Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

Lagence de presse des Idées

#Société

La Goutte d’or du grand banditisme

Publié le 26 avril 2021 par

L’idée : éclairer l’histoire contemporaine mal connue de la pègre française issue de l’immigration maghrébine.


Attention terrain miné. En 1935, Blaise Cendrars écrivait un Panorama de la pègre, qui brossait les spécialités et les ethnies du grand banditisme à Paris. En 2021, deux journalistes d’enquête se sont intéressés à la « Couscous Connection » qui, malgré les bonnes volontés inclusives, n’avait pas eu jusqu’alors droit au chapitre dans le roman enchanté du grand banditisme. « Aucun film, aucune série n’a donné à voir, dans le détail, cette saga occultée de la pègre » remarquent Brendan Kemmet et Stéphane Sellami. Selon eux, cela procéderait d’un racisme qui minorerait l’importance de ce groupe. À moins que ce ne soit le contraire, le débat public s’avérant inflammable au contact de cette question. « Les causes de la délinquance sont avant tout sociales, insistent-ils, ces nouveaux venus n’ont finalement fait que prendre la place des fils des paysans bretons, corses ou auvergnats qui avant eux tenaient le pavé des grandes villes. » Eux bornent le surgissement du grand banditisme maghrébin avec un hold-up spectaculaire. Celui, siamois, du casse de Nice dans le même été 1976, mais qui s’est déroulé un week-end dans une agence parisienne de la Société générale sur l’Île Saint-Louis. On ne sut jamais vraiment qui était de l’équipe audacieuse ni combien ils empochèrent, mais le tunnel sous la Seine, le maniement périlleux des lances thermiques, les risques fous et le culot monstre lancèrent la légende. Identifié, un certain Titi Peltier qui va devenir le coach des nouvelles générations franco-maghrébines.

Brendan Kemmet, reporter free-lance, auteur de Rédoine Faïd, l’évasion du siècle (Plon, 2019) et d’une jolie monographie, Angelo di Marco, l’art du crime (Steinkis, 2015). DR.

Partant de cette date, non sans avoir rappelé brièvement le proxénétisme servant d’impôt révolutionnaire pour le FLN (Monsieur Armand alias Ahmed Amalou), les bordels d’abattage et les machines à sous du Barbès Goutte d’or des années 1970, le duo retrace en pointillé quelques faits d’armes du demi-siècle, et quelques lieux historiques de son essor tels le 18e arrondissement de Paris et son annexe, le 8et 17e, lorsqu’il faut plomber quelques leaders embourgeoisés, la banlieue sud, Marseille. On frôle ainsi les vies le plus souvent rapides de protagonistes qui, tels des traceurs chimiques, aident à suivre autant faire se peut un monde mouvant, ultralibéral et hyper-concurrentiel. L’un des chapitres les plus réussis – mais ça aurait été criminel de le rater – concerne la figure de Mohamed Amimer dit « L’Élégant », spectaculaire figure du grand banditisme parisien, surnommée par la police, « la Rolls-Royce de la cavale » et qui, sur le tard, à connu sa rédemption à la manière d’un Jean Valjean maroco-algérien. Leur Huggy-les-bons-tuyaux s’appelle Rachid « Buzenval », truculent taulier des jeux clandestins à la fin du siècle dernier.  Un utile portfolio fixe quelques visages et un précieux index a été conçu pour se retrouver dans le name dropping foisonnant : Nono le Barge, Boualem Talata, dit Boubou le Fou, Imed Mohiedinne, Franck Karaoui, Djeff, Nordine Mansouri alias La Gelée, Nordine Benili dit La Puce, Eddy les Yeux Bleus, Yass la Banane.
En 2021, observent les deux journalistes, c’est le narco-banditisme plutôt que les montées au « braco » qui font la prospérité des bandes des cités, pareilles à des « essaims d’abeilles », que policiers mais aussi concurrents traditionnels ont le plus grand mal à identifier.

Stéphane Sellami, responsable de la cellule « enquête » à L’Équipe. DR.

Bémol : les auteurs se focalisent, avec une densité et un luxe de détails, sur des histoires hautes en couleur, électriques et souvent passionnantes. On se perd volontiers dans les interactions, dans les corners oubliés d’affaires en poupées russes et dans des digressions qui frisent le folklore. Le livre-enquête transmet un charme impressionniste certain, mais on regrette un manque cruel de récit. Comme si les journalistes présentant leurs pièces à conviction, après avoir déployé une énergie considérable pour recouper leurs informations et contacter des témoins de première main, n’avaient plus le jus pour les raconter. Ils ne déroulent pas non plus la promesse initiale. On ne comprend pas vraiment l’évolution depuis la guerre d’Algérie, le jeu de la bi-nationalité, l’évolution et l’enracinement de ce grand banditisme dans des décennies pourtant riches en événements, de la Marche pour l’Égalité aux attentats de 2015. L’histoire de la Maghreb Connection reste à écrire et à mettre surtout en perspective.

Maghreb connection, Brendan Kemmet et Stéphane Sellami, Robert Laffont, 392 p., 21 €. Paru 29 avril 2021.

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