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Louis Saillans, guerrier remobilisé

Publié le 11 octobre 2021 par

#CRASH-TEST. Un essai paru un certain temps à l’épreuve de l’actualité. Relire Chef de guerre (Mareuil) de Louis Saillans, commando de marine et ancien chef de groupe en Afrique et Moyen-orient.

©Louis Saillans, auteur de Chef de guerre (Mareuil), Paris, 1er septembre 2021 par Olivier Roller/Les Influences.

 Saillans ? C’est en référence au chevalier François-Louis de Saillans, soldat plein de bravoure. Louis, parce que c’est stylé, non ? » On ignore si ledit Louis Saillans va de temps en temps lustrer le crâne de son héros, grand militaire indocile et contre-révolutionnaire, sauvagement massacré par les sans-culottes et, qui, depuis, gîte au sommet d’un pilier de la nef de l’église de Notre-Dame-des-pommiers, Largentière, Ardèche. Le lieutenant de vaisseau nous fait face, sans ciller, pince-sans-rire, avec cet art du « compartimentage » qu’il reconnaît bien volontiers comme « sa seconde nature ». Une franchise de toile cirée. Une impassibilité qui a donné du fil à retordre au photographe, tout à l’heure – et l’a un peu énervé.

Il faut donc l’appeler Louis Saillans. Plonger de bon cœur dans la légende. Il aurait quitté l’armée fin juillet. Il aurait 34 ans. Il vivrait dans une petite ville côtière de Bretagne. Ce qu’il va faire de son avenir, il en forge encore la réponse. Il faut le croire sur parole, au pied de la lettre et de son livre. Chef de guerre se serait écoulé à 33 000 exemplaires depuis sa parution en janvier 2021, selon son éditeur Louis de Mareuil. Là encore, un circuit banal. Le beau-frère d’un ami qu’il aidait à déménager. Il explique qu’avant de s’élancer dans le champ de mines, il a recueilli les avis de ses camarades et de sa hiérarchie. Son témoignage est écrit à l’os. Mais pourquoi diable Louis Saillans 2.0 s’est-il engagé dans cette opération intérieure de lui-même ? « Grâce à ma femme d’une part, et à cause de mon grand-père paternel sans doute », distille-t-il. La première l’a poussé à raconter pour mieux digérer toutes ces années de haute tension et de silence absolu, et pour leurs deux jeunes enfants. Le second est un fantôme familial. Dans sa famille pas spécialement bercée par la culture militaire, un père ouvrier décapeur, une mère professeure d’anglais, cette silhouette lointaine a longtemps hanté le petit Béarnais. « Je ne l’ai pas connu, mais il se disait qu’il était instructeur à l’armée », énonce-t-il. Il n’en a trouvé nulle trace dans les archives de la Grande Muette, « mais ça ne veut rien dire ». Lui a longtemps hésité avant de choisir ce métier, ou plutôt de « répondre à l’appel ».

” Seules les idées peuvent combattre sur le champ des idées.”

Quoi qu’il en soit, son récit n’est pas banal. Le lecteur fana-mili pourra ressentir une fois de plus quelques secrets cruels de l’entraînement commando. Les joies du « coxage ». Il reste très discret sur une épreuve, celle d’un enlèvement et d’une mise en condition d’interrogatoire et de captivité. « Il ne faut pas tout révéler du scénario, mais c’est une séquence vraiment terrible », se souvient Louis Saillans qui, de sa formation, a conservé quelques cicatrices. Il égrène quelques opérations, en se concentrant sur des gros plans : l’entente et l’amitié, les opérations de nuit, les armes, la vie dans le camp, l’armée américaine, les techniques d’infiltration ou les dilemmes moraux. Mais le livre est bien plus grand que son auteur. C’est un ouvrage sobre et brut de décoffrage qui (se) pose des questions peu courantes dans ce milieu. Une OPEX intellectuelle sur la place publique.

En ce tout premier jour de septembre, lorsque nous le rencontrons, les talibans ne se sont pas encore installés à Kaboul. Le Premier ministre malien par intérim n’envisage pas de négocier avec le groupe de mercenaires russe Wagner pour remplacer les Français de l’opération Barkhane. Le caporal-chef Maxime Blasco n’est pas encore tombé. L’actualité concerne plutôt les deux pétitions de militaires publiées dans Valeurs actuelles. « Pour moi, ce sont des initiatives de gens qui n’ont pas tout à fait compris que la guerre était finie pour eux, cingle-t-il. Ils ne sont raccord ni avec l’époque ni avec la société. » Franchie la membrane particulière de l’armée, comment le commando marine va-t-il agir dans la société, alors que sa génération a été au contact et à haute fréquence de zones périlleuses, Afghanistan, Moyen Orient, Sahel ?

Dans l’épilogue, il a écrit : « Comme beaucoup de militaires, je ne me sens hélas plus en phase avec la façon dont les conflits sont menés à l’étranger par les politiques de notre pays. C’est la raison pour laquelle la mort dans l’âme, j’ai pris la décision de quitter l’institution. » Le temps joue avec les djihadistes car, contrairement aux Occidentaux, pour eux la guerre ne cesse jamais. Pour lui, une seule solution : la confrontation idéologique. « Seules les idées peuvent combattre sur le champ des idées ». Le guerrier s’est remobilisé, en attendant le théâtre des nouvelles opérations. Ou le désert des Tartares.

Chef de guerre, Louis Saillans, Mareuil, 190 p., 19,90 €. Paru février 2021.

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