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Zones de tempêtes

vendredi 29 novembre 2013, par Thierry Jeantet

Comment l’actuelle et préoccupante crise des pays du Nord peut se transformer en source de créativité et même d’équité

Zones de tempêtes : la multiplication de fermetures d’entreprises dans le Nord du globe, et dans l’espace de l’Union Européenne en particulier, est plus que préoccupante. Elle conduit nombre de salariés au chômage, à des périodes longues d’instabilité sociale autant qu’en termes de perte de revenus.

L’attentisme européen, malgré les appels et propositions du président français est d’autant plus étonnant. Pour ne pas dire accablant. Comment les 28 peuvent-ils continuer à agir de façon aussi dispersée ? Donc prendre le risque d’être chacun demain plus affaibli ? L’actuel ralentissement de la croissance en Pologne (son taux de croissance qui était de 3 à 4 % est tombé à 1%) est à cet égard un sérieux avertissement. Ce pays subit, malgré lui, les résultats d’une « non-politique européenne ». Ou pour ce qu’il en existe d’une orientation vers l’austérité qui conduit peu à peu à une sorte d’assèchement économique de l’espace européen. Il n’est pas sûr, pour le moins, que l’Allemagne n’en subisse pas, à son tour, les conséquences. Il est paradoxal de voir les dirigeants de l’Union Européenne choisir la dispersion des initiatives entre des pays aussi interdépendants ! A quoi sert-il que l’Europe soit – de fait- la première zone économique mondiale avec un PIB de 16634 milliards de dollars ? . Ce n’est pas une position acquise pour l’éternité (d’ailleurs le PIB par habitant est nettement moins bien classé). Mais il est encore temps de l’exploiter et de lancer des Projets Européens dignes d’elle. Tournés bien sûr vers l’avenir. Au-delà de la seule Economie de la Connaissance cheval de bataille annoncé des instances de la Commission Européenne.

C’est d’abord en Europe que le quatuor « Gouvernance Participative- social- environnement- économie » doit être mis en œuvr. Pour piloter les mutations nécessaires. Elle en a la faculté. Les Projets, quels que soient les secteurs, doivent être soumis à ces quatre règles ou repères. C’est la condition pour aboutir à des créations de richesses soutenables et partageables.

Zone de créativité

La Zone de Tempêtes traversée devrait devenir une Zone de Créativité, d’élans nouveaux. Ce qui suppose que les européens se rassemblent dans l’action. Et amplifient, modifient même, leurs objectifs.

Il est très intéressant de constater les efforts entrepris par la Banque Européenne d’Investissement pour financer « l’innovation à l’appui de la croissance » (revue BEI n°150). Son président, W.Hoyer, a annoncé « la Banque investira dans l’innovation pour renforcer le potentiel de croissance à long terme. » Avec des objectifs qui ne sont pas seulement financiers ou étroitement économiques. La lutte contre le chômage des jeunes est mise en avant, le développement de l’éducation et de la formation aussi. Les champs d’innovations considérés comme motrices sont ciblés : économie numérique, sciences du vivant, amélioration de l’environnement… On sait par ailleurs que la BEI comme la Commission Européenne s’intéresse à d’autres défis comme l’amélioration des transports respectueux de l’environnement, notamment les transports fluviaux. Des dispositifs financiers nouveaux sont mis en place, en direction, par exemple, des PME. Un système de partage des risques financiers a été mis au point. Il est évident que ce sont autant de progrès. Mais comme le souligne pourtant la Commission Européenne et la BEI : « A conjoncture exceptionnelle » doivent répondre « des réponses exceptionnelles. » Ou plutôt, devrions nous insister, à crise systémique doit répondre un ensemble de mesures transformatrices ; c’est à dire fondatrices d’une autre croissance. De ce point de vue, le compte n’y est évidemment pas. Car s’il y a bien une offensive européenne en faveur de l’innovation technologique, demandant encore à être amplifiée, il n’y a pas d’offensive en faveur de l’innovation sociale.

Zone d’équité

Quand un Sommet Européen inclura-t-il la notion de « Contrat Social pour l’Europe » que la Confédération Européenne des Syndicats a promu en 2012 et a rappelé aux dirigeants européens en octobre 2013 ? Quand, par exemple, seront pris en compte des « indicateurs sociaux de référence » dans les programmes de financement de la Commission Européenne et de la BEI ? Quand au lieu de reprendre le vieux thème de la dérégulation sera mis en place un vrai droit du travail européen ? Quand seront adoptés des revenus minimums dans chaque pays de l’Union… La question sociale européenne ne s’arrête pas là. Elle concerne aussi l’intégration, la dépendance, la retraite, la santé… La BEI doit donc être aussi celle des investissements dans l’innovation sociale. Le budget de l’union européenne doit être lui-même, d’abord, celui du progrès social. L’efficacité tant prônée passe aussi par l’efficacité sociale. Au « dumping social » si destructeur il faut substituer « l’équité sociale ». Il est urgent qu’un dialogue social d’un nouveau type soit, à cette fin, instauré au sein de l’Union Européenne. Auquel il est indispensable d’associer les dirigeants de l’Economie Sociale et Solidaire. Représentant plus de 10% du PIB de l’Union et impliquant une part importante des citoyennes et citoyens européens ils sont des acteurs incontournables d’une croissance d’un nouveau type. Ils doivent être donc directement intégrés à une politique européenne mieux centrée sur les attentes des européens eux-mêmes. La douloureuse et brutale désaffection de ceux-ci vis-à-vis de l’Union devrait inciter celle-ci à modifier de façon urgente et approfondie tant ses objectifs que son calendrier d’action. Si elle ne le fait pas il ne faudra pas faire semblant de s’émouvoir d’une montée des nationalismes et des extrémismes. Ils se nourrissent trop volontiers non pas, comme ils le prétendent, du « trop d’Europe », mais du « défaut d’Europe ». Les citoyennes et citoyens ne sont pas tant lassés d’un soi-disant « excès d’Europe » que d’une Europe atone, tatillonne, et trop peu « humaine ». Manquant surtout de cohérence et d’ambition.

Zone de Nouvelle Donne

Elle peut changer cette situation et jeter les bases d’une nouvelle donne : en desserrant les étaux, modifiant les repères, dessinant d’autres perspectives… inventant donc la croissance à dimensions humaines. C’est devenu une urgence.
Cela exige aussi un réveil de la Politique : celle qui fixe de nouvelles perspectives et rassemble les volontés.

L’Europe ne peut rester seulement comme le résultat d’un patient quoique tumultueux puzzle.
Elle doit devenir la terre de la citoyenneté active, d’une démocratie qui rassemble.


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