Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

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#Politique

De la « smart city » à la « safe city »

Publié le 11 août 2021 par

#COVID-19. L’Institut Paris-Région a publié une note faisant le point sur la surveillance algorithmique des déplacements de la population francilienne à l’heure du Covid.

Le recours aux technologies dans l’espace public n’est pas nouveau, prévient Camille Gosselin, urbaniste « Prévention sécurité » de l’Institut Paris Région, agence d’expertise et d’aménagement francilienne.  En 2012, on estimait que près d’un million de caméras de vidéosurveillance avaient été installées en France dans le cadre de la lutte contre la délinquance. La lutte contre le terrorisme et, plus récemment, la lutte contre la Covid-19 ont accentué le recours à cette technologie, qui se dote désormais des innovations promises par l’intelligence artificielle. La surveillance de la population n’est pas un domaine réservé aux pouvoirs publics. »

Source : ATS Communication.

Reconnaissance biométrique, systématisation de la géolocalisation, dronisation de vérification des déplacements, détection algorithmique de « comportements jugés anormaux ou de bruits suspects » font partie de la panoplie technologique depuis les débuts de la crise sanitaire.  « Comme la lutte antiterroriste, la crise sanitaire stimule les innovations dans le secteur des technologies de sécurité, en atteste l’intensification des expérimentations en matière de  vidéosurveillance dite ‘’ intelligente‘’ », rappelle la note de l’expert, très complète sur le sujet. Ainsi lors du premier déconfinement, à la station Châtelet-Les Halles, à Paris, mais aussi dans le parc de bus à Cannes, des caméras ont été utilisées pour repérer et compter les personnes sans masque. « Officiellement, il s’agissait d’établir des statistiques, et non d’identifier ou de verbaliser les individus. À titre expérimental, la Région Auvergne-Rhône-Alpes a équipé trois lycées de caméras thermiques, qui prennent la température sans contact : ils les ont testées pendant trois semaines après la rentrée scolaire 2020 pour repérer d’éventuels foyers épidémiques. Par ailleurs, depuis fin 2020, le Groupe ADP (anciennement Aéroports de Paris) teste des caméras thermiques à Roissy pour relever la température des voyageurs arrivant sur le sol français. Des caméras 3D sémantiques sont aussi expérimentées à Roissy : elles ne génèrent pas d’images mais mesurent la distance, la forme et la taille des objets de manière précise, permettant ainsi de contrôler les flux de personnes et le respect de la distanciation sociale. »S

Comme la lutte antiterroriste, la crise sanitaire stimule les innovations dans le secteur des technologies de sécurité.

« La  safe city » (ville sûre), pendant sécuritaire de la  « smart city » (ville intelligente), séduit de plus en plus de collectivités, métropoles comme villes moyennes, et ce, depuis déjà plusieurs années, dans un contexte de lutte antiterroriste, indique l’analyse de l’Institut. « Avec la crise sanitaire, les villes se sont impliquées dans la gestion du virus. À ce titre, elles peuvent compter sur un marché en pleine expansion qui leur propose, régulièrement, des innovations technologiques.La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a demandé l’interruption de certaines expérimentations, considérant qu’elles ne permettaient pas de garantir, en pratique, le droit d’opposition des personnes à la captation de leur image. »  Mais elle a autorisé l’usage de la vidéosurveillance intelligente dans les transports publics pour mesurer le taux du port du masque. La mesure a été finalement encadrée par un décret le 10 mars 2021. Dans la délibération de la Cnil portant avis sur le projet de décret, il est à la fois rappelé que « la préservation de l’anonymat dans l’espace public est une dimension essentielle pour l’exercice de ces libertés », mais aussi que « la lutte contre l’épidémie de Covid-19 […] constitue un impératif majeur de nature à justifier, dans certaines conditions, des atteintes transitoires au droit à la protection de la vie privée et des données à caractère personnel »

L’expression « la sécurité, première des libertés» s’est répandue dans les discours politico-médiatiques sans aucun débat sur ce qu’elle implique comme modèle de sécurité publique ni sur son impact sur la relation entre la police et la population

Même encadrées par le Réglement général sur la protection des données (RGPD) présenté comme étant le plus strict au monde, les données personnelles sont toujours au cœur de la gestion de la pandémie, de ses débats et de ses polémiques. Comment se transmet le virus ? Comment stopper sa propagation ? Dans un cadre d’exceptionnalité, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a coopéré avec l’opérateur Orange afin d’analyser l’ensemble des données de géolocalisation émises par les téléphones mobiles des abonnés. C’est ainsi que l’analyse géante a établi que près de 1,2 million d’habitants avaient quitté la Métropole du Grand Paris (MGP) entre le 13 et le 20 mars 2020, soit 17 % de la population. « Répartis de façon plutôt homogène sur le territoire français », ces exilés urbains firent tout de même grossir la population de l’Île de Ré, par exemple, de 30 %.

En route vers une société algo-autoritaire ? « Cette politique sécuritaire soulève bien des questions, conclut Camille Gosselin. L’expression ‘’ la sécurité, première des libertés’’ s’est répandue dans les discours politico-médiatiques sans aucun débat sur ce qu’elle implique comme modèle de sécurité publique ni sur son impact sur la relation entre la police et la population. La succession des crises sanitaire et sociale ainsi que le risque terroriste continu ne peuvent cependant occulter le nécessaire équilibre entre le besoin de sécurité et la préservation des libertés individuelles dans un État de droit démocratique. »

    À lire : « Note rapide » n° 899, postée en juillet 2021 sur www.institutparisregion.fr. Également « #Dark city » d’Hubert Guillaud in la revue Les Influences n°1, juin 2021.

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