Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

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Renaud Dély, voir son père pleurer un 10 mai

Publié le 31 mai 2021 par

10 mai 1981 : François Mitterrand à l’Élysée, la Gauche espère. Qu’en reste-t-il 40 ans plus tard ? Tout le mois, Les Influences interrogent acteurs du moment et observateurs de toutes générations. Aujourd’hui : le journaliste et essayiste Renaud Dély.

Le journaliste et essayiste Renaud Dély, Paris, 17 mai 2021. ©Olivier Roller pour Les Influences.

Avoir 12 ans à Beauvais. « Le 10 mai, j’ai pris mon père dans mes bras, et mon père c’était quand même une grosse carrure… Il pleurait de joie, c’était la première fois que je le voyais pleurer», brille encore le journaliste politique Renaud Dély. Élu conseiller municipal de la ville de l’Oise à la faveur de la vague rose de 1977, l’avocat Dély était au MRG. Le radicalisme et l’Internationale. L’union de la gauche. Le jeune Renaud se souvient très bien de la campagne 81. Lui aussi accompagna son père, pot de colle et affiches de la Force Tranquille sur les murs de Beauvais. Le frisson. L’excitation. Une éducation politique. Dans la petite salle en briques rouges du PS local, il retient encore le souvenir de la centaine de militants massée autour du poste de télévision à 20 heures. La vue du visage télématique de Mitterrand. L’explosion de joie à l’oreille. Et papa dans les bras. Élu de Beauvais, l’avocat Dély réside à Paris. Dans le XVIe arrondissement. La famille doit rentrer, il y a collège demain.

« Là, c’était une tout autre ambiance. Nous revenions dans le camp des vaincus. L’arrondissement était comme désert, sous couvre-feu, s’amuse le grand garçon quarante ans plus tard. Au collège Eugène Delacroix, seul un copain, Mathieu Renard, trouvait “Mitterrand gentil”.» Le politiste junior avait même fait un petit sondage dans sa classe : seuls 2 condisciples sur trente avaient des parents électeurs à gauche. Déjà réformiste, Renaud Dély se fera magnanime envers la bourgeoisie et attendra quelques années avant de passer au militantisme plus actif, celui du courant républicain de Jean-Pierre Chevènement. Mais de Libération en Nouvel Observateur, en passant par Marianne jusqu’à Radio France, ce sont les médias qui l’éliront. À vie.

La gauche des années 2020 ne produit plus que des discours anxiogènes

De 1981 et de la décennie mitterrandienne, il lui reste cette émotion « hyper-importante » de la victoire, « mais je n’ai jamais cru à la Révolution, et encore moins à la Rupture promise, donc je ne suis pas tombé de haut », détache-t-il. Le plus frappant est que ses nombreux articles et essais qui décortiquaient avec précision il y a quinze ans ( notamment Les Tabous de la gauche ) une gauche percluse, s’enivrant de grands principes stériles et moralisateurs, ne sachant pas trancher, comprendre la mondialisation, ses ressorts et ses effets, et ignorant comment s’adresser à une société française de marché, n’ont rien perdu de leur actualité. Il y a une certaine cruauté à relire le prière d’insérer datant d’octobre 2006, et constater qu’il reste intact après le crash-test : « Surtout, elle reste prisonnière d’une grille de lecture poussiéreuse, brandit des références obsolètes, et se sert d’outils devenus inefficaces. Au pouvoir, elle renonce aux vraies réformes et baisse les bras ; dans l’opposition, elle se réfugie dans une confortable posture de refus sans nuances, et ne mise que sur l’incompétence de la droite pour retourner aux affaires. La gauche souffre d’un décalage croissant entre ses mots et ses actes, entre le monde tel qu’il est et celui qu’elle croit percevoir. Parce que cette fuite au royaume de l’imaginaire a anéanti sa capacité à changer la vie, il est temps que la gauche française revienne dans le monde réel.»

Aujourd’hui, le journaliste de France Info, animateur des Informés, et d’Arte, 28 minutes du samedi, regrette une gauche chouineuse qui « ne produit plus que des discours anxiogènes, aurait presque peur de l’avenir, se replie sur les fantasmes de guerre raciale ou sur la seule économie.» Renaud Dély ne croit pas aux lendemains qui chantent, mais il aimerait bien une autre musique.

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