Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

Caroline de Haas, l’experte des expertes

Publié le 8 janvier 2021 par

L’idée : Elle développe une base de données pour convaincre les médias d’inviter beaucoup plus d’intellectuelles et de spécialistes femmes.

Caroline de Haas by Olivier Roller.
Caroline de Haas by Olivier Roller.

L’INFLUENCEUSE. La majorité des diplômés de l’enseignement supérieur sont des diplomées. Et, mystère, elles ont tendance à s’évaporer entre le moment de leur diplôme et celui de leur prise de parole éventuelle dans les médias. Compte tenu du nombre de femmes qualifiées, comment expliquer qu’elles soient si peu nombreuses sur les chaînes d’info continue ?
C’est en 2012 que la journaliste Marie-Françoise Colombani et la diplomate Chekeba Hachemi perdent patience. Lassée de s’entendre dire qu’ «  il n’y a pas de femmes expertes  », elles créent un Guide des expertes pour les recenser. Trois ans plus tard, c’est la très médiatique Caroline de Haas, créatrice du mouvement Oser le féminisme et ancienne collaboratrice du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes (2012-2014) qui reprend le flambeau. En stratège du référencement, elle préfère transformer ce guide papier en site Internet : expertes.fr. «  Le site gratuit permet à tous les médias de trouver facilement les coordonnées d’expertes sur toutes les thématiques  », explique-t-elle. En 2015, le site recense mille expertes, tous domaines confondus ; elles sont aujourd’hui plus de quatre mille. Les journalistes abonnés sont, quant à eux, six mille à consommer la base de données. En un petit quinquennat, l’offensive s’est avérée payante : le nombre de femmes expertes sollicitées par les médias est passé, en quelques années, de 20% à 38%.
Quels sont les critères pour entrer dans ce bottin numérique ? Suffit-il d’être femme et estampillée par l’université et les grandes écoles ? Caroline de Haas nous explique : «  Dans le domaine de la recherche, les candidates doivent justifier de la publication d’au moins un article dans une revue à comité de lecture. Les expertes d’un domaine professionnel, elles, doivent avoir publié un ouvrage ou un article sur leur métier. Quant au domaine de la société civile, il est attendu des candidates qu’elles se trouvent en responsabilité dans une structure associative ou institutionnelle.  »
La structure du projet se veut professionnelle, le site a été mis en place par le groupe Egaé, que dirigent Caroline de Haas et Pauline Chabbert. C’est une agence de conseil, communication qui souhaite «  valoriser l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et prévenir les violences sexuelles au travail  », mais se débat avec des bouts de ficelle. Le financement initialement accordé au projet par France Télévision et Radio France a pris fin en 2020, et le projet menaçait de battre de l’aile. Mais un petit travail de lobby a payé : ainsi, en septembre dernier, la députée Céline Calvez (LREM, Hauts-de-Seine) a remis à Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, et Elisabeth Moreno, ministre déléguée à l’Égalité entre les femmes et les hommes, son rapport édifiant sur «  La place des femmes dans les médias en temps de crise  ». Elle préconisait entre autres pour y remédier la valorisation et le soutien du précieux site. L’élue remarque que «  la crise liée à la pandémie de Covid-19 a impacté la situation des femmes et a joué un rôle d’exhausteur des inégalités entre les femmes et les hommes  ». De fait, l’année 2020 a spectaculairement ramené la dynamique à un persistant et déprimant pourcentage de verre : 20% de femmes seulement sollicitées par les médias, comme si le confinement avait assigné les expertes à résidence mais déconnectées. Suite à l’appel passé, le soutien financier de l’ordre de 40 000 euros est aujourd’hui assuré par treize médias et groupes de presse (France Télévisions, Radio France, France Médias Monde, le groupe Le Monde, le groupe TF1 LCI Aufeminin, TV5MONDE, Mediapart, Ouest France, Centre France, Arte, 20 minutes, Bayard Presse et le groupe Groupe CANAL+) et des subventions du Ministère de la Culture. De quoi pérenniser l’animation et la maintenance du site et de financer un emploi. L’ancienne journaliste Lauriane Delanoë (ex-France Info) vient ainsi de prendre la tête du projet. Mais ce n’est pas suffisant.

Le site des Expertes s’apprête à faire peau neuve et proposera au mois de mars, un moteur de recherche «  plus performant ainsi qu’un espace vidéo pour chacune des expertes  ». Et pour accompagner cette population d’intellectuelles et les encourager à prendre la parole qui leur revient dans les médias, il est aussi prévu pour elles la mise en place de formations mensuelles et prometteuses de mediatraining, à l’instar de ce que pratique déjà la journaliste Isabelle Germain, fondatrice des Nouvellesnews.fr, en milieu entrepreneurial.
Même si les mandarines s’imposent peu à peu en milieu universitaire, la bataille paritaire du pouvoir intellectuel pour la visibilité publique, elle, est loin d’être gagnée.


www.expertes.fr

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