Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

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#Politique

Pierre Mauroy, le monument oublié

Publié le 11 mai 2021 par

#10 mai (2). 10 mai 1981 : François Mitterrand à l’Élysée, la Gauche espère. Qu’en reste-t-il 40 ans plus tard ? Tout le mois, Les Influences interrogent acteurs du moment et observateurs de toutes générations. Aujourd’hui : Pierre Mauroy le premier Premier ministre.


par Emmanuel Lemieux et Olivier Roller

Pierre Mauroy (1928-2013), premier Premier ministre de François Mitterrand, Paris, mars 2011, dans son bureau de la Fondation Jean-Jaurès. © Olivier Roller pour Les Influences.

Ce 10 mai,et même ce 11 mai dans la nuit, lorsque Pierre Mauroy regagne Paris et le siège du Parti socialiste, rue de Solférino, il se sent un peu seul dans la cohue. À quelques mètres de lui, le nouveau président de la République semble perdu au milieu de l’effervescence. Les deux hommes sont à peu près les seuls à connaître leur pacte. « Je me suis préparé durant des semaines à devenir Premier ministre », nous soufflait-il à la veille du trentième anniversaire du 10 mai 1981, et à peine deux ans avant sa mort. Derrière la silhouette massive, bien des jalousies, des contestations internes et des ricanements permanents viendront de la part des députés, des ministres en cour et des prétendants.

Ce jour là, dans ses bureaux de la Fondation Jean-Jaurès, nous visitions un monument de la gauche. Celui qui fut le Premier ministre le plus populaire de la Ve République et celui qui a du passer la main le 17 juillet 1984, après avoir atteint des sommets d’impopularité. Représentant d’une «gauche moule-frites », artisan du travail de l’union de la gauche, il rassure dans un premier temps tous ceux qui ont voté pour François Mitterrand.

Le jeudi 21 mai 1981, les choses sérieuses commencent dans « l’enfer de Matignon. Dans la salle des fêtes de l’Élysée, où le nouveau président de la République vient de prononcer son discours, le tout frais Premier ministre est approché par Michel Rocard, qui lui enjoint de dévaluer tout de suite d’au moins 15 % tout en restant dans le Système monétaire européen (SME), pour ne pas donner l’impression d’être surpris. Pierre Mauroy estime qu’il n’y a pas urgence. Formé après la « vague rose » aux élections législatives de juin, le deuxième gouvernement – qui comprend quatre ministres communistes – s’applique aux promesses de campagne, celles des 110 propositions du candidat socialiste : semaine de 39 heures, cinquième semaine de congés payés, retraite à 60 ans, loi sur la décentralisation, abolition de la peine de mort, nouvelle loi sur la communication audiovisuelle, libération des radios pirates…

Vaincre la crise par la relance n’a pas marché. C’est Pierre Mauroy qui, à l’été 1982, dans la maison de Latche, a su convaincre François Mitterrand de passer par une politique de rigueur. Après les calamiteuses élections municipales de 1983, le Président estime qu’il faut sortir la France du SME ; Pierre Mauroy s’y oppose et persuade François Mitterrand de procéder à un troisième remaniement gouvernemental, le 23 mars 1983, et à un second plan de rigueur. C’est que « les clignotants passent au vert », dira-t-il sans ciller. L’inflation, le chômage structurel qui voit monter plus de 1,5 million de chômeurs, et les jeunes comme variable d’ajustement le poussent définitivement à renoncer au Programme commun, et lui faire accepter le fameux tournant de la rigueur incarné par Jacques Delors, ministre des Finances.

Mais c’est la réforme de l’école privée qui va être son tombeau. Sa longévité à l’hôtel Matignon illustre aussi le le duo indémêlable de contradictions et de tensions que ce Premier ministre forma avec le Président Mitterrand, des contradictions qui s’imposèrent à toute la gauche au pouvoir à ce moment-là. Un tissu de contradictions, et un jeu de l’erreur et de la vérité que porterait seul Pierre Mauroy.

Plus que le tournant de la rigueur, c’est la réforme de l’école privée qui aura été le tombeau du Premier ministre le plus populaire de la Ve République avant qu’il n’atteigne des sommets d’impopularité.

Le 8 octobre 2010, un symbole massif du mitterrandisme est tombé : c’est la fin de la retraite à 60 ans, et son recul à 62 ans. Autant déchirer un livre d’histoire. « La retraite à 60 ans, c’est une ligne de vie, c’est une ligne de souffrance au travail, c’est une ligne de revendications, c’est une ligne d’espoir, et je pense que lorsqu’on a une retraite par répartition, elle doit concerner plusieurs générations, et on n’a pas le droit, comme ça, d’abolir l’histoire», s’époumona à la tribune du Sénat, géant dérisoire, le Premier ministre Pierre Mauroy, devenu sénateur du Nord.

Toutes ces premières années de septennat, l’opinion a vu s’effriter un tribun hors pair, et à l’ancienne. Chaleureux, mais parlant plus aux tripes qu’à la raison. La magie du verbe fut peu à peu ressentie comme un charabia incompréhensible, perclus de références militantes et de verroteries de la « Vieille Maison ». En 1983, lors de son dernier remaniement de gouvernement, Pierre Mauroy s’était résolu à supprimer le ministère qu’il avait inventé et pu imposer à François Mitterrand, celui du Temps libre. Un rêve impossible de Front popu s’évapore…

Quarante ans plus tard et huit ans après sa disparition, il manque toujours, curieusement, une biographie dense et lyrique, à la hauteur du monument.

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