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leu-leu (Part. 4.)

Où l’Ours voit le loup tomber dans la gueule du loup.

lundi 8 août 2016, par Pierre Pelot

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Vieux loup

La lumière est moins claire, le soleil est moins chaud. Pourtant cette saison est celle qui flambe le plus fort. La saison la plus jaune, la préférée.
Il en a vu beaucoup, un grand nombre. Des premières, lointaines, il a gardé le souvenir jusqu’à maintenant, et les odeurs fraîches. Il ne se savait pas petit, alors, c’est maintenant qu’il sait.
Il sait beaucoup. De tout le temps où il a gardé les yeux ouverts, il a appris. C’était l’habitude des choses en ordre.
Il a parcouru tant et tant de fois les voies du territoire… il saurait le parcourir encore, s’il le fallait, et si toute la lumière était tombée de ses yeux. Si ce n’était plus que des odeurs. Bien sûr qu’il saurait. C’était un bon territoire.
Il a eu faim, plus d’une fois, mais toujours il a trouvé de quoi calmer la pinceuse douleur, dans son ventre. Il courait, le vent glaçait ses crocs, l’odeur de la proie devenait celle de la peur en effaçant celle de la faim, puis c’était le chaud de la chair ouverte et du sang, dans sa gueule…

Il a été petit, il est devenu fort. Il a eu une compagne qui s’est couchée dans sa chaleur, contre qui il dormait, et pour qui il est devenu fou plus d’une fois. Il s’est battu pour elle. Une nuit, elle n’est pas revenue du territoire des hommes. La nuit suivante est restée vide d’elle, il a hurlé de toutes ses forces à la lune.
Mais c’était inutile. Elle n’est pas revenue. Et il est là couché dans le soleil d’automne aujourd’hui et ferme les yeux, il se repose d’un long chemin…

Quelque chose est caché dans la nuit, au-delà du vent qui se roule en boule. Quelque chose qui descend des nuages pour nous anéantir.

Piège

Les mâchoires ont claqué, dures, aux dents taillées à même le métal. Il n’y a sur cette bête étrange et féroce d’autre odeur que celle de la mort froide et sèche, enfouie dans la neige. L’étrange et sale bête, rien qu’une gueule, en guise de corps la longue chaîne cliquetante attachée au tronc.
Viens ! Ne reste pas couchée là, bouge encore, bouge ! Relève-toi, essais ! Fais-le vite !

Je peux t’aider, mais comment ? Comment desserrer le piège refermé sur tes pattes ? Mors-le, toi aussi, avec moi, allez, à se casser les dents, tant pis, de toutes nos forces. Ne crie pas. Ne bouge pas.

Il faisait si froid et si faim. Ça n’a plus d’importance, à présent, la bête a sauté de la terre, sous la neige où elle se tenait cachée, avec un bruit terrible et le claquement de la chaîne, e ton cri de douleur quand se sont brisées tes pattes.
Viens, viens, essai de bouger, essaie de te soulever. Les autres attendent, avec moi, ils ne comprennent pas. Aucun d’entre eux ne comprend. Ils n’osent pas. Quelque chose est caché dans la nuit, au-delà du vent qui se roule en boule. Quelque chose qui descend des nuages pour nous anéantir. Je ne comprends pas, comme les autres. Quelque chose tourne dans la nuit et nous enveloppe. Je t’aiderai, je peux te soulever, ne reste pas là, dresse-toi sur tes pattes. IL faut s’échapper de la gueule noire et brillante de ce qui, tout de même, petit à petit, laisse monter un filet d’odeur, avec l’épouvante et le bruit de la chaîne sur laquelle on tire, qu’on secoue, le bruit de la chaîne, le bruit de la chaîne…


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