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Yvon Lambert, salutations distinguées

mardi 3 mai 2011, par Jean-Louis Marcos

L’un des plus influents galeristes de la planète voulait quitter la scène en douceur, c’est raté.

L exposition "Je crois aux miracles, 10 ans de collections Yvon Lambert" qui avait débuté le 12 décembre 2010 pour s’achever le 8 mai 2011, devait être comme une forme de consécration. Dimanche 17 avril, la collection d’art contemporain Yvon Lambert à Avignon (Vaucluse), a fait l’objet de vandalisme : des coups de marteaux ajustés sur deux clichés de l’artiste new-yorkais Andres Serrano, soit "Sœur Jeanne Myriam", et "Immersion Piss Christi", jugés blasphématoires par la communauté catholique intégriste. La veille, un millier de protestataires, cornaqué par l’Institut Civitas, réclamait le retrait des oeuvres du photographe impi.

Yvon Lambert aurait sans doute préféré se retirer en douceur, ce qui est plus sa griffe. Le collectionneur et galeriste vient d’annoncer qu’il allait fermer l’été prochain sa galerie de New York et qu’il allait progressivement cesser son activité de galeriste après 45 ans de métier. Il s’agit pour lui de se détacher du marché et, selon sa déclaration, de « garder mon amour des œuvres et ma relation aux artistes intacts. » Sa galerie parisienne, rue Vieille du Temple, restera en activité sous la direction d’Olivier Belot, son collaborateur depuis de nombreuses années.

Né à Vence en 1946, d’un milieu modeste, Yvon Lambert achète sa première œuvre d’art à 14 ans. Une petite vue de Vence qu’il possède toujours. Bien avant d’être marchand, et semble-t-il bien après, Yvon Lambert est un collectionneur. En 1961 il ouvre une galerie à Vence qui déménage, en 1964, rue de Seine à Paris.En 1969 il visite la fameuse exposition « Vivre dans votre tête. Quand les attitudes deviennent formes » organisée par Harald Szeemann à la Kunsthalle de Berne. C’est la révélation. Plus de 60 artistes venus du monde entier montrent que le processus artistique, le projet, l’ébauche, le geste peuvent être aussi des œuvres. On y vit Beuys, Pistoletto, Serra, Heizer, Sarkis, Artschwager, Jacquet, De Maria, Wiener, beaucoup d’autres. Cette irruption de l’art conceptuel, mais aussi du body art, de l’arte povera et du land art provoque un énorme scandale à Berne et ouvre de considérables perspectives à Yvon Lambert.

Des goûts éclectiques et influents

À Paris ses liens avec la galeriste Ileana Sonnabend, l’ex-femme et l’œil du grand marchand Léo Castelli, permettent des relais avec la scène artistique américaine. Les années suivantes Yvon Lambert fait découvrir en France les artistes conceptuels, ceux du minimalisme et du land art. En 1969 Richard Long expose chez lui ses œuvres faites en marchant dans la nature. En 1970 Lawrence Wiener montre ses concepts, Carl André ses géométries minimales en 1971. Yvon Lambert est le premier à montrer Robert Ryman et de nombreux autres artistes à Paris. Dans les années qui suivent le galeriste défend tous les visages de l’art de son temps. De Daniel Buren à Claude Lévêque, de Sol LeWitt à Basquiat, de Nan Goldin à Cy Twombly, de Serrano à Miquel Barcelo, de Joseph Beuys à Christian Boltanski, les goûts d’Yvon Lambert sont très éclectiques. Peu à peu il devient un personnage très important de la scène internationale de l’art vivant. La fameuse liste "The Power 100 "établie par le magazine ArtReview, qui, depuis 2002, décrète chaque année qui sont les cent personnes les plus influentes du monde de l’art contemporain, l’a retenu trois fois alors que les Français s’y comptent au maximum sur les doigts d’une main.

300 oeuvres offertes à l’Etat français

À partir de 2000 Yvon Lambert décide de montrer au public sa formidable collection personnelle et installe son fonds dans l’hôtel de Caumont d’Avignon. En 2008 il annonce qu’il envisage de faire une dation à l’Etat français de 300 œuvres de sa collection, pour une valeur estimée de 63 millions d’euros. Comme souvent l’Etat hésite, frilosité bien française de politiques fermés à l’art contemporain. Il s’agit pourtant d’une collection exceptionnelle que les musées français, aux budgets limités, n’ont absolument pas les moyens d’acquérir.
Partout ailleurs qu’en France on le fêterait comme un grand philanthrope.
En attendant Yvon Lambert se retire du marché et veut se consacrer à la passion de sa vie de collectionneur : l’art et les artistes. Un goût qu’il définit ainsi : « C’est un monde de l’ordre du privé et du personnel, c’est très intime. »


Repères :

Podcast :

Hors-champs. Entretien avec Laure Adler, France Culture. 29/04/2011.


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