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Elisabeth Roudinesco, vive polémique avec Esther Benbassa

La psychanalyste estime dans une tribune à Libération que Vincent Geisser et son comité de soutien ne sont pas honnêtes dans leurs arguments. Esther Benbassa lui répond vivement dans IDEE A JOUR, ainsi qu’à Caroline Fourest.

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Elisabeth Roudinesco (Gabriel pour L’Agence Idea)

« Si la pétition avait été plus « voltairienne », je l’aurais signée : ce n’était pas le cas ; elle est manichéenne et contraire à l’idée que l’on doit toujours requérir le « consentement éclairé » des personnes auxquelles on s’adresse et donc les informer avec le maximum d’objectivité. » Ainsi claque la conclusion de la tribune, publiée le 25 juin dernier dans la chronique Rebonds de Libération, et signée par Elisabeth Roudinesco.

La psychanalyste reproche au comité de soutien de Vincent Geisser, enseignant-chercheur, membre de l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe, et qui doit passer en conseil de discipline du CNRS ce 29 juin, de manquer singulièrement d’objectivité sur leur protégé. Rappelant ses prises de position en faveur de l’islam radical et sa posture (La Nouvelle Islamophobie, La Découverte, 2003), Elisabeth Roudinesco estime que l’on n’a pas à verser des larmes de crocodile sur Vincent Geisser, chercheur qui ne constitue pas un modèle d’intellectuel laïc et démocrate. Elle met en cause Esther Benbassa, à l’initiative d’une pétition en faveur du chercheur.

« Esther Benbassa a cependant omis dans son appel de mentionner que Geisser n’est pas seulement un chercheur mais aussi un défenseur officiel en France de l’islamisme radical, largement contesté pour la dangerosité de ses propos notamment par les représentants de l’islam des Lumières, Fethi Benslama et Abdelwahab Meddeb, qui lui reprochent de les présenter comme des « ennemis de l’islam vendus à l’Occident » et de favoriser ainsi la cause de l’extrémisme religieux. Tous deux se sont manifestés dans des mails auprès d’Esther Benbassa pour que leur protestation soit simplement entendue. »

Néanmoins, elle trouve la procédure du conseil de discipline pour le moins « discutable » car « elle met en cause l’indépendance qui a été reconnue aux professeurs d’université par le Conseil constitutionnel dans une décision (83-165) du 20 janvier 1984 et qui a été ensuite étendue à bon nombre de chercheurs. Mais il semble que jusqu’à présent elle n’a pas été contestée au sein du CNRS : ceci est à vérifier. »

« Elisabeth Roudinesco et Caroline Fourest jugent et condamnent dans l’ignorance »

Sollicitée par IDEE A JOUR, Esther Benbassa répond vivement à Elisabeth Roudinesco en particulier et à ses détracteurs en général.
Indiquant qu’elle a réuni sur la pétition de soutien, 5 000 signatures à ce jour, la directrice de recherches à l’Ecole Pratique des Hautes-Etudes précise que « nombre de membres du comité de lancement, de signataires et moi-même ne partageons pas, loin de là, toutes les prises de position de notre collègue. Nous considérons seulement qu’exiger de lui le respect d’un devoir de réserve, qu’accepter qu’un fonctionnaire de la défense, logé au Centre national de la recherche scientifique, juge sa recherche sur l’islam sans en avoir la moindre compétence constitue un précédent gravissime et une menace pour la démocratie elle-même. D’autres que Vincent Geisser ont été la cible du même harcèlement, jusqu’à un chercheur en sciences dures dont le blog, hébergé par un serveur CNRS, a été censuré parce qu’il évoquait cette affaire. »

Esther Benbassa insiste : « Un bon chercheur ne sera-t-il désormais plus qu’un chercheur docile, ressassant une science inoffensive, et se pliant aux diktats des sots et des puissants ? »

Elle reprend également Elisabeth Roudinesco sur Fethi Benslama et Abdelwahab Meddeb : « Ces Représentants de l’islam des Lumières comme elle les nomme, ont eux signé notre appel, et je leur rends solennellement hommage sur ce point, parce qu’ils ont eu la sagesse et le courage de signer en faveur d’un homme qu’ils considèrent comme un adversaire. Eux savent, comme nous, le prix de la démocratie et de la liberté de penser – y compris de penser contre eux. »

« Vincent Geisser n’est pas un islamiste, même si l’ingénieur général Joseph Illand estime le contraire. Mme Roudinesco, dont le domaine de compétence est assez éloigné du sien, ne l’a jamais lu sérieusement, affirme Esther Benbassa. La rumeur faisant office de jugement scientifique, voilà où nous en sommes en effet. Le laboratoire de V. Geisser, la commission 33 du CNRS, instance d’évaluation légitime, ont dûment protesté contre cette dérive. Mme Roudinesco qui, si elle se prévaut d’un titre universitaire, n’appartient pas, à ma connaissance, au corps des chercheurs ni à celui des enseignants-chercheurs de la fonction publique, ne pourrait d’ailleurs pas siéger dans de telles instances. Intellectuelle jamais évaluée par sa tutelle, elle jouit d’une indépendance sans risque, à la différence de Vincent Geisser. Comme Mme Fourest dans Le Monde, Mme Roudinesco dans Libération juge et condamne dans l’ignorance. »

De son côté, contacté par IDEE A JOUR, Vincent Geisser qui sera défendu devant le conseil de discipline par l’avocat et ex-président de la Ligue des Droits de l’Homme Michel Tubiana, estime : « même si je sors blanchi de cette instance, les préjugés ne me lâcheront plus ».

Lire l’intégralité de la tribune d’Elisabeth Roudinesco :
Libération
Rubrique Veille
Pour suivre l’intégralité du dossier :
Vincent Geisser
Joseph Illand harcelait-il Vincent Geisser ?
Esther Benbassa s’inquiète pour la liberté intellectuelle au CNRS
Esther Benbassa interpelle Valérie Pécresse… qui lui répond
Rubrique Figures : 
Portrait d’Esther Benbassa

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