Influences : n.f.
  1. Emprunté du latin médiéval influentia, « action attribuée aux astres sur la destinée des hommes ».
  2. Action qui s'exerce entre des personnes ou des substances.
  3. Autorité, crédit, ascendant, en parlant des personnes

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Daisy Letourneur et la fabrique des « mecs »

Publié le 5 juillet 2022 par

L’Idée : il y a plusieurs masculinités, mais une seule manière d’être un gars. La petite thèse dérangeante signée de l’essayiste et militante féministe Daisy Letourneur, autrice d’On ne naît pas mec (Zones).

Daisy Letourneur. Source : Zones

Il y a ceux qui, en 2022, ont encore l’audace de verser dans le mainsplaining, cette attitude où un homme prétend expliquer à une femme une chose qu’elle sait déjà, voire qu’elle maîtrise sur le bout des doigts, avec un ton un brin paternaliste ou franchement condescendant. Il y a ceux-là, oui. Et puis il a Daisy Letourneur, qui, depuis 2017 essaie de renverser la vapeur en empilant les articles sur la déconstruction de la masculinité afin de faire entendre aux mecs ce qu’ils devraient savoir. Ce à travers un blog : « Le Mecxcpliqueur » devenu, suite à la transition de l’auteur, « La Mecxpliqueuse ».

Voilà qu’un homme, puis une femme, déploit à grands renforts de citations érudites, de punchlines ciselées et d’illustrations corrosives, les tristes rouages de la construction sociale du « mec ». Injonction à la performance, muselage des émotions, culture de la misogynie… Daisy Letourneur le martèle : être un gars n’a rien d’inné. Et les atours du « proto-homme » versent bien souvent dans ce qu’il convient désormais d’appeler « la masculinité toxique ». Si l’idée n’est pas neuve, la formule Letourneur, entre vulgarisation scientifique et réflexions mordantes, fait mouche.

Si bien que l’autrice est passée à l’étape supérieure en convertissant son patient travail éducatif en ouvrage inscrit dans le sillon intellectuel de Simone de Beauvoir, On ne naît pas mec. Le résultat ? Un « objet un peu étrange », selon les termes même de l’autrice, mêlant traduction tout public de notion-clé des gender studies et notes humoristiques pour brasser, souvent sur un ton libéré, plusieurs thématiques alimentant le débat autour de la masculinité, bien au-delà des cercles « woke ». Porte d’entrée panoramique vers la réflexion féministe contemporaine autour du « sexe fort » en même temps que précieux outil de compilation théorique, On ne naît pas mec a tout pour devenir le livre de chevet de celles et ceux qui s’interrogent sur les contours de ce fameux « mec ».

L’essai exploratoire est découpé en quatorze chapitres, comme autant de pistes d’interrogation. Ici, Daisy Letourneur braque son regard sur la distinction biologique pas si nette entre homme et femme, là c’est le paradoxe des incitations à l’homosocialité masculine qu’elle tient en joue. « On leur apprend (aux garçons) à aimer les hommes, mais il leur est interdit de les désirer. Débrouillez-vous pour faire marcher ce système complètement déglingué », fusille l’autrice avec une plume lapidaire qui fait le piment de l’ouvrage.

« On leur apprend (aux garçons) à aimer les hommes, mais il leur est interdit de les désirer.»

Daisy Letourneur

Sans surprise mais toujours avec la vigueur d’un crochet au foie, sont également abordés la question de l’identité de genre comme performance, ou les mirages des « nouveaux pères » et de la « féminisation » gay. Sans oublier la répartition du travail domestique, la notion de consentement ou encore de l’antiféminisme. Le tout en convoquant, tour à tour, plusieurs signatures intellectuelles (essayistes, philosophes, éditorialistes…), alliant des figures tutélaires de la réflexion sur le genre telles que Judith Butler, et d’incontournables nouveaux visages audiovisuels du féminisme, à l’instar de Victoire Tuaillon, créatrice du grinçant podcast Les Couilles sur la table. À chaque chapitre son lot d’illustrations bien senties où apparaissent tantôt des icônes de la culture pop (hello Dark Vador, Wall-E, team scoubidou…), tantôt une sorte de Mister Univers, figure hyperbolique et franchement surannée du «Mâle ». À chaque chapitre, aussi, sa section « pour aller plus loin », renvoyant à divers matériaux d’approfondissement. Une vraie mine d’or à destination des plus curieux.

Ni mode d’emploi pour « devenir meilleur », ni guide de développement personnel, On ne naît pas mec sème des graines. À chacun d’en faire la récolte à l’appui d’un enseignement joyeusement limpide, et si digeste, qu’on en redemande une tournée. Quid du rapport des hommes à la célébrité, aux animaux, à l’écologie par exemple ? Daisy Letourneur le reconnaît volontiers en conclusion d’ouvrage: « Il reste mille et une choses à développer ». De quoi donner matière à un second essai, peut-être, sur ce colosse aux pieds d’argile dont l’effritement pourrait bien annoncer une révolution des identités de genre que l’autrice ne manque pas d’appeler de ses vœux. L’homme se meurt, vive l’homme ?


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