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Guy Sorman, petit prophète de Séoul

mardi 29 décembre 2009, par Arnaud Vojinovic

A peu près inaudible en France, il a su s’imposer comme l’un des penseurs sur qui il faut compter auprès de l’administration de Lee Myung-Bak, l’actuel président de la Corée du Sud. Mais BHL lui fait de l’ombre.

Essayiste prolifique et éditeur, Guy Sorman, 65 ans, a publié une vingtaine d’ouvrages. Son dernier livre, Wonderful World : Chronique de la mondialisation (Fayard, 2009) est une compilation de trois cents textes publiés à l’origine sur son blog. Tous les sujets possibles sont survolés, au gré de l’actualité ou de ses voyages, le dénominateur commun restant la mondialisation.

Depuis les années 1980, il est, dans le paysage intellectuel français, l’un des défenseurs infatigables de l’économie libérale qui déclenche beaucoup d’hostilité. L’ancien énarque et haut fonctionnaire couvre aujourd’hui l’Etat des pires maux et le veut strictement minimum. Guy Sorman a quitté très vite la fonction publique et fondé en 1975 les Editions Sorman, spécialisées dans la publication de lettres d’informations à destination des collectivités territoriales. En 1979, il est l’un des cofondateurs de l’ONG Action Internationale contre la faim. Il a enseigné jusqu’en 2000 à l’université de Pékin, de Santiago ou encore à l’Institut Hoover à Standford.
Le premier ministre Alain Juppé l’a également nommé Président de la mission Prospective (1995-97). Depuis 2009, Guy Sorman est président du conseil économique et social de Boulogne-Billancourt, mairie dont il fut l’adjoint à la culture dans les années 1990. Mais celui qui échoua à faire passer ses idées dans son mensuel, L’Esprit libre, s’est trouvé une nouvelle terre d’élection et d’écoute : la Corée du sud.

Le mirage coréen

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En juin 2008, Guy Sorman est invité par la « Maison bleue » a participé à un groupe de 15 conseillers internationaux auprès du président coréen Lee Myung-Bak. On retrouvera auprès de Guy Sorman (기 소르망), Bill Gates, Klaus Schwab (directeur du Forum Economique Mondial) ou encore Lawrence Summers (président de Harvard). A ce jour les seuls travaux produits par ce groupe de conseillers ne concernent que des pistes sur l’amélioration de l’image de la Corée à l’international. Ce plateau de "global advisers" a une réception aussi pittoresque que la première dame de Corée qui s’est mise en tête de faire la promotion de la cuisine coréenne à l’étranger à travers une fondation créée pour l’occasion et des recettes inédites qui amusent beaucoup la presse satirique du pays.

Au cours des quelques interviews qu’il a donné à la presse coréenne, Guy Sorman affine petit à petit la vision de son pays laboratoire : il pourfend l’inflexibilité du marché du travail qui amènera, selon lui, le pays droit dans le mur. De même, il voit dans le mouvement populaire dit des "veillées aux chandelles" contre l’importation de bœufs américains, une démocratie qui n’est pas encore mûre car le peuple n’accepte pas le résultat des élections tout en qualifiant la Corée de « pays le plus démocratique d’Asie ». Il aborde le système de l’enseignement supérieur, plaidant pour une plus grande ouverture aux étrangers (étudiants et corps professoral) des universités. En novembre dernier, lors d’une conférence à Incheon, Guy Sorman a défendu auprès du maire de la ville sa vision de l’urbanisme, insistant sur le fait que la Corée avait besoin d’une vraie ville, rôle que pourrait jouer Incheon. La flatterie ayant toujours été payante au pays du matin calme, Guy Sorman peut y conforter sa retraite intellectuelle.

L’essayiste n’est pas encore très présent dans le débat d’idées national. Ses détracteurs s’appuient sur son livre, "Made in USA", publié à Séoul avec l’aide du Centre culturel français, pour lui reprocher d’être beaucoup trop obnubilé par les Etats-Unis, mettant en avant de façon excessive ses avantages et occultant soigneusement ses défauts. Cette cascade sormanienne de compliments pour les USA a été comparée au prêche d’un pasteur baptiste que l’on pourrait entendre dans n’importe quel temple de Los Angeles. Le journaliste Yuh Yeon-San va même jusqu’à lui conseiller d’arrêter de s’intéresser à la Corée ou alors, pour être plus sérieux, de s’inspirer d’ "American Vertigo" de BHL qui marche lui dans les pas d’Alexis de Tocqueville. Quand Saint-Germain-des-prés se déplace à Séoul.

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