Covid-19 : l’impact sur les apprentissages, premières leçons

Le 3 novembre 2020, par Rédaction les influences

Mauvais ancrage mémoriel, dispersion de l’attention, manque d’interactions... L’Observatoire B2V des Mémoires vient de publier ses premières réflexions sur la crise sanitaire et la mémorisation des jeunes scolarisés au moment du premier confinement.

#Société

COVID. Alors que le reconfinement a relâché la pression sur les enfants, on en sait un peu plus sur les effets du premier confinement concernant leur apprentissage. « Grâce aux technologies de l’information, le suivi pédagogique a toutefois été maintenu en grande partie » précise l’Observatoire B2V des Mémoires, un think tank qui dépend de la mutuelle B2V, un groupe de protection sociale, et réunit des spécialistes des neurosciences et de la cognition autour de la préservation de la mémoire.

Nicolas Poirel, professeur de psychologie du développement perceptif et cognitif (Université de Paris).

Première leçon, l’importance cruciale des interactions. « Chez les enfants, l’ancrage mnésique des apprentissages est déterminé par les interactions directes avec leurs enseignants, qui sont essentielles », détaille Nicolas Poirel, professeur de psychologie du développement perceptif et cognitif (Université de Paris) dans un rapport d’étape de l’Observatoire. L’apprentissage par écrans interposés a connu ses limites, notamment chez l’enfant de 6 ans car dit l’Observatoire B2V, « sa capacité à généraliser un apprentissage (utiliser une règle logique pour résoudre un nouvel exercice) est plus limitée quand l’apprentissage se fait à travers un écran, les neurones miroir ne s’activant pas de la même façon qu’en présence physique de l’enseignant. » Ainsi, « Les écrans sont utiles, l’apprentissage fonctionne, l’enfant mémorise, mais il n’y aura pas de généralisation, comme s’il y avait un ancrage cérébral moins fort », conclut le professeur Poirel. Cette fragilité est moindre chez les collégiens, lycéens et étudiants qui auront connu les cours en présentiel ou distantiel : ce qui creuse la différence entre les petits et les ados et jeunes adultes serait plutôt « leur motivation et l’efficacité des apprentissages [qui] nécessitent des interactions de tutelle (échanges directs avec leurs professeurs notamment) et rendent les classes indispensables, même virtuelles. »
Autre constatation de l’étude : « Les jeunes mémoriseraient mieux les informations de type date ou chronologie quand ils les apprennent via un livre du fait de l’expérience tactile. A l’inverse, la tablette numérique prend le dessus pour l’apprentissage de l’écriture : les enfants mémorisent mieux le tracé qu’avec du papier / crayon du fait d’un retour immédiat sur le travail effectué. Utiliser les écrans à bon escient s’avère donc clé. »

Une seconde leçon : l’hybridation de l’enseignement n’en est qu’à ses débuts.

En septembre, écoliers, lycéens et étudiants ont repris la classe, presque normalement. Pour l’instant, pointe la note du B2V avec prudence car il est beaucoup trop tôt pour trancher, « une éventuelle diminution de leur niveau d’attention ou de mémorisation liée à la crise sanitaire » n’a pas été étudiée, « même si le risque apparaît accru pour les élèves ayant subi une rupture de continuité pédagogique du fait d’un manque d’accès aux outils numériques. »
Néanmoins les psychiatres sont attentifs à un éventuel « effet délétère lié à des difficultés dans l’environnement familial ou sociétal, qui existait auparavant, [mais] s’est creusé pendant le confinement. »

Le think tank du BV2 se veut encourageant et insiste sur le fait qu’ « en dépit des différences d’équipement des élèves, les professeurs ont assuré une continuité pédagogique au plus fort de la crise, grâce aux technologies de l’information, en instaurant une hybridation de l’enseignement, mixant échanges, messages, cours en visioconférence ou en audio ». Ces échanges en direct entre enseignants et élèves ont fait « le ciment de cette continuité pédagogique. C’était essentiel pour maintenir la motivation des élèves. Or, celle-ci est clé pour permettre une meilleure mémorisation des informations scolaires », insiste encore Nicolas Poirel.

Une troisième leçon concerne la dispersion de l’attention.

Jean-Gabriel Ganascia, spécialiste de l’IA, philosophe et essayiste.

Mais la multiplication des écrans hors crise sanitaire n’occasionne t-elle pas des dégâts ? Il est encore difficile de tirer une conclusion à ce stade des études sur le premier confinement. À ce sujet crucial et déjà fortement débattu avant le confinement Jean-Gabriel Ganascia, informaticien spécialiste de l’intelligence artificielle et philosophe, essayiste (Le Mythe de la Singularité, Seuil, 2016) et membre du conseil scientifique de l’Observatoire B2V, plaide pour une approche qui ne ferait pas le tri entre les aspects positifs et négatifs, mais constaterait plutôt une transformation globale en cours. Spécificité de l’utilisation par les Millenials, des technologies de l’information : « Les jeunes générations sont capables de porter leur attention sur plusieurs sujets en parallèle », soutient-il. Mais de préciser : « au détriment d’une concentration plus forte sur chacun d’eux et en particulier du maintien de l’attention sur un seul sujet pendant un temps long ». Si les élèves ont une capacité capacité forte à retrouver et réutiliser des informations, la mémorisation et la nécessité d’apprendre par cœur sont moins fortes que par le passé, car « les apprentissages scolaires sollicitent désormais moins la mémoire ». La question reste en suspens : « savoir si le développement des technologies de l’information (et notamment des supports externes de mémoire) pourrait conduire à un appauvrissement de la mémoire interne. »

SOURCE : www.observatoireb2vdesmemoires.fr




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