Alexander Berkman : une belle leçon d’anarchisme

Le 26 mars 2020, par Sylvain Boulouque

L’idée : Découvrir et comprendre la notion de communisme libertaire avec l’un des meilleurs théoriciens du mouvement.

POLITIQUE. L’ouvrage Qu’est ce que l’anarchisme ? heureusement réédité est l’addition de deux textes écrits par Alexandre Berkman, What is Communist anarchism et The Abc of the anarchism. Ils s’inscrivent dans la tradition des textes libertaires à vocation pédagogique comme par exemple le livre de Jean Grave, Les aventures de Nono (rééditions Noir et Rouge 2018) ou d’Errico Malatesta, Au café.

Alexandre Berkman fait partie des figures héroïques de l’anarchisme. Né en 1870 à Vilnius, il quitte à la mort de ses parents, Saint-Pétersbourg en 1888 pour les États-Unis. Dans le bouillon de culture new yorkais, Il se fond dans le mouvement libertaire américain et notamment les groupes anarchistes d’expression yiddishophone et germanophone. D’inspiration illégaliste, il tente d’abattre Henry Frick, le directeur de l’aciérie de Homestead en Pennsylvanie, qui en 1892 a imposé un lock-out à l’entreprise. Enrôlant 300 miliciens, s’ensuivirent de violents combats avec les grévistes de l’acier. Une dizaine de morts, l’instauration de la loi martiale. La tentative de meurtre par Berkman échoue, il est arrêté et condamné à 22 années la prison. Libéré en 1906 mais affaibli, il publie un ouvrage de mémoires, expliquant son action mais aussi racontant les conditions de vie des prisonniers et la violence du système carcéral. À sa libération, il a retrouvé Emma Goldman et participe à son magazine libertaire et féministe, Mother Earth, et publiera également le sien intitulé The Blast. Les deux intellectuels du mouvement sont attirés par les lueurs politiques qui scintillent à l’Est. Ils sont expulsé des États-Unis avec des centaines de socialistes, anarchistes et communistes vers la Russie soviétique. Mais ils en rapporteront en 1922, des témoignages terrifiants sur le régime qui se met en place. D’abord à Berlin puis à Paris, l’exilé publie des articles théoriques et des textes de soutien aux anarchistes emprisonnés en URSS. Désespéré par l’évolution du monde, il met fin à ses jours à Nice en 1936. Ses textes brefs, précis et limpides avaient pour objectif d’expliquer et de propager les idées de l’anarchisme, grâce à ses opuscules que l’on se passait de main en main.

Alexander Berkman défend un communisme libertaire en opposition totale au bolchevisme

La première partie de l’ouvrage est une description de la société capitaliste, de sa structure pyramidale et hiérarchique et les inégalités sociales qu’elles produisent. Il le fait au moyen d’un abécédaire : Chômage, guerre, justice, domination intellectuelle par l’école et la religion... Berkman refusait les notions politiques de réformisme politique et les compromis du syndicalisme. Il décrit également les mécanismes de la prise du pouvoir par les bolchéviques, thèmes qu’il reprendra dans d’autres textes sur la Russie. Le second texte concerne la société libertaire qu’il imagine. Il la distingue très soigneusement et en permanence du communisme bolchevique. Il la qualifie de « communisme libertaire » qui reposerait non sur la contrainte mais sur l’association volontaire, et indique les échanges et les liens sociaux de cette société à venir.

Ce classique de la littérature libertaire permet de comprendre comment un anarchiste construit et se projette dans l’utopie libertaire alors que l’anarchisme est confronté au moment où il écrit, à une crise sans précédent et à une féroce bataille des idéologies mondiale.

Qu’est ce que l’anarchisme ?, Alexander Berkman,L’échappée poche, 382 p.,13 €.




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