Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

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Jean-Pierre Martin : Changez de vie, trahissez !

Publié le 9 septembre 2010 par

Peut-on redevenir soi même autrement et d'ailleurs, quand est ce que l'on est soi même au cours de sa vie changeante ? Pour Jean-Pierre Martin, auteur d'Eloge de l'apostat, la "Vita Nova" mérite d'être vécue : encore faut-il savoir trahir son camp et survivre.
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3 commentaires sur “Jean-Pierre Martin : Changez de vie, trahissez !

  1. Changez de vie, trahissez !
    J’adhère “par expérience” à la notion de mosaïque énoncée ici par M. Arié. Nous sommes les produits d’un milieu natif, de la culture de ce milieu natif, des environnements successifs où nous évoluons tout au long de notre vie, à la fois matériaux que nous informons et outils qui nous forment et nous informent en tant que matériau que nous sommes aussi, plus ou moins moins malléable et/ou réactif.

    Les crises que chacun traverse sont autant de bilans que l’on dresse de ce vécu, à partir de quoi l’on peut décider de bifurquer.

    Mais, si l’on peut décider de bifurquer, on ne peut pas toujours concrètement réaliser ce projet. Certes on peut rompre avec ses convictions, on peut se convertir à une religion, délaisser le jazz pour la folk inuit ou renier des idéaux pacifistes pour soutenir que l’homme est d’essence guerrière… Pour la plupart d’entre nous, qui sommes d’illustres anonymes, le risque est mesuré. Risque de dérouter ses proches, risque de perdre des amis, risque de prendre conscience, un peu plus loin, qu’on est dans la posture et non dans la stricte adhésion à ce que l’on croit être, à ce que l’on est convaincu, à ce moment-là, de représenter à ses propres yeux.

    On est là dans la métaphysique un peu jungienne de l’individuation entendue comme une quête de résolution de ses conflits, contradictions, antagonismes, le Soi étant, pour ainsi dire, la somme de toutes ces petites choses innées et acquises qui composent la personnalité d’un individu et structurent son ego.

    Mais pour ce qui est de s’exiler en Nouvelle-Zélande, de devenir éditeur quand on était chauffeur de bus, chauffeur de bus quand on était notaire, de passer du statut de chômeur à celui d’entrepreneur, d’acquérir une ferme en Corse pour y créer un gîte rural, un coin de forêt cévenole pour y ouvrir un village de yourtes, là on n’est plus dans la métaphysique mais dans la confrontation aux instances du réel. On tente le coup et on a autant de chances de le réussir, son coup, que de lamentablement se planter. Matériellement et intellectuellement. Ce projet résulte t-il plus d’une crise personnelle que d’une véritable motivation ? De quoi a t-on véritablement envie ? Pourquoi le fait-on ? Ne s’agirait-il pas aussi d’une sorte d’adhésion à la vulgate en vigueur ? Je me donne les moyens de changer de vie. J’accepte ce challenge quoi qu’il m’en coûte. Je veux être un battant. Je veux être un paysan bio. Je veux gagner la sérénité de l’homme des bois, acquérir sa sagesse. Refaire ma vie dans la luzerne.

    Refaire sa vie dans la luzerne… Refait-on sa vie ou ne fait-on que la poursuivre en déménageant à la campagne, milieu pas facile du tout où les règles sont posées, aussi inébranlables que le granit, où il ne suffit pas d’acheter de la pierre, du terrain, un estaminet pour se voir reconnu, où personne n’attend le citadin, à part les agents immobiliers et les petites municipalités en quête de jeunes familles pour garder leur école. Qu’est-ce que c’est que cette néo-ruralité si en vogue depuis la fin des années 90 où se confondent bobos en quête de “retour à la nature” et déclassés chassés des villes où les loyers explosent, et qui vont s’installer dans des patelins où ils pourront se loger mais où ils vont s’enfoncer doucement parce qu’ils seront loin de tout, coupés de leurs famille et amis, dans l’incapacité de se réinsérer et plus ou moins mis à l’index par les autochtones qui les qualifieront de marginaux, d’assistés…

