Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

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Samuel Jequier : « Aucun candidat ne sait incarner les axes majoritaires de l’opinion» 

Publié le 17 novembre 2021 par

L’idée : la nouvelle société de conseil Bona fidé a lancé son observatoire de l’élection présidentielle. Pour mieux comprendre les phénomènes de volatilité des électeurs.

#2022 #Politiste #Bona-fidé #EricZemmour #AnneHidalgo

Tapez « bonafide.paris »  (sinon vous tombez sur un vendeur de bougies parfumées) et vous aurez accès au site web de l’agence Bona fidé qui vous mettra, elle, au parfum politique. Jusqu’au 7 décembre, cette nouvelle société de conseil et d’influence, basée dans le 10e arrondissement parisien,  propose gratuitement sur son site, un utile panorama de la prochaine campagne présidentielle : comparateur de programmes complet et mis à jour, organigrammes les plus précis possible des équipes de campagne et de leur influenceurs, analyses maison. C’est le temps des oracles et des prophètes au pifomètre, des stratèges prédictifs et des rusés sioux de l’IA dans la perspective de 2022. « Tout le monde dans nos métiers et dans les médias y va de son agrégateur plus malin que celui des autres évidemment, s’amuse Samuel Jequier le directeur général adjoint de la petite entreprise, et d’annoncer, gourmand, en touillant un échaudé à l’anis dans son café allongé: Nous avions testé les dernières municipales et vu juste pour 49 villes sur les cinquante étudiées, seule Bordeaux a déjoué nos pronostics. Pour cette campagne présidentielle, nous allons utiliser une cartographie qui suivra plus finement encore les ventilations des électeurs, et les phénomènes de volatilité. » Ces derniers peuvent être en effet impressionnants et déjouer les hypothèses les mieux construites.

Capture écran du site Web de Bona fidé.

Bona fidé ( du nom de l’entreprise imaginée par les Marx Brothers) est l’addition toute fraîche de Robert Zarader (ex-conseiller historique de François Hollande, mais aussi de la CFDT) et de ses troupes de l’ex-société Équancy&Co, et de cet agrégé de sciences sociales qui revient de loin, des contrées de la gauche et de ses chaos. Directeur-adjoint du département Opinion du Service d’Information du Gouvernement, il fut dans la foulée de la cohabitation, conseiller « chargé des discours et de l’opinion » au cabinet de Martine Aubry, alors ministre de l’Emploi et de la Solidarité (1997-2000). Ipsos, le temps d’une année, l’adoube directeur du développement Internet. Mais il reprend son métier d’influence solo en tant que chargé de mission « communication, discours et opinion » au cabinet de Bertrand Delanoë, maire de Paris (2001-2006).

Samuel Jequier ou la politique par gros grain. En 2002, alors à l’hôtel de ville de Paris, c’est lui qui prévoit quelques heures avant le verdict officiel, la présence de Le Pen au second tour et l’éjection du candidat Jospin. Personne ne le croit avant que la mauvaise nouvelle rattrape et avale tout le monde.  En 2017, il se retrouve « plus activement » dans la lessiveuse Benoît Hamon qui rincera ce qu’il reste du Parti socialiste. Le consultant essuie les coups de tabac d’une campagne sombre et dingue. « Benoît a perdu pour plusieurs raisons, analyse-t-il aujourd’hui, la première c’est qu’il ne s’était pas du tout préparé à être le gagnant des primaires. Il a eu trop peur d’être celui qui conduirait le Parti socialiste à la ruine. Son rapport affectif au PS – qui le détestait et a oublié de le soutenir-  l’a empêché de se concentrer sur l’essentiel, à savoir réunir la gauche au-delà de son camp et aussi de tenir bon sur ses propres fondamentaux comme le thème précurseur du revenu universel. Le débat télévisé du 10 mars l’a achevé. » Alors qu’il aurait du se transcender, il est apparu effacé et sans allant :  « La veille, il avait fait son grand meeting à Bercy, qui aura été symboliquement son zénith. Le lendemain, il n’était pas du tout dans le match, ni physiquement ni intellectuellement. Or réseaux sociaux ou pas, la télévision, en 2017 comme en 2022, reste le média indispensable d’une compétion politique. » Le Baron noir en a vu de toutes les couleurs, et la palette peut servir. Un quinquennat presque plus tard, Samuel Jequier chuchote des « tas de trucs et pas que des sujets politiques, loin de là » à l’oreille de ses clients pour essayer de comprendre une France qui joue au furet de l’opinion. En politique comme pour tout le reste.

