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Quand Wikipédia vire une société de conseil, intrusive et un peu trop intéressée

Publié le 9 août 2022 par

L’Info : La société mère de Wikipédia, vient de « bannir à vie » une société de conseil et RP : Avisa Partners se servait de l’encyclopédie en ligne comme terrain d’influence et de rémunération pour le compte de ses clients.


« Pendant plusieurs années, les personnes payées par Avisa Partners ont modifié des articles pour servir les intérêts de leur clientèle, sans respecter l’obligation de transparence qui s’applique aux contributions rémunérées, ni les règles éditoriales de l’encyclopédie. Cela leur vaut un bannissement de Wikipédia en français, décidé de manière consensuelle par les administrateurs et administratrices bénévoles de l’encyclopédie.» C’est un communiqué qui tombe dans la torpeur du mois d’août, mais fait son effet. Wikimedia, l’association mère en France, a pris une lourde décision, et tient à le faire savoir.

Dans le viseur depuis le 28 juin dernier d’une enquête de Mediapart, renforcée par celle de Libération, mais aussi confirmée par des recherches et recoupements internes de contributeurs de Wikipédia, le cabinet de conseil spécialisé en cybersécurité, investigations et relations publiques a été pris la main dans le pot à confiture. À savoir influencer le vaste marché de l’information et de la connaissance, en diffusant des articles traficotés, toujours favorables à leur clientèle et en construisant des sites Internet semblables à des sites d’information. Pour LVMH, le groupe EDF, mais aussi quelques grands démocrates du Kazakhstan ou du Tchad. Mediapart a ainsi découvert que son propre espace Club était pollué par de nombreux billets et articles produits par l’officine. Les différentes enquêtes remettent en lumière la prolifération de l’info-com sur les réseaux sociaux, mais également dans les médias traditionnels. La traçabilité de l’information devient un combat à plein temps, comme le met en exergue sur le site Basta, un portrait de Julien, journaliste fantôme et vrai fabricant de plaidoyers notamment pour EDF et sa sécurité nucléaire à toute épreuve, ou la promotion des compteurs Linky.


Source image : ©Christo Saldago/Unesco

Ex-iStrat, Avisa Partners fait partie de ces usines à info-com qui, gageons-le, ne s’éteindront pas pour autant. Ainsi, dans l’attraction d’Avisa Partners, deux autres sociétés aux mêmes comportements intrusifs ont été épinglées par Wikimédia. Il s’agit de Nativiz, société bordelaise qui se targue d’un « réseau de plus de 5 000 sites partenaires» prêts à diffuser les messages des heureux clients, et Link-Edit, présidée par Gilles Mihaely, par ailleurs responsable de la société éditrice du magazine et site Causeur.

Toute personne qui rédige dans Wikipédia en français contre une rémunération est dans l’obligation de le déclarer.

Communiqué de Wikimédia France, 9 août 2022.

« Quoi que l’on pense de l’aspect éthique des activités d’Avisa Partners, elles sont incompatibles avec plusieurs règles de l’encyclopédie, note le communiqué de Wikimédia. Le second principe fondateur de Wikipédia, la neutralité de point de vue, est notamment bafoué, puisque les faux articles produits par Avisa Partners ne sont pas des articles de presse, résultat d’un travail journalistique, mais du contenu promotionnel créé de toutes pièces dans les intérêts de la clientèle de l’agence. À ce titre, ils ne relèvent pas des sources secondaires admissibles sur Wikipédia en français. Un autre problème essentiel réside dans le fait que les comptes utilisés par l’agence n’ont jamais respecté l’obligation de transparence vis-à-vis des contributions rémunérées : toute personne qui rédige dans Wikipédia en français contre une rémunération est dans l’obligation de le déclarer. Tout manquement répété à cette obligation entraîne le blocage des comptes concernés.»

Sur notre site, lire aussi : un entretien avec le contributeur et universitaire Alexandre Hocquet, “S’intégrer à Wikipédia n’est pas toujours facile”

Les Influences, Juillet 2019.

Autre technique réprouvée par l’encyclopédie en ligne : « Un certain nombre de comptes repérés comme liés à l’agence Avisa Partners sont ce que l’on appelle des faux-nez : des multicomptes gérés par une seule personne. Leur utilisation pour faire pression et pour contrevenir aux règles est interdite, qu’il s’agisse de publier plusieurs avis en faveur de ses intérêts dans une page de discussion, ou d’intervenir avec plusieurs comptes dans un article afin de donner l’illusion du nombre et d’imposer un point de vue. Avisa Partners a eu recours à ces techniques.»

Pour Wikipédia, ce « banissement » de la tribu encyclopédiste était sans doute vital. Les critiques à son encontre sont nombreuses depuis des années : présence de contributeurs saisis par l’hubris et petits commissaires à la Vérité, asymétrie des sources, lenteur des rectificatifs, chasse en meute… Mais l’intrusion des sociétés de RP et d’info-com, elle, représente à terme une vraie mise en danger de la crédibilité de la plateforme des savoirs.


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