas nouveau !

Le pamphlet latourien à peine consommé, nous ne comprenons pas vraiment où ce livre souhaite nous emmener. L’auteur semble avoir perdu le contact avec la tour de contrôle : le style, vers la fin, se complique, s’embrouillaminine entre analyse géopolitique, scientifique ou philosophique. Nous nous perdons dans la pensée de Bruno Latour. Allô, la Terre ?




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