Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

Bernard E. Harcourt : cet irrépréssible besoin d’exposition

Publié le 20 décembre 2020 par

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SOCIÉTÉ. La Société d’exposition. Désir et désobéissance à l’ère du numérique Bernard E. Harcourt, trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Renaut, Seuil, 336 p., 23 €. Paru Janvier 2020.

L’idée : Réinventer la désobéissance à notre servitude volontaire de la société digitale.

Professeur à Columbia aux États-Unis et à L’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) en France, Bernard Harcourt livre une analyse instructive et stimulante de notre société contemporaine qu’il qualifie et comprend comme une société d’ «  exposition  ». Son érudition numérique se marie parfaitement aux philosophes sur lesquels il appuie sa pensée et qu’il prolonge : Foucault, Deleuze, Sartre et Marx.
page13-couv.jpg En 2013 Edward Snowden révélait l’existence et le fonctionnement de plusieurs programmes de surveillance américains et britanniques. Les scandales se succèdent et se multiplient depuis ; pas une année ne passe sans que Google ou Facebook se voient accusés d’exploitation abusive des données personnelles de leurs utilisateurs. Et nos données sont, de fait, de plus en plus faciles à retrouver et à exploiter, à des fins marchandes ou politiques.
Mais Bernard Harcourt n’est pas un lanceur d’alerte, il est un penseur. C’est là que résident l’intérêt et la richesse de son texte. La société d’exposition fait ainsi œuvre d’une double ambition : analyser notre société numérique contemporaine, et construire la notion d’exposition pour qualifier et comprendre cette dernière. L’exposition s’élabore à partir du concept foucaldien de surveillance par lequel l’auteur décrivait la société dans laquelle il vivait. Bernard Harcourt s’inscrit ainsi avec fluidité dans cette filiation. Aux deux penseurs l’intuition commune que le pouvoir n’est pas unique et vertical, mais pluriel, structuré en réseaux, et horizontal : nous nous exposons volontairement, et nous nous surveillons entre nous. «  Certains d’entre nous sont forcés de porter un bracelet électronique à la cheville, tandis que d’autres attachent lascivement leur montre Apple à leur poignet, mais dans les deux cas, tous nos mouvements, activités et déplacements quotidiens deviennent accessibles à ceux qui disposent des technologies les plus rudimentaires.  »

Le numérique, néanmoins, n’est pas le seul paramètre à distinguer la surveillance de l’exposition. L’exposition est ainsi comprise par l’auteur comme un désir, alors même que la surveillance est toujours subie. Au delà des contraintes professionnelles et citoyennes qui impliquent l’utilisation de l’informatique et d’Internet, l’auteur remarque que les réseaux sociaux et l’espace numérique attire irrémédiablement l’immense majorité d’entre nous. Et c’est cet irrépressible désir d’exposition qui nous permet d’accepter que nos données, y compris les plus personnelles, soient partagées, stockées, vendues, exploitées. Dans ces conditions, «  la vie privée est devenue une forme de propriété privée  » – propriété privée dont l’usufruit nous est pourtant confisqué.

L’obstination avec laquelle nous partageons nos données personnelles oblige à repenser la désobéissance civique et politique. La possibilité de la désobéissance existera toujours, mais il nous incombe simplement de la réinventer, de comprendre ses nouvelles modalités. Ses nouveaux risques, aussi. C’est l’objet de la dernière partie de ce texte passionnant. Entre érudition numérique et sagacité philosophique, Bernard Harcourt analyse ainsi dans La société d’exposition l’ambiguïté de notre usage du numérique. Et malgré l’irrémédiable désir d’exposition qui mène à la confiscation volontaire de nos données privées, il ouvre la possibilité de subvertir la transparence.

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