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Vidocq en garde à vue

vendredi 21 décembre 2018

Dans la foulée du film de Jean-François Richet, l’historien Xavier Mauduit et la revue de la Préfecture de police consacrent de copieux portraits historiques et culturels à la figure de Vidocq.

Pop Culture. Vidocq super-star 2018 ! Après Harry Baur, Bernard Noël, Claude Brasseur ou Gérard Depardieu, Vincent Cassel en fait un fauve social dans L’Empereur de Paris, signé Jean-François Richet. Coïncidence ? La figure de François Vidocq (1775-1857), ex-bagnard condamné à 8 années de fer, souvent évadé, devenu mouton (mouchard) volontaire, puis grand policier, remonte à la surface d’une époque politique entre chien et loup, rébellions et incertitudes. Un héros très français. Un personnage hybride, à la fois audacieux et conformiste, courageux et roué, individualiste et historique. Qui tient tout à la fois de la la pop culture et de l’histoire des mentalités et passions françaises.

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Xavier Mauduit, Vidocq. Une vie épique, Bayard, 370 p., 19,90€. Publication : novembre 2018.

Hommage du vice à la vertu (avec Vidocq, ça va toujours dans les deux sens) : La revue Liaisons, éditée par la Préfecture de police de Paris (en librairie, distribuée par La Documentation française) consacre son copieux numéro de fin d’année au flic-voyou dans une vision à 360°. Vidocq entre Mythe et réalité.
L’historien Xavier Mauduit complète également la biographie du chef de la sûreté de Napoléon dans un récit enlevé, semé d’anecdotes, précisé par des encadrés éclairant la personnalité et l’époque.
Les rédacteurs de la PP restituent le moment Vidocq, les couleurs et les odeurs de la rue, le rôle de la police qui sous ses ordres arrêta 17 000 malfaiteurs. On y apprend ses techniques d’infiltration et de travestissement. On découvre des archives rares et des rapports de la Sûreté qui se rapportent au personnage et à son action. Agnès Canavelis nous entraîne dans les rues du Paris qu’il surveille, ses bas-fonds et ses escarpes (guet-apens), l’usage du jargon (argot) la langue secrète des voleurs avant que celle-ci ne soit éventée par les livres de Vidocq et ne fasse l’objet d’un amusement culturel embourgeoisé. Cette ville sombre, sale, humide que Hausmann n’a pas encore rabotée, aura la peau du policier qui succombera d’une rechute de choléra, bactérie mass murder qui s’est invitée plusieurs fois au cours des 18 et 19e siècles.

François Vidocq, un héros très français qui remonte à la surface d’une époque entre chien et loup, rébellions et incertitudes.

« C’est un personnage actuel, moderne car tout ce qu’il a inventé existe encore, même sous des formes différentes, comme le renseignement et l’appel aux indicateurs », indique son lointain alter ego, Michel Faury, patron de la Brigade criminelle. Toujours dans la revue, le service régional de l’Identification judiciaire a tenté de dresser le portrait-robot du flic, dont on cerne mal les traits, et c’est fort heureusement raté ! Le mythe peut continuer.
La lecture du récit de Xavier Mauduit démontre la vitalité du personnage. Vidocq dans ses moments d’infortune politique sait socialement rebondir. Il écrit ses Mémoires, c’est la mode chez les policiers, et lance à Saint-Mandé son usine à papier réputé infalsifiable. Il retrouve le cercle du pouvoir policier, en repart et fonde une grande agence de détectives dont le succès indispose, écrit quelques livres à succès, inspire Hugo et Balzac, s’exile à Londres, y raconte sa vie sous forme de spectacle, se révèle grand collectionneur d’art. De retour en France, il soigne toujours aussi bien sa légende mais doit lutter contre les rumeurs incessantes, notamment celles qui lui valent incarcération et procès en lien avec les émeutes de 1841 (fut-il un agent provocateur infiltré ou bien un sympathisant de la République sociale ?). Il est finalement oublié et vit chichement sa vieillesse, à la limite de l’indigence au 76 boulevard Beaumarchais.

Mauduit a retrouvé cette pépite dans Le Bulletin des tribunaux de 1843, article admiratif à son procès : « À l’âge où le corps s’affaisse, où la pensée faiblit, à 70 ans, il a conservé la vigueur d’une maturité robuste. Il suffit de le voir pour juger. Il a une face ravagée par les passions, creusée par des rides profondes, tout à la fois calme et tourmentée, énergique et fière -la face d’un lion. Son oeil fixe, hardi, scrutateur qui semble à l’affût des idées qui naissent dans l’âme d’autrui, respire une détermination prompte, une résolution inébranlable, une audace sans bornes. On le comprend tout de suite : il y a là tous les signes d’une nature prédestinée à l’action, au bruit, au mouvement, capable de tout, doué de cet ascendant qu’exercent sur les faibles des caractères fortement trempés ».

Conclusion de l’historien : « La principale oeuvre de Vidocq est sa propre existence ». On a beau régulièrement la mettre en garde à vue, sa légende court toujours.

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