Alexis Corbière Vs Thomas Guénolé

Le 21 mars 2020, par Sylvain Boulouque

L’idée : En lisant et l’essai d’Alexis Corbière et le témoignage de Thomas Guénolé, constater l’héritage de la révolution française et ses effets.

POLITIQUE Quand un cadre supérieur et un ex de La France insoumise offrent des analyses sur l’actualité politique ou utilisent le passé pour l’éclairer. Les deux ouvrages sont sortis à la fin de l’année 2019, mais leur lecture conjointe et croisée provoque un certain amusement.
Alexis Corbière dans Jacobins ! Les inventeurs de la République, campe une galerie de neuf portraits de révolutionnaires, Saint Just et Robespierre mais aussi Couthon et Billaud Varenne. À contre-pied des apriori, il nous révèle un attachement tout particulier pour Danton. On le constate : son analyse de la révolution toute en finesse est une passion non dissimulée pour la Convention en rappelant, à juste titre, les apports des années 1792-1794. Si aujourd’hui, le citoyen Corbière est devenu député, il a longtemps enseigné l’histoire et cela se sent. Les portraits des obscurs de la révolution sont là pour le montrer : l’enragée Pauline Léon ou l’écrivain révolutionnaire, John Oswald, théorisant la constitution et le rôle du peuple dans l’engagement militaire. La diversité de ces portraits souligne que la Révolution française n’était pas d’un bloc. À trop insister sur la Terreur, Corbière entend, lui, rappeler que la Convention c’est aussi l’instruction publique et obligatoire, la première abolition de l’esclavage, une première séparation avec l’Église et la première tentative réelle de suffrage universel.
Mais cette révolution-là a eu un second enfant que l’auteur ne parvient pas faire co-exister et encore moins à articuler dans son essai historique : le second rejeton justement c’est la naissance de la politique fractionnaire, interdisant aux minorités de s’exprimer et finalement, répétant, les méthodes inquisitoriales voire inventant de nouvelles méthodes de fonctionnement politique et social qui depuis sont à l’œuvre dans toutes les formations politiques à divers degrés.
Jacobins ! Les inventeurs de la République, Alexis Corbière, Perrin, 302 P. 19 €.

C’est ici que l’on peut prendre un peu au sérieux la lecture du politologue Thomas Guénolé , La chute de la maison Mélenchon, (autant le dire tout de suite, c’est le seul intérêt de ce témoignage), Lorsque le politologue Thomas Guénolé défend son cas, on a l’impression de relire des scènes concernant le jacobin non-conforme qu’était Fouquier-Tinville, (absent de l’ouvrage de Corbière).
Le témoignage de Guénolé est un mélange de procès de la Terreur et de procès stalinien en terre mélenchoniste, l’issue tragique en moins. La littérature d’exclusion est déjà fort abondante en la matière, le PCF en fit industrie et ses renégats parfois, de très bons récits. Girouette politique, Guénolé a débuté sa carrière militante à droite pour la poursuivre au PS avant d’atterrir au parti de Jean-Luc Mélenchon pour se voir chargé de la formation des cadres. Ce parcours interroge davantage sur le sérieux des modes de désignation des insoumis qui confie la responsabilité de la formation des nouveaux militants à un adhérent qui a moins de deux ans dans leur formation et à peine quatre dans les rangs de la gauche. En opposition marquée avec la direction de son organisation qui l’a nommé (ce qui précédemment ne le gênait pas), Thomas Guénolé revient en détail sur les mécanismes de son exclusion : l’utilisation d’une accusation fallacieuse, le harcèlement d’une étudiante, pour le stigmatiser et le mettre à l’écart puis justifier son exclusion. Le tribunal de la France insoumise (à moins que ce ne soit son comité central clandestin), a décidé d’exfiltrer le trublion, sans autre forme de procès. Les méthodes sont éprouvées pour l’expulsion des vrais insoumis comme des impétrants. Comme si l’histoire, à défaut de se répéter, connaissait quelques très molles répliques dans des petites républiques d’opérette.

La Chute de la Maison Mélenchon, Thomas Guénolé, Albin Michel, 252 p. 19 €.




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