Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

BD de gauche

Publié le 26 avril 2021 par

Jean-Yves Le Naour et Marko campent une joyeuse histoire de la gauche (même si ça ne finit pas très bien).


Par Sylvain Boulouque

Associés depuis quelques années dans plusieurs bandes dessinées sur les combats de la Première Guerre mondiale et les Compagnons de la Libération, Jean-Yves Le Naour, historien, spécialiste des corps pendant la Grande Guerre et Marko, bédéaste, se complètent pour proposer une histoire de la gauche depuis sa naissance. Sous des traits ludiques et par de nombreuses anecdotes, ils proposent un traitement original du sujet. Les auteurs font remonter avec un certain amusement, l’affrontement entre la gauche et la droite dans un face à face Jésus et Dieu le père. Le Christ protestait en effet contre la richesse et le consumérisme, le pouvoir exorbitant et, aurait pu-t-on ajouter, le colonialisme romain. Ce message fut vite enterré par les autorités ecclésiastiques. La gauche politique commence à constituer un corpus doctrinal avec l’utopie de Thomas More et surtout pour la France, le discours des philosophes, soit le quatuor fondateur des principes de la gauche : Montesquieu pour le droit, Diderot pour l’anticolonialisme et la critique de la religion, Voltaire pour la dénonciation de l’injustice et Rousseau pour l’égalité et l’éducation. Arrive le temps de la mise à l’épreuve des idées. La Révolution affirme les principes des philosophes. Il s’agit de les mettre en pratique par la conviction, par la loi et parfois par la force.  Différentes formes de gauche naissent, se combinent, s’opposent, se détruisent ; Girondins contre Montagnards ; Montagnards contre Enragés. En quelques bulles, voilà Robespierre présenté dans sa complexité comme un tyran émancipateur, partisan de la terreur mais aussi des abolitions et de la scolarité. La gauche de la révolution disparaît pour ressurgir  sporadiquement dans les années 1815 -1848 sous des formes insurrectionnelles qui font entrer l’histoire mythique de la gauche, des canuts à la barricade de la rue Saint-Merry immortalisée par Victor Hugo en 1862 dans les Misérables.

1848 constitue une grande date, aujourd’hui en partie oubliée. Les auteurs y reviennent avec un luxe de détails pour en souligner l’importance : droit au travail, lien avec la république et divisions entre les révolutionnaires et les réformistes et aussi pointe l’affrontement entre autoritaire et antiautoritaire avec le conflit entre Marx et Proudhon puis Bakounine. Si dans la gauche française le premier l’a emporté sur les seconds en terme numérique et organisationnel tout au long du XIXe siècle c’est bien les seconds qui sont à l’origine de l’organisation des mouvements de fond dans la gauche : la Commune de parti puis la naissance de la CGT fort bien expliquée d’ailleurs. Il est possible de regretter que la propagande par le fait et les attentats anarchistes n’aient pas été mentionnés… Les auteurs soulignent qu’il existe une troisième gauche bourgeoise et partisane de l’émancipation par la réforme, c’est en partie elle qui fait adopter les lois scolaires, puis la loi de séparation contre la droite alors cléricale et sécuritaire.

Depuis le tournant dit de la rigueur en 1983, la gauche française cahote, zigzague, hésite et cherche à se trouver.

Après l’unité durement acquise en 1905, la prise du pouvoir par les bolcheviques amène le temps des scissions politiques et syndicales. Si la SFIO est associé au pouvoir, il faut attendre la parenthèse enchantée pour voir la gauche exercer le pouvoir. L’accord de Grenelle apporte les 40 heures, les conventions collectives et les deux semaines de congés payés. De façon admirablement pédagogique, Le Naour et Marko soulignent combien la période de la guerre et de la libération sont importantes. Elles caractérisent les espoirs portés en 1944 et permettent la mise en œuvre de mesures sociales jamais égalées. Dans la rue où au pouvoir, l’objectif en dépit des divisions plus que marquées, est d’améliorer la situation matérielle et morale des classes laborieuses. L’URSS demeure une pierre d’achoppement à gauche. Les fascistes sont ceux qui tirent sur le peuple, écrivaient les surréalistes en 1956 lors de la répression de  l’insurrection hongroise. Ils semblent que les communistes ne soient pas en reste… Mais le PCF arrive à toujours trouver du crédit dans une partie du monde ouvrier. Les auteurs résument les grands mouvements comme l’opposition à la guerre d’Algérie, mais aussi la troisième semaine de congé payé accordé par le socialiste maudit Guy Mollet… Puis Mai 68, les mouvements féministes et écologistes des années 1970 jusqu’à l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand. Depuis le tournant de la rigueur en 1983, l’histoire de la gauche ressemble à une suite de renoncements et de défaite. Comme si le pouvoir usait… Le ton de l’histoire est joyeux, mais la fin (temporaire), elle, semble bien triste…

À bâbord. Histoire de la gauche en BD, Jean-Yves Le Naour et Marko, Dunod, 128 p., 18 €. Paru avril 2021.

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