    Il y a la traque au mythe édenique de la vie au naturel, il y a la nécessité, et il y a la campagne telle qu’elle est, où depuis toujours la vie est rigoureuse, exigeante, dure. Où l’herbe n’est verte qu’entre mai et octobre. Où les soirées sont interminables quand le soir tombe tôt. Où les distractions sont rares. Où dès septembre, le citadin aura à composer avec les rituels peu ragoûtants des chasseurs. Et tout le reste. Quelle “vie de village” autre que le pittoresque relatif des commérages et de l’ivrognerie quotidienne ? Quiconque a vécu un bout de temps à la campagne aura compris, peut-être à ses dépens, que pour le brave paysan né au terroir, la nature est une vue de l’esprit, que les antagonismes y sont aussi violents que dans la vie citadine, et que chaque chose y a un prix et que ce prix ne se négocie pas.

    Or, le citadin en quête de rupture/changement/métamorphose s’essaie, lors des crises existentielles/identitaires/psychologiques qu’il traverse ponctuellement, de négocier avec les fragments de sa propre mosaïque, il cherche à lui donner cohérence, à en faire un dessin compris de lui et des autres. Mais ce dessin est sans cesse appelé à se recomposer car à chaque moment des fragments s’y ajoutent, c’est à la fois un puzzle abstrait et un kaléïdoscope. C’est la complexité de l’humain occidental, et la première des quêtes pourrait être d’accepter cette complexité, de l’habiter plus que d’en être habité, d’admettre le vieux concept de l’impermanence de toute chose, car c’est peut-être là que se tient la Nature.

  2. Cesser de se trahir soi-même
    Chacun d’entre nous, même s’il cherche (en général, vainement) à mettre en cohérence absolue sa vie et ses idées, est, en réalité, “plusieurs” à la fois; nous sommes tous des mosaïques dont on peut disposer les pierres de façon différente pour constituer des tableaux différents.

    Plutôt que d’être successivement “tout ceci”, puis procéder à une rupture radicale pour devenir “tout cela”, n’est-il pas plus réaliste d’approfondir simultanément les différents aspects, souvent contradictoires, de notre pensée?

    “Se connaître soi-même”, c’est connaître ses contradictions, les accepter, les approfondir, et non rechercher une absurde cohérence totale qui n’est possible qu’en censurant ,amputant et refoulant artificiellement une part de soi-même: mais gare au retour du refoulé!

    1. Cesser de se trahir soi-même
      Votre analogie avec la mosaique m’etonne quelque peu : en effet, si l’on peut disposer de ces pierres de quelque facon que cela nous plaise, ne le ferait-t-on pas a notre avantage ? Cela ne serait-il pas tricher, jouer le jeu de l’ego, et donc etre en total desaccord avec l’idee ici exposee qui serait de trouver une paix d’esprit en se debarassant de toute tromperie de la vie urbaine ?

      Secondement, vous dites que se connaitre soi-meme c’est accepter d’etre morcele en une myriade d’individus qu’apparement, l’on ne devrait pas tenter de concilier ? L’on devrait donc accepter nos plus viles bassesses, et ne pas lutter pour devenir une personne meilleure, avec laquelle on se sent plus a l’aise, moins conditionnee ? J’admet que la remise en question et l’approfondissement de nos propres contradictions sont une etape importante, mais en aucun cas ne sont-ils une fin, a mon sens. Cela serait beaucoup trop aise.

      Enfin, vous prevenez : “garde au retour du refoule”. Serait-on donc condamne a n’etre que la reflexion d’un ego o combien limitant toute notre vie durant ?

      Vous etes bien fataliste, mon ami, et il doit etre plutot triste, a on sens, de vivre selon vos convictions.

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