Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

#Culture

Essais USA 2020 : une année en acier trumpé

Publié le 12 décembre 2020 par

Bien sûr en cette année, la rentrée des essais aux États-Unis a été polarisée sur la figure de Donald Trump, mais aussi la notion controversée de caste qui remplacerait les inégalités de race.

USA. Au printemps dernier, le paysage éditorial outre-Atlantique était très largement dominé par les ventes de livres sur le racisme et l’antiracisme. Celui de la rentrée de septembre, après la parution des livres de la nièce et du conseiller à la Sécurité nationale du président (Mary L. Trump et John Bolton) au mois de juillet, s’est distingué par le retour en masse des ouvrages consacrés à Trump (pour ou contre). Le filon était bon (20e tirage pour le premier, plus d’un million d’exemplaires vendus pour le second), aussi son ancien avocat (Michael Cohen), un de ses anciens conseillers (Rick Gates), un procureur en charge de l’«  affaire russe  » (Andrew Weissmann), un ancien sous-directeur du FBI (Peter Strzok), sans oublier bien sûr un journaliste d’investigation aguerri (Michael S. Schmidt) et même une ancienne copine et conseillère de Melania (Stephanie Winston Wolkoff) ont ajouté leur témoignage, enquête, révélation ou défense à une liste qui semble intarissable (1 200 titres en quatre ans contre 500 cumulés pendant les deux mandat de Barack Obama).

En même temps, le débat sur le racisme aux États-Unis est loin d’être clos et les livres sur le sujet ont encore de beaux jours devant eux. Les grandes maisons d’édition et quelques indies fourbissent déjà leurs armes, prévoyant un arrivage massif d’essais et de témoignages au mois de février 2021. Il est vrai que la plupart des best-sellers du printemps étaient des livres publiés avant la mort de George Floyd : le mouvement de protestation qui a suivi a naturellement inspiré de nombreux auteurs.
Hasard du calendrier ou auteurs habitués à écrire dans l’urgence, les vitrines des librairies américaines ont présenté quand même de nouveaux livres sur ce thème au côté des ouvrages de trumpologie. Parmi les plus attendus : Just Us. An American Conversation de Claudia Rankine et Caste : The Origins of Our Discontents d’Isabel Wilkerson.

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Selon la journaliste Isabel Wilkerson, la caste constitue le squelette, le racisme la peau. Ce système dépasse également la question du genre et celle de la classe sociale.

Comme dans son livre, acclamé par la critique et plusieurs fois primé, Citizen. An American Lyric (2014 et en version française chez L’Olivier, février 2021), Claudia Rankine, professeur à Yale, poète et dramaturge, mêle poèmes en prose, illustrations, analyses, confessions et invectives pour tenter de comprendre pourquoi les Blancs sont, selon elle, réticents à placer la question raciale au cœur des débats sur la société américaine.
Les recherches effectuées pour son précédent livre consacré à la «  Grande Migration  » des Noirs au cours du XXe siècle ont amené la célèbre journaliste Isabel Wilkerson (la première journaliste afro-américaine à avoir remporté un prix Pulitzer) à s’interroger elle sur les origines et l’évolution de la classification qui conduit à élever un groupe d’individus par rapport à un autre. Sa conclusion dans Caste est que le racisme ne peut être une explication suffisante car, même s’il est le «  langage  » dans lequel les Américains ont été habitués à voir les êtres humains, il existe un système plus profond, plus complexe et plus irréductible, tapi derrière : celui des castes. La caste constitue le squelette, le racisme la peau. Ce système dépasse également la question du genre et celle de la classe sociale. Au terme d’une décennie d’enquêtes et de recherches, Isabel Wilkerson tente de démontrer ce qu’ont en commun le système de discrimination contre les Juifs mis en place par l’Allemagne nazie (qui, selon elle, serait très largement inspiré de celui des États-Unis), celui des castes en Inde et la société américaine contemporaine. Elle dresse à cet effet une liste de «  piliers  » (ou marqueurs) communs aux trois sociétés : la hiérarchisation naturelle ou d’origine divine, la transmission héréditaire du statut social, le contrôle des mariages et de la sexualité, l’interdiction des contacts entre hautes et basses castes pour éviter toute contamination, la hiérarchisation professionnelle et le recours à la terreur et à la violence pour faire respecter tous ces interdits. À défaut de paraître convaincant, à cause justement de cette comparaison opportunément illustrée, ce volumineux essai a suscité d’intéressants débats dans la presse entre partisans de ce nouveau paradigme (New York Times, Washington Post) et critiques sceptiques (Vulture, New Yorker).

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Une enquête historique passionnante sur la Simultanics Corporation et une monumentale biographie de John F. Kennedy

Mais l’actualité des idées de cette rentrée ne s’est pas limité pas à ces deux sujets. Parmi les «  livres attendus  » par la critique, se trouvaient celui que consacre l’essayiste Eula Biss au capitalisme (Having and Being Had), qui semble plus tenir du «  capitalisme expliqué aux enfants  » que d’un prolongement du livre de Thomas Piketty ou encore l’enquête passionnante (If then) que consacre l’historienne Jill Lepore à la Simulmatics Corporation qui prétendait, dans les années 60, pouvoir prédire et influencer le vote des électeurs, prévoir à l’heure près l’irruption d’une émeute raciale (on y revient) ou assister l’administration dans sa conduite de la guerre au Vietnam. Une histoire qui ressemble à un avertissement, plusieurs décennies avant les Big Data et Cambridge Analytica.

Parmi les autres livres fraîchement parus, nous retiendrons le premier volume (sur deux) de la monumentale biographie de John F. Kennedy par l’historien Fredrik Logevall ; l’essai de l’activiste et écrivain Vicky Osterweil, In Defense of Looting. A Riotous History of Uncivil Action ; et, dans un tout autre genre, par l’auteur (anglaise) du bestseller international H is for Hawk ( Disponible en français chez Fleuve sous le titre M pour Mabel) Helen Macdonald, Vesper Flights, recueil d’essais sur la nature, l’homme, la vie. À la manière d’un cabinet de curiosités.

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