Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

La Gifle, relique de la liberté

Publié le 28 janvier 2021 par

POP SPIRITE, la chronique des imaginaires pop

gifle.jpg Je ne comprends pas qu’on n’ait pas encore «  cancel  » Arte, fait sauter son siège, décapiter son président. Sans doute un dysfonctionnement de la purge en cours, une baisse de vigilance de la police de la purification de la pensée. Figurez-vous que la chaîne franco-allemande (déjà rien que ce terme, franco-allemande, franchement ça fait trop patriarcat blanc, on croirait entendre les rêves européens de Kohl et Mitterrand…), figurez-vous que la chaîne, donc, a décidé de ressortir des tiroirs La Gifle, une vieille série TV australienne de 2011 dont les auteurs mériteraient un bon séjour en camp de rééducation. On y suit les déboires d’une bande d’amis, des couples de jeunes parents trentenaires pour la plupart (ainsi que deux ados baby-sitters) dont les liens se dissolvent à l’acide lent après que l’un deux, un bloke friqué et un peu bourrin, a giflé lors d’un barbecue l’incontrôlable et franchement odieux marmot-tyran d’une maman hippie un peu trop doltoïenne.

Dans toute cette farandole de personnage, les mâles blancs hétéros apparaîtraient presque comme les seuls à peu près raisonnables.

2011, on est en l’an 6 avant MeToo [[Même si les premiers hashtag datent de 2007, c’est bien en 2017 que le mouvement a explosé.]], 4 ans avant OscarstooWhite, 2 ans avant Black Lives Matter. Les gens ont encore des téléphones à touche et des appareils photos, Facebook est encore pour l’essentiel peuplé de diplômés, d’expats et de gamins aisés. Autant dire la préhistoire. La série enchaîne les stéréotypes très peu politiquement corrects : le daddy hétéro sexy et un peu con ; l’adolescente indécise titillée par ses hormones ; la femme noire en colère ; la célibataire alcoolo ; la maman hystérique ; la blonde cupide ; la mamie méditerranéenne envahissante ; la blanche voilée convertie fouteuse de merde ; le nouveau riche bas du front ; l’ado gay «  pervers  », jaloux et mal dans sa peau… Les scénaristes vont jusqu’à faire dire à un personnage que Dieu est un enculé, une béquille mentale pour les attardés mentaux ou encore une supercherie (non mais… ils sont fous ou quoi ?), et invente une accusation de viol sur mineure montée de toute pièce et uniquement fondée sur le mal-être, la douleur et le désir de vengeance. Clairement ils n’ont pas suivi le workshop de sensibilisation à la justice-selon-Twitter. Dans toute cette farandole de personnage, les mâles blancs hétéros apparaîtraient presque comme les seuls à peu près raisonnables. Sauf que. Les deux «  daddys  » principaux ne sont pas des Aussies pur jus mais des fils de Grecs immigrés, victimes de racisme. Sauf que chaque personnage a le droit à son épisode, et chaque épisode déconstruit un peu plus le cliché, donne à voir l’autre perspective, celle où l’humain se révèle derrière le stéréotype, avec ses contradictions, ses désirs et ses frustrations, ses raisons et ses motivations, et chacun est accueilli, chéri comme un être précieux, raconté et montré à hauteur d’homme, et de femme, les yeux dans les yeux. À chacun est accordé la liberté d’être humain, d’échapper à une identité essentielle et figée. L’humanisme, ce vieux truc insupportable du monde de papa. Décidément, la chaîne reste fidèle à son vieux slogan de l’époque de son lancement : Laissez vous déranger par Arte.

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