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La délicate guerre franco-ukrainienne du poulet

Publié le 12 septembre 2022 par

L’info : L’Anvol s’inquiète de l’augmentation de 181% en quelques mois des importations de poulets ukrainiens. Que faire ? Soutenir sans réserve l’Ukraine ou la filière française ?


Voilà un très délicat exercice de communication : comment faire comprendre à l’opinion que les importations ukrainiennes massives de poulets, survenues depuis l’invasion russe, volent dans les plumes de l’industrie aviaire française ? Dans un dossier de presse qui magnifie la France comme championne européenne de la consommation de poulets en 2021, l’Anvol, jeune fédération interprofessionnelle de la volaille de chair fondée en 2018, fait le point sur une rentrée d’automne très perturbée : elle salue l’enveloppe de 400 millions d’euros d’un plan dit de Résilience, débloquée pour les éleveurs, même si ce soutien devrait être mieux adaptée à la montée des incertitudes. Incertitudes générées par « la survenue soudaine et inédite de l’influenza aviaire dans le bassin vendéen depuis le 25 février dernier », et augmentées par « la hausse des coûts de production en raison du conflit ukrainien » . L’effet ukrainien est double, analyse encore L’Anvol au détour d’un paragraphe : « La filière doit également affronter la menace grandissante des importations non soumises à la réglementation européenne et éloignées des bonnes pratiques des éleveurs français. Sur les 5 premiers mois de l’année 2022, 49 % des poulets consommés en France ont ainsi été importés, contre 45 % sur la même période en 2021. La hausse des importations est particulièrement marquée sur la viande de poulet en provenance du Brésil (+122 %) et d’Ukraine (+181 %).»

Or la guerre commerciale du poulet serait injustement asymétrique, selon les volaillers français : « Les professionnels s’inquiètent ainsi de la décision prise par l’Union européenne de lever les restrictions liées aux importations ukrainiennes depuis juin. En effet, ils soulignent que les volailles ukrainiennes arrivant en France ne profitent pas aux éleveurs sur place, mais à un Groupe financier monopolistique intégré, coté à la Bourse de Londres et dont le siège social est situé à Chypre.» Le groupe en question est Myronivskyi Khliboprodukt (MHP), puissant groupe agroalimentaire et volailler ukrainien, dont la marque phare pour ce secteur est Nacha Ryaba (Notre Poulet). Celui-ci provoqua un fort émoi en 2018 chez les professionnels français, en se positionnant pour le rachat du groupe breton Doux. Les Ukrainiens aussi ont leurs oligarques, très à l’aise dans la mondialisation mais ceux-ci sont tous anti-Poutine et patriotes désormais. Ainsi, « le milliardaire du poulet » Yuriy Kosiuk, 52 ans, a « fait don de la production de son entreprise MHP à l’armée. » Avant la révolution de Maïdan en 2014, Kosiuk était un proche collaborateur du président Petro Porochenko, alias « le  roi du chocolat ». Si Porochenko a du quitter le pouvoir et été accusé, un temps, de haute trahison, le super-volailler, lui, a su rebondir et tisser un vrai réseau d’influences, se rendant indispensable sur toutes les questions stratégiques liées à l’importation et exportation de produits alimentaires.

Yuriy Kosiuk, actionnaire principal de MHP et “milliardaire du poulet”. Source image : Wikipédia.

Face à ces importations et aux violentes turbulences qui ont fait flamber l’alimentation des volailles (+40% en 18 mois) et le coût de l’énergie toujours plus cher, l’Anvol en appelle « au soutien des consommateurs-citoyens ». Le filet standard ukrainien est deux fois moins cher que le tricolore, et même le bio creuse la différence. Croquez français. De la stratégie du cocorico.


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