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Laurent Martin, dans la tête de Jack Lang

Publié le 5 octobre 2021 par

ENQUÊTE (3/5).

L’Idée : Laurent Martin, historien et grand maître d’œuvre du dictionnaire critique Les Années Lang, est aussi celui qui avait créé le fonds d’archives du ministre de la Culture.

L’historien Laurent Martin. D.R

Je n’étais pas un grand fan de Jack Lang », admet l’historien de la culture et professeur à Paris 1 Panthéon-Sorbonne Laurent Martin. Du 10 mai 1981, celui qui était un petit jeune homme de tout juste 13 ans se souvient d’une table familiale  « assez joyeuse », mais qui toutefois ne fit pas sauter le champagne. « Pas d’excès, et toutes les années qui ont suivi, je me suis senti bien plus rocardien que socialiste » décrit-il. C’est un gros septennat plus tard que le charme va opérer. Pascal Ory, son directeur de thèse (sur Le Canard enchaîné*), alors que la génération de Laurent Martin galère précisément ces années-là à trouver rapidement un poste à l’université, lui parle d’un recrutement à l’IMEC (Institut mémoires de l’édition contemporaine), créé à l’automne 1988. Le ministre de la Culture Jack Lang a déposé ses archives dans cette structure associative imaginée par un fou de mémoires, Olivier Corpet (disparu en octobre dernier). La bibliothèque de la rue de Lille, (en attendant la rue Bleue et depuis 2000, l’extraordinaire abbaye d’Ardenne près de Caen, avec la bénédiction du Conseil régional), a déjà accueilli ses deux premiers fantômes de prestige, Louis-Ferdinand Céline et Jean Genet. Hachette et ses satellites y déposent rapidement leur fonds historique, en attendant Denoël, Flammarion, Mais aussi Érick Satie, Michel Foucault, Marguerite Duras, Roland Barthes, Edgar Morin et des centaines de trésors mémoriels des lettres, des arts mais aussi de la presse écrite…  Alors que d’habitude, les ministres confient leurs archives aux Archives nationales, Lang leur a préféré dans un premier temps, l’IMEC. « Là aussi, on peut apprécier le tour de main politique et cet esprit libéral d’ouverture : plutôt que de se retrouver noyé dans les archives indistinctes du ministère de la Culture, le fonds qui a été quelques années plus tard confié aux Archives nationales – qui se sont beaucoup agacées de cette démarche-, porte son nom, et il n’a pas à attendre un demi-siècle pour que l’on reparle de lui », s’amuse encore l’historien.

Durant quatre ans, le thésard séduit par la personnalité de Corpet ( « un esprit curieux plus que chartiste ») s’est coltiné aux richesses de 500 caisses de documents, et 3 000 boîtes. « Franchement, c’était un travail dantesque. Je classais, je classais, je classais…  Un fonds intégral et très varié constitué d’archives publiques, de photocopies de correspondances avec les autres ministres, de coupures de presse et également de vidéos qui commençaient à se dégrader » Dans la tête de Jack Lang le politique. Il en publiera un livre substantiel**.

« Depuis Mitterrand, plus aucun président n’a mis la culture dans son projet politique. »

N’aurait-il pas depuis toutes ces années, épuisé la question ? « Il y a beaucoup à faire, croyez moi ! s’enthousiasme celui qui a plusieurs ouvrages au feu, notamment sur la géopolitique de la culture mais aussi de la censure. L’ouvrage collectif a exploré des dimensions que je n’avais pas travaillé, par exemple la question de la culture comme identité nationale ou celle de la parité manquée. On voit mieux aussi le fonctionnement, la foi du charbonnier de toute une génération très talentueuse de techniciens, spécialistes et militants de la culture qui ont composé ses cabinets. Leur histoire collective est encore à étudier. » Et si le ministre soigne com et postérité, ses échecs restent à creuser.

Lang a vu le big bang de l’industrie audiovisuelle lui échapper.  « Ce dossier lui a glissé entre les doigts au profit de l’Élysée, et Mitterrand s’est tiré plusieurs balles dans le pied avec ce secteur : la catastrophe de La 5 notamment et l’entrée de Berlusconi dans la bergerie auront fourni sur un plateau d’argent, le prétexte de la privatisation de TF1. » Un autre raté également : « Lang a été ministre de l’Éducation nationale, quelques mois, et il aurait souhaité en finir avec le péché originel de Malraux, c’est-à-dire la séparation de la culture et de l’éducation. La vraie difficulté est que ces deux ministères sont très inégaux par le nombre d’agents, le budget, les publics, les missions, etc. et que la Culture, quand l’Education s’en occupait, fut toujours reléguée au second voire au troisième plan. »

Pourquoi le languisme ne s’est-il pas trouvé de successeur ? « Parce que les présidents de l’après Mitterrand n’ont pas d’appétence particulière -même si le bilan de Macron est quand même meilleur que celui de Hollande. À ce jour, aucun n’a placé la culture dans son projet politique. »


Lire l’intégralité de l’enquête : 1. Jack Lang, une histoire française. 2. #Rue-de-Valois. 3. Laurent Martin, dans la tête de Jack Lang. 4. Vincent Martigny : Jack Lang, un personnage de pop culture. 5. Emmanuel Wallon, extension du domaine de la culture.

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