Samuel Jequier. D.R

La fourche des axes majoritaires de l’opinion

Il ne résout, pas plus que les autres experts, l’énigme d’un puzzle explosé de mille pièces, celui d’une gauche sans visage et sans idée motrice. « En brisant ce qui avait fait son réel succès en 2017, c’est-à-dire l’image d’un petit père de la république, Mélenchon a spectaculairement fait éclater lui-aussi son socle d’électeurs et ce, en quelques années ».  Pour ce qui concerne la candidate du lilliputien Parti socialiste, il est encore plus affirmatif dans un billet au titre explicite, « Pourquoi Anne Hidalgo ne décolle(ra) pas ».  4% d’intention de vote (Harris interactive) le 17 novembre. Tous les signes du crash s’allignent, à commencer par son livre, Une Femme française qui, à l’instar de celui du candidat Jospin en 2002, fait un flop avec à peine 3 000 exemplaires vendus. « Les déficits sont si lourds et structurels qu’il est à craindre pour le Parti socialiste que la fusée Hidalgo reste encalminée sur son pas de tir. Et à parier que si un candidat, à gauche, finit par trouver une (petite) dynamique, ce ne sera pas la maire de Paris », mord Samuel Jequier. En attendant Jadot, dont la petite performance semble actée. Paradoxe : cette gauche qui abomine les hommes et les femmes providentiels n’ont toujours pas trouvé le leadership indispensable en Ve République. L’ambiance 2022.0 pourrait évoquer les antédiluviennes élections de 1969, quand la gauche fut totalement hors-jeu, un an à peine après un mois de mai historique.  « La force impressionnante de Macron est de tenir un socle de 7 électeurs sur 10 qui ont voté pour lui en 2017 et lui assure pour le moment un ticket pour le second tour », souligne l’observateur. Ça sera faute de mieux, car personne pour l’instant n’a trouvé la formule chimiquement pur pour traduire la demande politique profonde. « Les axes majoritaires de l’opinion sont très intéressants à étudier. D’un côté, il y a un plébiscite pour les protections sociales, le pouvoir d’achat et l’économie redistributive, c’est-à-dire des thèmes ancrés à gauche mais qui séduisent aussi un électorat de droite, et de l’autre, les questions de l’identité, de l’islam et de la sécurité, plutôt à droite, mais qui concernent également une forte proportion d’électeurs de gauche. Or aucune figure politique, pas plus à gauche que chez LR et LREM, sait incarner ces deux pinces de l’opinion. »

« Avec l’électorat du RN, la lutte morale ne sert à rien »

Les autres acteurs de la pièce, le RN et Zemmour se disputent l’affiche sans parvenir également à maîtriser cette fourche d’opinion. « La variable la plus prédictive de l’électorat du RN, c’est la précarité et le déclassement. Voilà pourquoi la lutte morale de ses adversaires ne sert à rien. » À l’inverse, Éric Zemmour, décrit-il dans un autre article en ligne, n’est pas le fruit d’une construction médiatique ou statistique. Certes il bénéficie d’une prime à la nouveauté, mais son ascension repose essentiellement sur des « ressorts politiques plus profonds » : « le « phénomène » Zemmour semble le produit de tendances lourdes et, pour certaines anciennes, de l’électorat de droite et d’extrême droite ». Samuel Jequier recense les points forts de cette pré-candidature turbulente : 9 de ses 16 points d’intentions de vote viennent aujourd’hui du propre électorat de Marine Le Pen.  48 % des électeurs LR et 57 % de ceux du RN disaient ainsi vouloir une alliance entre les listes LR et RN au second tour des régionales. Un tiers des sympathisants LR jugent que leur parti est « proche » du RN, un jugement partagé par deux tiers des électeurs RN. Enfin, il note une « adhésion culturelle, idéologique et politique aux idées d’Éric Zemmour » sur l’immigration et l’islam qui rassemble plus de trois quarts des électeurs de droite et d’extrême droite. « Il offre une alternative au doute sur la capacité de Marine Le Pen à faire mieux qu’en 2017, parce que, par son positionnement passerelle entre droite et extrême droite et ses propositions, il comble de vieilles et profondes attentes de ces électorats » traduit Samuel Jequier. Mais le phénomène qui est passé en quelques semaines de 5 à 17% d’intention de vote lui non plus ne sait pas saisir cette opinion à deux pinces.

 Au fait, dans cette France étrange sous Covid, où se trouve alors le phénomène politique du quinquennat, celui mué par les 300 000 Gilets jaunes qui avaient surgi sur les ronds-points et les réseaux sociaux ? La France n’a pas son mouvement 5 Étoiles. La fameuse volatilité.  « On n’a jamais trouvé le chemin entre la revendication sociale et son application politique », nous explique Samuel Jequier. On le sent prêt à ne pas perdre une miette de cette pièce à la fois morne et explosive, instruisant sur les psychologies et les mentalités de l’époque. Rendez-vous pour un 24 avril qui était caché par le précédent. Ou pas.

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