Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

#Mentalités

Le monde est « woke », alors on « cancel »

Publié le 23 février 2021 par

Viavoice, Communic’Art et Le Journal des Arts ont publié le premier sondage sur la tolérance des Français face aux œuvres et aux idées choquantes et aux artistes accusés de violences sexuelles.

Source : https://xaviergorce.com

Les oiseaux sont des cons », indiquait Chaval en 1964. Les manchots de l’espèce Indégivrable seraient-ils réacs en 2021 ? Le scandale, un dessin de ces volatiles vaguement philosophes signé Xavier Gorce dans la newsletter du Monde.fr, comme il le faisait depuis 16 ans : « Si j’ai été abusé par le demi-frère adoptif de la compagne de mon père transgenre devenu ma mère, est-ce un inceste ? » Pas de quoi casser trois pattes à un Empereur. Plutôt que de voir une interrogation sur le noyau nucléaire de toute famille, même recomposée, à l’épreuve de l’inceste et de la pédocriminalité, la rédaction, elle, y a vu un attentat graphique à la sensibilité des victimes. Les réseaux sociaux y ont mis du leur, une trentaine d’internautes se sont indignés, et la direction du Monde s’est empressée d’acquiescer en twittant encore plus rapidement qu’un Donald Trump.

Désavoué publiquement (en même temps que le dessin était maintenu), par Jérôme Fénoglio, directeur du journal, et Catherine Monnot, directrice de la rédaction, Gorce a préféré partir. Après seize années d’Indégivrables* matutinaux, le dessinateur a très rapidement trouvé banquise d’accueil au Point. Dans l’histoire du Monde, c’est la deuxième fois qu’un dessinateur fait polémique. Dessinateur star du journal dans les années 1970, Konk était devenu peu à peu un adepte des thèses de Faurisson et du négationnisme. En 2021, c’est une blague de pingouins qui allume le feu moral des belles âmes.

Une statue, un texte, une parole, voire un mot, une représentation picturale ou d’art vivant, voire un fait historique ou une mémoire factuelle vous déplaît : on supprime.

« La culture ‘‘woke’’ s’est emparée de jeunes esprits de la rédaction » nous expliquait le tout frais ex-dessinateur du Monde.fr. « Woke » Se réveiller, être conscient avec ultra-lucidité et la réactivité qui s’impose des injustices environnantes. Issu de l’argot afro-américain, le terme désigne une posture revendiquée notamment par les militants Black Live Matters. Dans cette panoplie de super-justicier, on trouve l’arme de la « cancel culture », soit l’art de l’effacement. Une statue, un texte, une parole, voire un mot, une représentation picturale ou d’art vivant, voire un fait historique ou une mémoire factuelle vous déplait : on supprime. Ces nouveaux taliban du bon goût et de l’effacement moral ont déjà pesé dans la publicité, l’industrie du luxe, les musées, l’édition et les médiathèques, l’université et les médias. De Babar en Aristochats, en passant par Marguerite Yourcenar, Homère, Colbert, Toussaint Louverture, J.K. Rowling, les exemples de banissement abondent ces derniers mois.

Le Journal des Arts (n° 560, du 5 au 18 février 2021) a publié les résultats d’un sondage Viavoice-Communic’Art ad hoc sur « ce qui choque en art »Contrairement aux États-Unis, 58 % des Français estiment qu’il faut dissocier l’artiste de l’individu privé, quant 33 % considèrent qu’il ne doit pas être soutenu si ses comportements personnels sont critiquables. Que faire de leurs œuvres ? Quelle place sociale et culturelle désormais ?  Exemple : En novembre 2020, le ministère de la Culture a engagé un signalement auprès du procureur de la république, concernant un « artiste » accusé de viols sur mineurs de moins de quinze ans. Le nom de l’artiste plasticien Claude Lévêque a été révélé en janvier par Le Monde.

Ils sont 69 % à estimer qu’il faut combattre une idée en opposant des arguments, mais 8 % essaierait d’interdire son expression et 11 % chercherait à la décrédibiliser. 6 % des sondés seulement savent ce qu’est la « cancel culture », et 65 %  une fois qu’on leur explique, s’inquiètent d’un « risque réel pour la démocratie dans les années qui viennent ».

*Les Indégivrables-Chaud devant !, Xavier Gorce, Buchet-Chastel, 128 p., 19 €. Préface de Sophia Aram. Paru 2019.

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