Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

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#Société

Philippe de Villiers a perdu son procès contre deux historiens

Publié le 22 avril 2021 par

L’idée : Christophe Naudin et William Blanc s’inquiètent de la judiciarisation des débats historiques.

Philippe de Villiers et l’anneau de Jeanne d’Arc : le débat est devenu procès.

Alors que Philippe de Villiers publie son dernier pamphlet où il parie sur la défaite présidentielle en charpie d’Emmanuel Macron, il est beaucoup moins disert sur la fin de non-recevoir de la justice à son endroit. L’entrepreneur du Puy du Fou avait porté plainte en 2016 contre deux historiens libertaires, Christophe Naudin (par ailleurs rescapé de l’attentat du Bataclan et auteur d’un récit remarquable chez Libertalia) et William Blanc. Spécialistes médiévistes, ils avaient publié une tribune sur lemonde.fr, « Comment Philippe de Villiers récupère le mythe de Jeanne d’Arc ». Celui-ci en effet s’était vanté d’avoir fait racheter un anneau ayant appartenu à Jeanne d’Arc, une acquisition à hauteur de 376 000 euros comme joyau du parc d’attraction vendéen. Naudin et Blanc exprimaient leur doute et étayaient quant à l’authenticité de l’artefact, analysant cette annonce comme « une forme typique d’usage mémoriel de Jeanne d’Arc, si courant dans la France contemporaine» .

Quatre ans de procès : « un poids psychologique et financier » pour les deux chercheurs

Après avoir obtenu un droit de réponse, Philippe de Villiers en rajoute une couche. Dans le même élan que l’Association pour la mise en valeur du Château et du pays du Puy du Fou, il attaque en justice via maître Gilles-William Goldnadel, les deux historiens et leur réclame 50 000 euros à titre de dommages et intérêt pour leur diffamation. Mis en examen le 27 novembre 2017, William Blanc et Christophe Naudin, défendus eux par maître Emmanuel Tordjman, sont par deux fois reconnus de bonne foi, ainsi que Le Monde, par le tribunal de Versailles : « relaxés en première instance, absence de faute confirmée en appel de la Cour d’Appel de Versailles du 9 septembre 2020 », décrivent-ils dans un texte posté sur leur blog le 12 avril. Philippe de Villiers a préféré s’arrêter là.

« Nous en avons parlé avec William, et nous préférons ne pas diffuser quelque document que ce soit du procès. Nous avons fait la tribune, une façon pour nous de conclure sur le sujet », explique aux Influences, Christophe Naudin. Cette discrétion voulue depuis le début par les deux historiens, même s’ils reconnaissent avoir du supporter « un poids psychologique et financier » et une situation qui a « nui, de fait, à [notre] liberté de chercheurs», ne les empêche pas d’alerter sur la « judiciarisation du débat historique, que l’on voit aussi se développer dans d’autres pays, y compris en Europe ».

Et de s’interroger : « Pourquoi faire ainsi appel aux tribunaux au lieu de se placer sur le terrain des idées et du débat scientifique où chaque partie est libre, dans le respect des règles, d’exprimer ses opinions et conclusions appuyées sur des pièces et documents solides ? » Christophe Naudin et William Blanc appellent l’ensemble de la profession, historiens, archéologues, archivistes « à créer et diffuser le plus largement possible (livres et articles de vulgarisation, sites, vidéos, conférences, débats, threads twitter, tchats sur twitch, etc.), une connaissance scientifique du passé, à expliquer leur travail au plus grand nombre et à militer pour que soit créé un vaste service public de l’histoire, destiné à faire connaître les sociétés anciennes et leur histoire. Celui-ci aurait pour but d’aider nos contemporains à prendre de la distance lors de débats que nous qualifions de mémoriels de plus en plus vifs et instrumentalisés politiquement, ou tout simplement, à partager avec eux le plaisir de se plonger dans une histoire, sérieuse, documentée et de qualité accessible ».

Le débat, lui, sur l’authenticité de l’anneau de la Pucelle continue.

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