Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

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Élisée Reclus,vive l’anarchie géographique !

Publié le 3 mai 2021 par

Publication chez Nada de quatre textes du vétéran des géographes libertaires, présentée par Philippe Pelletier.


Par Sylvain Boulouque

Ce recueil de celui qui fut un monument (libertaire) de la géographie est composé de quatre de ses textes les plus importants : L’Anarchie, L’Évolution légale de l’anarchie, L’Anarchiste et Pourquoi nous sommes anarchistes. Il est précédé d’une substantielle préface de Philippe Pelletier, lui même géographe libertaire, professeur tout juste à la retraite de l’université de Saint-Étienne, essayiste, spécialiste du Japon et de son ni dieu ni maître mais quand même, Elisée Reclus. L’universitaire libertaire du XXIe siècle retrace la biographie dans un texte passionnant et inspiré qui représente la moitié de l’ouvrage. De sa naissance dans une famille protestante du Sud-ouest en 1830 jusqu’à sa mort, comme militant libertaire et géographe respecté en 1905, Reclus a évolué d’une passion républicaine puis socialisante vers l’anarchisme en passant par la participation à la Commune de Paris et l’exil en Belgique et en Suisse. Reclus s’impose non seulement comme un géographe hors pair mais aussi, semble-t-il, d’après les témoignages, un pédagogue d’exception et un militant exceptionnel, qui parfois fait figure de sage dans un mouvement alors bouillonnant, échauffé par la théorie de la propagande par le fait. Philippe Pelletier souligne à juste titre que si les compagnons – Kropotkine ou Malatesta par exemple – ne se désolidarisaient pas des propagandistes, ils considéraient que ces actions conduisaient à une impasse et décrédibilisaient tout le mouvement libertaire. Reclus quant à lui, refuse de se laisser engluer dans les débats d’actualité et une pensée aussi courte que « présentiste » pour privilégier l’analyse et la mise en perspective.

Élisée Reclus, le géographe qui a mis une perspective libertaire dans les sciences humaines.

Après l’ère des attentats, il a cherché à donner à l’anarchisme des armes théoriques qui lui permettraient d’être une pensée politique, non pas respectable, mais respectée. C’est certainement aussi ce qui explique que les quatre textes proposés se distinguent par une certaine intemporalité et une volonté d’expliquer ce qu’est l’anarchisme à des non-initiés et en même temps, de provoquer le débat chez ses militants. Les définitions forgées par Reclus de l’anarchisme et des anarchistes montrent que le mouvement et ses militants n’ont finalement pas changé, y compris dans leur optimisme et dans leur quête sans cesse recommencée de changement. Ainsi il rappelle dans une conférence devant une loge maçonnique à Bruxelles, en 1896, sa détestation du pouvoir, quelle qu’en soit la nature. Dans la lettre à un compagnon en exil, il souligne la volonté de ne pas conserver les anciennes structures: mieux vaut être vaincus, ajoute-t-il. Mais Reclus plaide aussi pour que les anarchistes arrivent à trouver une forme d’organisation qui leur permette de se faire entendre. Sur ce dernier point, on pourra ajouter en guise de conclusion un peu amère, que Reclus a finalement été plus été écoutée par les géographes que chez les libertaires…

L’Anarchie, Élisée Reclus présenté par Philippe Pelletier, Nada, 94 p., 8 €.

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