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Y aura t-il une guerre entre la Chine et le Japon en 2012 ?

jeudi 25 octobre 2012, par Barthélémy Courmont

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La crise diplomatique entre Pékin et Tokyo à propos des îles Senbdaku (Diaoyutai en chinois) nous rappelle que les tensions en Asie du Nord-est demeurent très fortes, et que les risques de conflit restent, selon les propos du Secrétaire américain à la Défense Leon Panetta en visite à Pékin, «  très sensibles  ». Cette crise est pourtant consécutive à une décision de Tokyo (la nationalisation de certaines îles pour éviter qu’elles ne tombent entre les mains de groupes nationalistes) dont l’objectif était d’apaiser les tensions, déjà très perceptibles il y a deux ans. Comment dans ces conditions expliquer les manifestations hostiles au Japon relevées dans plusieurs villes chinoises, le haussement de ton de Pékin, l’envoi dans la zone de plusieurs navires de guerre et les pressions exercées sur Tokyo ? Voici quelques éléments d’explication.

Tester la base conservatrice

A la veille du 18ème Congrès du Parti Communiste Chinois, qui consacrera mi-octobre une nouvelle génération de dirigeants, Pékin teste sa base conservatrice, réceptive à un discours nationaliste et sur laquelle il faudra compter dans les prochaines années, tout autant que les réformateurs. En montrant les crocs, la Chine envoie un message clair à ses conservateurs : la montée en puissance ne se traduit pas par une posture plus faible et des concessions. La nouvelle équipe dirigeante ne pourra engager le pays sur la scène internationale sans s’assurer du soutien des milieux conservateurs, et le bras de fer avec Tokyo accompagné des manifestations encadrées par les autorités est un gage qui va dans ce sens, et le calendrier n’est pas que le fait du hasard.

Faire plier le Japon économiquement

Si la Chine continue sa croissance vertigineuse, en dépit de chiffres moins surréalistes que ces dernières années mais qui restent élevés, le Japon est dans une situation économique délicate, qui impose une redéfinition de son engagement en Asie, et notamment un rapprochement avec Séoul et Pékin pour faire front commun face aux difficultés résultant de la crise économique internationale. Tokyo est ainsi en position de faiblesse par rapport à Pékin, qui sait habilement tirer tous les bénéfices de cette situation. De fait, dans une atmosphère de morosité économique, les problèmes rencontrés par les entreprises japonaises en Chine, qui voient leurs ventes chuter en raison du « Japan bashing » ambiant, sont autrement plus sérieux que la question de la souveraineté des Senkaku.

Tester les réactions américaines

En faisant une nouvelle démonstration de force, Pékin teste enfin les réactions américaines. Washington est en partie à l’origine du différent territorial, depuis sa décision de placer les Senkaku sous autorité japonaise en 1972, et son partenariat stratégique avec Tokyo imposerait, dans le cas d’une escalade, un engagement des forces américaines. A cela s’ajoute la volonté exprimée par l’administration Obama de se réengager en Asie-Pacifique, notamment en renouvelant la relation avec les alliés, au premier rang desquels le Japon. Pour autant, les Etats-Unis ne sont pas disposés à s’engager dans un conflit en Asie du Nord-est, et privilégient un statu quo profitable à tous. Pékin a conscience du souhait de Washington d’éviter l’escalade, et souhaite tester jusqu’où iraient les dirigeants américains. Les propos de Leon Panetta, qui craint un conflit et invite les parties en présence à tout faire pour l’éviter, sont un indicateur précieux de ce que les Etats-Unis ne sont actuellement pas prêts à faire.

Il y a donc, on le voit bien, un certain opportunisme dans la démarche de Pékin qui profite de sa position de force par rapport à Tokyo (et Washington), et de l’impossibilité pour le Japon de se passer d’une relation économique et commerciale élargie. De telles pratiques sont assez semblables à ce qui se déroule en mer de Chine du Sud, et pourraient augurer une nouvelle méthode chinoise en matière de politique étrangère, mêlant confiance, opportunité et arrogance.


Repères :

Barthélémy Courmont est Professeur à Hallym University (Corée du Sud) et rédacteur en chef de Monde chinois, nouvelle Asie. Il s’agit de sa première chronique pour Les Influences.


le 26 octobre 2012 : Y aura t-il une guerre entre la Chine et le Japon en 2012 ?

En effet, et en outre : à lire la presse chinoise, en anglais, il est clair que dans la rivalité Romney-Obama, la seule et unique, presque lancinante, obsession de la Chine communiste est : lequel des deux sera "le plus dur". Tout est vu par ce prisme-là, et les ilôts (sans compter d’autres) aussi. La fermeté de Romney n’inquiète pas : elle force déjà le PC chinois, qui est sur le point de se réunir en plenum annuel (et amender la constitution pour introduire plus de réformes économiques) à développer une stratégie, car la confrontation directe avec le plus puissant n’est jamais de mise - voir le choc des responsables communistes lorsqu’ Obama a affronté, malencontreusement, la Chine avec son pacte du Pacifique.
PhJ Salazar


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