Cynorhodon, le réseau des géographes de l’anthropocène

Le 20 décembre 2020, par Les influences.fr

GÉOGRAPHIE. Dictionnaire Critique de l’Anthropocène, Groupe Cynorhodon, CNRS éditions, 944 p., 39 €. Paru le 4 juin 2020.

L’idée : Un collectif de géographes s’est chargé de remettre à plat tous les concepts et toutes les notions sur une planète façonnée par l’homme.

On ignore, pour l’instant, si le cynorhodon va trinquer sous les effets du réchauffement climatique. Mais la plante dite « gratte-cul » et qui produit le célèbre poil à gratter est devenue l’emblème d’un petit groupe actif de géographes de l’environnement. Ils ont produit cet été, un gros dictionnaire de l’anthropocène, estampillé CNRS. Le terme commence à être connu : il s’agit de désigner ce temps géologique où l’homme a façonné la planète à sa main. Et à sa perte. Aujourd’hui, d’inondations déchaînées en mégafeux, les attentions sont inquiètes. La géographie de l’environnement est devenue indispensable.
Pour qui sait extraire le fruit des cynorhodons, petits réceptacles charnus et rougeoyants de l’Églantier, défendus par leurs poils urticants, on obtient une excellente confiture. Les 900 pages du plus qu’utile et passionnant Dictionnaire Critique balaient ainsi, avec le charme de la précision et de la curiosité, de A comme abeille à Z comme zone humide, des dizaines de thèmes à charge technique et scientifique, culturelle et mythologique, économique, politique. Recette maison : « Notre posture procède de façon critique, préviennent les promoteurs de l’ouvrage. Elle repose sur l’interrogation scientifique, l’humilité du savant et la demande sociale. Elle ne se fonde pas sur un relativisme qui aboutirait à une forme de climatoscepticisme, pour prendre un exemple emblématique, mais sur une pratique de terrain, attentive aux détails, méfiante à l’égard des discours pré-établis, ainsi que sur un recul réflexif permis par une démarche collective. »

Les 16 géographes du réseau permettent avec leurs cartes, leurs analyses, leurs concepts, d’entrevoir la planète sur laquelle on va vivre tant bien que mal. « Le genre Dictionnaire nous a semblé être un bon outil d’ouverture, permettant d’élargir notre audience à un lectorat, nous détaille Philippe Pelletier, enseignant-chercheur de géographie à l’université de Lyon qui a dirigé l’ouvrage. Le plus difficile du projet a été d’écrire simple, de structurer et de clarifier des concepts pas si évidents que ça à force de migrer de la science aux médias, aux militants ou au parler de la société, comme la niche écologique ou l’écosystème. » Le concept de climatosceptique a été le plus délicat et le plus difficile à définir, et c’est un article qui a mobilisé toute une grappe d’auteurs pour arriver à une forme de consensus. Pas moins de douze versions avant d’obtenir la validation des co-auteurs, enfin satisfaits de l’équilibre des propos.


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