Éditions La Goutte d’Or : dans la peau d’un journaliste infiltré

Le 26 septembre 2020, par Emmanuel Lemieux

Cacher son identité pour mieux restituer la réalité cachée elle aussi du terrain… La sortie de Flic (Goutte d’or), récit de l’enquêteur Valentin Gendrot en immersion durant deux ans dans la police, a relancé des débats vifs sur ces techniques journalistiques, leur efficacité et leur sincérité.

Geoffrey Le Guilcher, journaliste infiltré et éditeur en vue : « Une infiltration réussie est une infiltration bienveillante ». Crédit : ©Escale du livre

MÉDIAS. Flic vient d’atteindre le tirage de 40 000 exemplaires. Depuis son lancement le 3 septembre, le récit de Valentin Gendrot sur un commissariat de police raconté de l’intérieur a déclenché une tempête de débats et de réactions. Ainsi, l’enquête a éclairé très utilement sur « la formation low cost » des auxiliaires de sécurité (ADS), mais aussi des gardiens de la paix. Elle a été le révélateur de comportements inadaptés, brutaux ou racistes observés sur le terrain et entre les murs du commissariat du 19e arrondissement, déclenchant en riposte de communication institutionnelle, une enquête interne de l’Inspection Générale de la Police Nationale sur la réalité de tels agissements. Elle a soulevé une lourde question éthique et juridique : lui fallait-il dénoncer sur-le-champ le tabassage d’un jeune et de fait interrompre son enquête, plutôt que de décrire de longs mois après, une bavure et souligner sa propre complicité pour la couvrir ? Pas mal comme effets accumulés pour un livre. Sans la technique de l’infiltration, le journaliste n’aurait jamais pu voir ce qu’il a vu – et encore moins le lecteur. Ce n’est pas un show mais un choix, un sacerdoce. Ici, sacrifier deux années de sa vie. Valentin Gendrot l’avait déjà expérimenté dans le monde du travail précarisé, enquillant les bullshit jobs (Les Enchaînés, Les Arènes, 2017).

Lancées il y a 4 ans, les petites éditions La Goutte d’Or, animées par Clara Tellier Savary, Geoffrey Le Guilcher et Johann Zarca, ont su s’insérer dans l’industrie éditoriale et tirer leur épingle du jeu : des romans à succès (Paname underground), et des documents dont la griffe est le journalisme d’infiltration, mais aussi un travail approfondi sur le texte et la subjectivité de l’auteur. « Nous avons accès aux notes de l’auteur, et en relecture, nous le repoussons dans ses retranchements » insiste Geoffrey Le Guilcher. « Dans le livre de Valentin, le fait de raconter la mort de son père n’est pas un voyeurisme malsain, mais une façon de comprendre la psychologie du journaliste à cet instant  ». Lui-même journaliste d’enquête et parfois d’infiltration, il a fait récit dans son goûteux Steak machine, de son embauche comme ouvrier dans un abattoir en Bretagne. « En infiltration journalistique, nous aussi on vit des situations que l’on pourra dénoncer, mais qui dans le moment nous brûlent les doigts, remarque-t-il. Une infiltration réussie est une infiltration bienveillante. Pourquoi ? Parce que les gens savent que s’il n’y avait pas eu cette infiltration, on ne saurait rien de leur métier, des couches de secrets inavouables et des tabous. Après mon infiltration, j’ai plutôt vérifié durant des mois le partage d’une expérience, celui de ces boulots qui vous bousillent physiquement. Les suites de mon propre livre ont suscité des retours plutôt positifs et des textos sympas de mes ex-collègues d’abattoir à qui j’avais pourtant caché mon identité. »

Il reste 80% de cette enquête à lire dans Le Caoua des idées n°7 (édition du 18 septembre au 24 septembre 2020).

Tous au comptoir ! 1,50 € le numéro au format PDF, ou bien disponible par abonnement.




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