Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

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Vincent Martigny : Jack Lang, un personnage de pop culture

Publié le 5 octobre 2021 par

L’ENQUÊTE (4/5)

L’idée : Pour le professeur de science politique Vincent Martigny, la figure hors-norme du ministre et la conception mitterrandienne de la culture auront créé un cocktail détonant.

Le politiste Vincent Martigny. ©Flammarion

Durant la cohabitation de 1986 à 1988, le ministre de la Culture qui doit faire oublier Jack Lang s’appelle François Léotard. Et il a rapidement ce cri du cœur : « C’est étouffant, la gauche domine tout. » Le libéralisme affiché du Premier ministre Jacques Chirac et de son équipe gouvernementale conduira à la privatisation de TF1.  Et 1988 sera la saison 2 du règne mitterrandien. Quant à Jack Lang , a t-il jamais vraiment quitté la rue de Valois ?

«La force de Jack Lang a été de comprendre  ce qu’il se passe de politique dans la culture. Il est pour reprendre une formule de la FNAC des années 1980, un ‘’agitateur culturel’’, un  personnage de pop culture en politique » décrit Vincent Martigny, professeur de science politique à l’université de Nice et Polytechnique,  et essayiste qui voit en ce ministre, un véritable « personnage de pop culture ». Pop culture ? « Parmi les nombreuses images de cette décennie, celle d’un Lang assis devant un piano  le 21 juin 1982 pour annoncer la première édition de la Fête de la musique m’a paru édifiante de son style politique. »  explique-notre politiste féru de théatrologie politique, vivant lui-même à Paris au-dessus d’un théâtre et ayant également  touché à l’écriture de stand-up. Un style tout en émotion que Lang théorisa à l’Assemblée nationale même, en novembre 1981, défendant son premier budget ministériel avec cette formule pleine de vibrations : « la culture, c’est la vie de l’esprit ».

Il cultive l’enthousiasme flamboyant et l’ubiquité vibrionnante, s’inscruste dans les décors toujours plus variés d’une culture élargie,  à tu et à toi avec les créateurs, d’opéra en char de Techno parade, de théâtre de banlieue en dance floor, de salon de la BD en loge de théâtre, rayon de petite librairie, exposition design ou plateau de coproduction de cinéma international. « Plus encore qu’un spectacle, la société culturelle que promeut Lang est celle d’une fête » écrivent Martigny et le journaliste Jean-Marie Durand dans un article du livre, justement intitulé « pop culture ». Les critiques féroces sur la société du spectacle et la marchandisation se sont beaucoup atténuées au mitan des années 1980,  le retour de balancier se fait plus tard, à droite,  avec le procès du tout-culturel et de l’indifférenciation des valeurs et des goûts. Cette accusation prend consistance avec l’essai d’Alain Finkielkraut, La défaite de la pensée (1987), et enflera tout le long des années 1990, illustrée par les chroniques du mordant Philippe Muray. Entre-temps, leur cible favorite, Jack Lang, « personnage pop et ‘’cool’’, usant et abusant des médias où il compte de nombreux amis » , mettant en scène sa proximité de grande fluidité avec toutes les tribus culturelles, a façonné son image glamour, en même temps que ses outils de politique publique.

« Lang comprend ce qu’il se passe de politique dans la culture. »

Car Jack Lang est peut être un personnage de pop culture mais sa politique n’a rien de flottant.  Un exemple de cette influence de longue durée : en 1988, lorsqu’il revient au ministère, il se peut targuer d’avoir créé une « énarchie de la culture » et suscité un lieu digne d’intérêt et de symbole pour les hauts fonctionnaires. « Nous avons titré les Années Lang, mais il faut comprendre Les Années Lang-Mitterrand » précise Vincent Martigny. Ces années là, François Mitterrand supervise personnellement les grands travaux, d’Opéra Bastille en pyramide du Louvre en passant par la bibliothèque nationale qui porte désormais son nom,  car il entend « griffer le temps ».

Même si le terme d’ « exception culturelle » n’a pas été forgé par le tandem, mais par un adversaire, Jacques Toubon, ministre de la Culture (1993-95) période de cohabitation avec le Premier ministre Édouard Balladur, c’est pourtant au duo précédent que l’on attribue cette démarche politique sans égal de défense et promotion de la création française. Et cela ne date pas d’hier. Vincent Martigny, dans une étude somme précédente, narre le cheminement intellectuel de la gauche d’avant 1981 sur les questions culturelles*. Communistes et socialistes surent capter politiquement le thème de la culture, et le duo Mitterrand-Lang exploita en bonne intelligence la fibre souveraine de la création française face aux dangers extérieurs d’homogénisation néo libérale anglosaxonne, et intérieurs, de relatif désintérêt de la droite pour ces populations de réputation indocile.

Dans son dernier essai, Le Retour du prince, Vincent Martigny estime qu’au 21e siècle, la fiction interagit et transforme l’image des gouvernants en princes du suspense et conduit selon son expression à une « house of cardisation » du personnel politique : à l’instar du personnage présidentiel Francis Underwood de la série House of cards, un exercice solitaire et sans morale. Jack Lang aura même instillé la pop culture dans les analyses des nouvelles générations de la politogie.

*Dire la France. Culture(s) et identités nationales (1981-1995), Les Presses de Sciences Po, 2016. **Le Retour du prince, Flammarion, 2019.


Lire l’intégralité de l’enquête : 1. Jack Lang, une histoire française. 2. #Rue-de-Valois. 3. Laurent Martin, dans la tête de Jack Lang. 4. Vincent Martigny : Jack Lang, un personnage de pop culture. 5. Emmanuel Wallon, extension du domaine de la culture.

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