Influences : n.f.
1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

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Comment un article du Monde des livres a provoqué le burn-out d’un éditeur

Publié le 19 février 2022 par

L’idée : Ras le bol de la surproduction de livres et du système de diffusion-distribution qui favorise l’édition industrielle. Les éditions Rackam ont décidé de suspendre durant une année sabbatique, toute activité.

L’une des plus vieilles maisons d’édition de BD alternatives dit “stop” à la folie éditoriale qui tue la création.

Le journaliste Florent Georgesco, collaborateur du Monde des livres – et par ailleurs ancien éditeur chez Léo Scheer – est-il conscient que son enquête récente à déclenché une bombe existentielle ? Son enquête 40 000 titres et si peu de survivants publiée le 20 novembre 2021 a poussé à la radicalité. Sises à Tarnac, les éditions de BD alternatives Rackham (fondée en 2008 par Alain David et Michel Lablanquie et aujourd’hui dirigées par Latino Imparato), à la lecture du papier, ont décidé de se mettre au vert durant une année sabbatique. On connaît la fronde très médiatique des auteurs qui se sentent floués par le «Système», mais on entend moins la voix des petits éditeurs, aussi pressurés que les éleveurs de lait de brebis face à la grande distribution. Qu’est ce qui a donc décidé l’éditeur historique de Sin City et 300, des reportages dessinées de Joe Sacco et de la troupe talentueuse des David B., Trondheim, Rabaté et Jean-Pierre Duffour, de débrayer ? Sur son site, Rackham détaille ce besoin subit de prendre un bon bol d’air frais. Pourtant, 2021 à été bonne, et même excellente, carrément historique pour cet éditeur comme pour de nombreux professionnels de la chaîne du livre. « Nous vous faisons grâce de chiffres de mise en place, taux de retour, ventes médianes et moyennes… ces nombres ne sont pas le miroir de nos motivations, de nos choix et de nos désirs. Chiffres de vente, marges et parts de marché n’ont jamais été ni notre raison d’être ni ont jamais guidé nos choix éditoriaux. Plus modestement, nous nous sommes toujours tenus à la bonne vieille péréquation : les ventes des livres à plus large audience soutenant financièrement les livres plus exigeants, plus fragiles.»

Malheur aux vaincus d’une vente précédente qui n’aurait pas marché et aux gagne-petits : les libraires ne sont pas des poètes, qui s’appuieront toujours sur les tableaux Excel® de la performance

Mais un chiffre d’affaires ne semble pas être une sauvegarde pour le bonheur d’éditer. L’équilibre décrit observerait désormais une dérive. « L’historique des ventes des livres sortis en 2021 ne fait que le confirmer. Ce continuum autrefois observable entre ventes attendues et ventes réelles a laissé place à une forte polarisation. Avec à un extrême un ou deux livres ayant profité d’une large diffusion en librairie (suivie de ventes consistantes), touchant la presque totalité des librairies de « premier niveau », et à l’autre extrême tous les autres titres, diffusés à peu près au même niveau, quelques centaines d’exemplaires, et presque pour un tiers commandés par les libraires à 1 exemplaire. Comment expliquer qu’en quelques années une diversité qui trouvait presque parfaite écho dans les chiffres de diffusion a pu se réduire à cette réalité à deux dimensions ?» Les librairies se déclarent submergées par un raz de marée, accablées par une vague. Ainsi le critère quantitatif (diffusé et distribué par Les Belles-Lettres) réduit à néant, ou à pas grand chose, la diversité et la proposition publique des œuvres. Résultat des courses : « Le recours au critère quantitatif est donc inévitable et l’historique des ventes d’un auteur devient le seul critère de leur choix. Les livres d’auteurs au bon historique seront retenus à détriment de ceux à l’historique mauvais (ou inexistant).» Malheur aux vaincus et aux gagne-petits : les libraires ne sont pas des poètes, qui s’appuieront toujours sur les tableaux Excel® de la performance. Rackham décrit encore la double peine : « Quelques mois après leur sortie, les livres sont massivement retournés (les taux de retour oscillent entre le 40 et le 60 % des ventes) et par la suite plus jamais, ou presque, réassortis. Leur courbe de vente prend l’allure d’un électroencéphalogramme plat. Une fois encore, les titres au bon historique s’en tirent bien mieux ; non seulement enregistrent des retours plus bas de 20 à 30 %, mais ils continuent à être réassortis, chacun à un rythme qui lui est propre.» L’éditeur de Tarnac ne croit pas vraiment en la régulation d’une industrie culturelle qui s’apprête à la fusion titanesque d’Editis et Hachette. « La seule issue praticable nous semble, aujourd’hui plus que jamais, l’éloignement, l’exode

Illustration signée Jean Jullien de l’article du Monde des livres.

La maison d’édition cherche désormais des idées pour se soustraire à l’ogre éditorial et aux « rouages écrasants d’une distribution industrielle auto-dévorante » Le texte invite à une réflexion de fond pour une nouvelle économie efficace et viable de l’édition artisanale : « D’autres modèles encore méritent d’être étudiés : circuits de diffusion différenciés, diffusion directe, formes coopératives qui engagent plus et rémunèrent mieux les créateurs, annoncent les animateurs de la petite entreprise. Et, déjà , des éditeurs indépendants ont élaboré et adoptent des modes de diffusion qui s’accordent à leurs motivations et à leur manière de concevoir le métier d’éditeur. Bref, le moment nous semble propice à la réflexion ; il est temps d’arrêter de humer l’air vicié qui flotte sur la chaîne du livre et d’aller respirer un bol d’air frais.» S’arrêter pour redémarrer avec un nouveau mode de circulation des livres.


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