Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

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Nazis, gauchistes et islamofolie

Publié le 17 mars 2021 par


D’une certaine manière, l’islamisme a gagné en ce début de XXIe siècle. « La peur légitime suscitée par le terrorisme islamiste s’est fixée sur l’islam, qu’on le déplore ou non. C’est là un fait psychosocial entériné par les usages langagiers. » Ainsi « l’islamo-gauchisme » terrorise par son suffixe islam, beaucoup moins par le croupion gauchiste. À l’inverse, les « islamo-fascistes » et les « islamo-nazis » qui ont existé, trouvant alliances contre l’Occident censé être sous la coupe des juifs, effrayaient plutôt avec leur deuxième terme associé. « Les islamistes ont donc partiellement réussi à susciter dans les sociétés occidentales une défiance à l’égard de l’islam et des musulmans, voire une peur diffuse », avance Pierre-André Taguieff dans un essai en forme de précis sur les notions d’islamo-nazisme et d’islamo-gauchisme.

Dans son texte court, dense et électrique, le directeur émérite de recherche du CNRS retrace une période oubliée, mal connue, celles des alliances entre Hitler et le Grand Mufti de Jérusalem, scellées sur l’antisémitisme. L’explorateur des haines contemporaines fait resurgir des figures islamo-nazies de l’après-guerre tels l’Italien Claudio Mutti (né en 1946) et le Britannique David Myatt (1950) devenu depuis Abdul Aziz ibn Myatt, qui prospèrent toujours, théorisant et prolongeant le sinistre héritage. Et il serait loin d’être éteint, même si une deuxième mèche haineuse s’est allumée : l’islamo-gauchisme. Une notion reprise en boucle depuis le début de l’année par la ministre de l’Enseignement supérieur qui en a dénoncé l’influence dans les milieux universitaires et de la recherche. Le chercheur veut mettre une frontière entre ces deux combinaisons idéologiques, mais il en voit aussi des invariants : l’« anti-impérialisme à sens unique », l’« antisionisme radical », l’« antilibéralisme combinant anti-individualisme et anti-pluralisme » et enfin, un « antichristianisme virulent ». Dans la seconde partie étudiant le développement et les bifurcations de l‘islamo-gauchisme, ces passages devraient un peu plus heurter ses détracteurs, fort nombreux, qui n’ont de cesse de d’accuser Pierre-André Taguieff de « charlatanisme de concepts » ou de « droitosioniste ». « La misère intellectuelle des militants d’extrême gauche est telle que ces derniers, rageant d’être qualifiés d’“islamo-gauchistes” alors même que leur comportement ne cesse d’illustrer cette caractérisation, semblent voués à répéter que le terme “islamo-gauchisme” est “issu de l’extrême droite”, ce qui est simplement faux », assène Taguieff, qui en est le concepteur, comme il nous l’expliquait dans ce grand entretien. « Ils ajoutent souvent, pour compléter leur argumentation boiteuse, que ceux qui s’inquiètent de l’imprégnation islamo-gauchiste et décoloniale croissante des milieux universitaires veulent “décrédibiliser les avancées des sciences sociales”. Osons dire le vrai : ces “avancées” sont imaginaires, et ne sont évoquées rituellement que pour dissimuler la triste réalité de nombre de publications labellisées “sciences sociales” aujourd’hui, dont les auteurs ne font que réciter, dans la nouvelle langue de bois, les articles de foi du catéchisme décolonial. » En revanche, ils se comporteraient en idiots utiles de l‘islamisme. Ou pire, selon l‘historien et éditorialiste Jacques Julliard, en « collabos ».

La guerre d’Algérie nous apparaît désormais sans fard, au moins en partie, comme l’effet d’une grande offensive jihadiste sous drapeau nationaliste .

Déployant la fresque de ces combinaisons idéologiques toxiques, Pierre-André Taguieff sème, ici et là, des théories à gros potentiel urticant. Ainsi la guerre d’Algérie pourrait être considérée d’une autre façon suggère-t-il. Un Messali Hadj, qui n’était lesté d’aucun sentiment antijuifs et ne fut jamais proche de l’Allemagne nazie, a été éliminé ainsi que son mouvement par les nationalistes algériens dont un certain nombre s’emballa pour l’Allemagne nazie comme levier à la décolonisation. Il fut effacé des décennies durant par l’historiographie révolutionnaire algérienne et n‘apparaît qu‘en filigrane. Or, quitte à désespérer les pétitions sartriennes, « réexaminée sur la base de l’expérience des conflits récents liés aux groupes salafistes-jihadistes, qui ont aussi à leur tour leurs “compagnons de route” (déclarés ou non), la guerre d’Algérie nous apparaît désormais sans fard, au moins en partie, comme l’effet d’une grande offensive jihadiste sous drapeau nationaliste lancée le 1er novembre 1954 (la “Toussaint sanglante”, ou “Toussaint rouge”), transfigurée par les milieux dits “progressistes” en juste révolte des victimes du “système colonial” ou en héroïque combat de résistance contre l’oppresseur, l’impérialisme colonial français. Mais elle nous apparaît aussi comme une lutte armée, dans une visée clairement xénophobe, voire raciste, contre les Français, les colons, traités en ennemis en tant que non-musulmans, étrangers, mécréants, méprisés en tant que “gwours”, et rejetés comme incarnant un principe actif de corruption, une menace de souillure pour les musulmans. Comme d’autres épisodes nous l’ont montré au cours du XXe siècle, le contre-nationalisme des colonisés peut être aussi xénophobe que le nationalisme des colonisateurs. » Pour le chercheur, ce conflit fut aussi l‘un des prototypes de cette combinaison entre djihad et lutte politique.

Le polémiste féroce que peut être Taguieff revient faire ses gammes en final, se demandant si « la bêtise arrogante et sophistiquée des élites intellectuelles, soumises aux modes idéologiques et rhétoriques » n’est finalement pas la plus dangereuse. L’islamofolie a de beaux jours devant elle.

Les Liaisons dangereuses. Islamo-nazisme, islamo-gauchisme, Pierre-André Taguieff, Hermann, 122 p., 14 €. Paru 17 mars 2021.

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