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Guillaume Duval : « Macron a pris en traître les électeurs de gauche »

Publié le 30 septembre 2021 par

L’idée : L’Impasse, essai signé de l’ancien directeur de la rédaction d’Alternatives économiques et soutien de Yannick Jadot, détaille les erreurs et propose des pistes politiques, sociales, fiscales pour changer le cap. Rencontre.


#2022 #Social-écologie #Aristocratie-D-État

Aïe ! L’Impasse. Le Mur. Devant de telles métaphores tellement surfaites, il serait pourtant dommage de s’écarter au premier réflexe de la lecture du nouvel essai de Guillaume Duval. L’ancien pilier du mensuel Alternatives économiques, soutien de Yannick Jadot et cofondateur du Festival des idées, n’est pas un polémiste. Il n’écorche ni n’estropie à coups de critiques dilacérantes. Son talent réside dans le déchiffrement, l’analyse et la pédagogie. Une lecture idoine pour aborder les avis de gros grain de la présidentielle 2022. Pas mou pour autant, L’Impasse donc est comme un immense soupir de consternation : Cinq ans de perdu. Il décrit un président de la République au pied de ce mur idéologique qu’il n’a pas érigé mais qu’il contribue chaque jour de son mandat à consolider de façon entêtée, absurde et totalement inefficace. En quatre chapitres, ou plutôt quatre « erreurs » majeures, Duval brosse une France bonapartiste comme jamais, étatiste et néolibérale à la fois, désindustrialisée, socialement explosive, fiscalement transie plutôt qu’en transition écologique. Il canarde quelques idées fausses qui mènent à cette fameuse impasse comme la théorie du ruissellement ou la soi-disant dérive des coûts salariaux. Et il propose.

« Je voudrais convaincre les gens de gauche qui ont voté Macron au premier tour en 2017 qu’il existe une chance politique, une vraie alternative », nous dit-il. Ce jour-là, nous sommes à la veille du premier tour de la primaire des écologistes. Guillaume Duval soutient et conseille Yannick Jadot depuis quelques années. Comme lui, l’ancien du courant CERES (Chevènement) au Parti socialiste est persuadé qu’une force de gauche peut apparaître sur les cendres de 2017, réorientant toute la démocratie, l’économie et la société vers une social-écologie.

Macron est le président hologramme d’une certaine France dépeinte par Guillaume Duval, relevant de l’ “aristocratie d’État”.

L’auteur commence par une charge sans concession sur le style politique du Président, qui nourrirait un peu plus la crise de la démocratie. « En 2017, même très opposé sur l’économique et le social, je ne voyais pas Macron d’un mauvais œil, pour ce qui concerne son libéralisme sociétal, se souvient-il. Mais il a pris les gens en traître. Nous attendions une refondation sociale, son bonapartisme est surdéterminant. Il est au fond très vieux jeu sur l’économie et le sociétal. On se croirait dans un film de Chabrol, avec cette petite bourgeoisie provinciale et mesquine qu’il conforte. » Macron est le président hologramme d’une certaine France dépeinte par Guillaume Duval, relevant de l’« aristocratie d’État ». Celle-ci « est et a toujours été porteuse d’une vision autoritaire, hiérarchique et descendante de l’action publique », écrit-il.

« Je ne crois pas, comme beaucoup d’autres, à cette affaire d’homme providentiel, dit-il dans une moue accablée. Les Français sont plus et mieux éduqués qu’il y a un demi-siècle et cultivent un appétit de politique et d’action collective. Je pense par exemple à la tentative de Primaire populaire. Macron, lui, joue la France aristocratique des élites contre les corps intermédiaires, les intelligences structurées, les collectifs et les mouvements que l’on voit émerger. »

Autre aspect du président : « sa méconnaissance crasse de l’économie réelle », cingle l’observateur qui fut ingénieur dans l’industrie automobile allemande des années 1990, à Francfort et Tübingen. Cette méconnaissance, ce manque de sensibilité à tous les aspects de l’industrie et du monde du travail, est une composante du logiciel de l’aristocratie d’État. Et elle s’avère désastreuse dans ses choix. »

Le Président Macron, mélange gazeux d’étatisme et de néolibéralisme, ne chercherait qu’à baisser les dépenses publiques. Le « Quoiqu’il en coûte » des années Covid-19 ne serait qu’un leurre. « Ce qu’il prône c’est l’appauvrissement de la France », cingle l’essayiste qui démonte « l’obsession nuisible » de la baisse des dépenses publiques. Sous condition d’aller chercher l’efficacité de l’action publique, il estime que les dépenses publiques n’ont rien d’incompatibles avec l’économie marchande privée qui, au contraire, profite largement de ce biotope. « Le capitalisme fonctionne très bien quand on n’écoute pas les patrons », sourit Guillaume Duval.

Cette impasse telle que décrite est aussi la limite de la démonstration. Si Emmanuel Macron en est le maçon en chef, ce mur-là si l’on ose dire est également le grand miroir d’une « société de marché », d’une vie politique en voie de recomposition et d’une gauche non sociale-libérale qui n’arrive toujours pas à capitaliser sur l’exaspération et à appréhender les mutations ubérisantes du monde du travail. L’impasse est étroite mais beaucoup de monde s’y engouffre.

L’Impasse. Comment Macron nous mène dans le mur, Guillaume Duval, Les Liens qui Libèrent, 153 p., 14,50€. Paru 22 septembre 2021.

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