Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

Les Influences

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#Politique

La politique religieuse de Xi Jiping

Publié le 25 novembre 2021 par

L’idée : La constitution chinoise reconnaît la liberté individuelle de la religion tandis que l’État contraint ou réprime férocement toute religion organisée et venue d’ailleurs, comme le décrit l’enquête du sinologue Claude Meyer.


Le Renouveau éclatant du spirituel en Chine : renaissance des religions, répression du Parti, Claude Meyer, Bayard, 257 p., 21,90€. Paru 13 octobre 2021.

Cette présentation générale de la situation des religions en Chine aujourd’hui, signée du sinologue et conseiller de l’IFRI, Claude Meyer est née d’un travail d’observation, de nombreuses conversations ainsi que d’une exploration des sources historiques. Il inscrit la question religieuse dans le cadre plus général de la répression de  toute amorce de société civile en Chine. Les technologies de l’information deviennent des technologies de surveillance, et telle  organisation religieuse ou non qui refuse de s’y soumettre est immédiatement en butte à la suspicion, voire à l’interdiction.

Au cœur du livre Le Renouveau éclatant du spirituel se trouve la description des politiques mises en place par Xi Jinping pour assurer un pouvoir autoritaire. Sa personnalité (qu’il a transformé en culte), sans faire l’objet d’un portrait, est au centre de cette politique qu’il oriente très clairement, et cela de façon paradoxale puisqu’il est, par sa famille, proche du bouddhisme. Alors que la liberté individuelle de religion est reconnue par la constitution, le contrôle et la répression de la liberté collective de religion font partie de l’arsenal répressif contre les libertés publiques. Pour en exposer les sources et les réalités, le sinologue entreprend un travail érudit qui conduit le lecteur dans les profondeurs historiques de la Chine ainsi que dans un panorama de l’histoire chinoise depuis l’instauration du communisme. Selon la pensée politique communiste, et maoïste en particulier, les religions sont soit un reliquat des temps passés, qui doit absolument disparaître avec l’avènement de la société communiste et les progrès en matière économique, soit un « opium du peuple », dans une vision bien plus radicale, née à l’époque où le maoïsme s’est imposé comme religion politique ; une politique répressive a donc été menée notamment pendant la Révolution culturelle. Les choses se sont cependant adoucies avec l’arrivée au pouvoir de Deng Xiao Ping, qui comptait exploiter le potentiel des religions, avant de se tendre à nouveau avec l’actuel président.

L’auteur essaye de comprendre les raisons du renouveau religieux actuel, ainsi que sa répression renforcée qui en est le corollaire fatal. Les enjeux ici de liberté sont fondamentaux : l’idéologie générale est matérialiste et individualiste, dominée par un contrôle absolu du parti. Ce parti cependant est aussi un champion de la corruption, et bien loin des valeurs qu’il veut imposer aux Chinois. Les religions constituent donc une forme de résistance, active et passive, par exemple contre le bafouement des droits de l’homme ; elles s’opposent aussi aux différentes conséquences désastreuses de la croissance économique exceptionnelle qu’a connue la Chine depuis plus de vingt ans : le désastre écologique, les répercussions sur la santé publique, la fracture sociale, la crise morale. Elles se constituent aussi en organisation distincte du parti, et peut-être concurrentielle, dans un pays où les organisations sont étroitement contrôlées.

Les “trois forces du mal” décrétées par l’État chinois sont le terrorisme, le séparatisme et la collusion avec les forces étrangères – dont les religions venues d’ailleurs

Pour assurer la régulation du fait religieux, et son contrôle, voire sa subordination, il existe des instances  officielle et surtout la reconnaissance de cinq religions officielles – taoïsme, bouddhisme, catholicisme, protestantisme et islam. L’État (et surtout le parti depuis que le Bureau des affaires religieuses lui a été confié) s’assure de ce que les  activités et pratiques religieuses menées sont « normales ». Le confucianisme occupe une place à part, car il n’est pas considéré comme une religion, mais comme un système de pensée,  autochtone de surcroît,  et qu’il lui est imputé d’être en mesure de justifier l’autoritarisme du pouvoir, par sa quête de l’harmonie. Outre les religions reconnues, il existe des formes de religiosité populaire qui ne sont pas intégrées dans le système, ainsi que des religions non officielles, clandestines voire interdites, comme le Falun Gong.  Chaque religion reconnue a un traitement spécifique : le taoïsme est le moins persécuté, voire parfois soutenu, comme faisant partie du socle culturel chinois, dans le contexte du nationalisme culturel en vigueur et de la volonté de « ressusciter les vertus traditionnelles ». La situation du bouddhisme dépend de s’il est question du bouddhisme tibétain (persécuté) ou du bouddhisme chinois. Il en va de même de l’islam, toléré s’il est celui, sinisé, des Hui, et persécuté et soumis à une volonté d’éradication dans le cas de Ouigours. La sinisation comme entreprise de mise au pas concerne aussi l’église catholique (il y a une église officielle, et une église clandestine, qui obéit plus exclusivement) et les églises évangéliques, qui connaissent la  plus grande croissance, en fait une explosion. Des pasteurs se plient à la volonté de sinisation et proposent des élaborations théologiques intéressantes, telle celle de Mgr Ting d’un protestantisme socialiste déployé autour du « Christ cosmique ».

Au bouddhisme familial, Xi Jinping a préféré se convertir au culte de sa personnalité.

Pour la plupart des religions, s’ajoute au double problème de maintenir une vision spirituelle et de promouvoir une liberté de réunion le fait qu’il s’agisse de religions « étrangères ». L’État chinois induit qu’elles constituent en tant que telles des dangers de subversion, voire les cinquièmes colonnes d’un occident haï. La persécution a même un cadre légal, celui de la loi de 2020 contre les « trois forces du mal », soit le terrorisme, le séparatisme et la collusion avec les forces étrangères, mais la politique génocidaire contre les Ouïgours  (renseignée ici dans une annexe) fait l’objet d’un déni de la part du gouvernement chinois et d’un blackout de l’information, de façon à dissimuler tout un arsenal d’arrestations et de disparitions. L’auteur décrit de façon générale l’ampleur des mesures prises par le gouvernement chinois, en Chine comme  à l’étranger, pour assurer le contrôle de l’information et la propagande du régime, maniant à la fois la surveillance (par exemple de l’internet, avec plus de deux millions de personnes employées à cette fin) et l’intimidation (sur les départements universitaires à l’étranger), dans des buts géopolitiques et diplomatiques.

L’auteur, spécialiste de la Chine, en a été expulsé avant de pouvoir poursuivre son enquête à Hong Kong.

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