Éditions du CNRS : Anthropocène, Emmanuel Todd et fake news du XIXe siècle

Le 1er mai 2020, par Les influences.fr

Les éditeurs annoncent timidement leurs publications de mai et juin. Quoi qu’ils proposent, et pour longtemps, les livres à venir seront lus à la lumière de la pandémie. Petit tour du déconfinement éditorial.
Zoom sur les éditions du CNRS.

#Culture

IDÉES. C’est le livre qui pose la bonne question du moment, mais qui peut aussi se consumer sur-place à peine posé le pied dans une librairie : Prévoir le monde de demain, signé Paul Dahan, ancien diplomate et chercheur associé chercheur associé au Centre Thucydide de l’université Panthéon -Assas-Paris II.
« ” Gouverner, c’est prévoir. ” Mais comment prévoir l’avenir du monde du XXIe siècle ? se demande le coordinateur de l’ouvrage (Biblis inédit). Un monde aussi incertain, instable, indéchiffrable. Un monde marqué par une multiplication des acteurs et des crises, une redistribution de la puissance, une incertitude stratégique, une ivresse de l’immédiat. En un mot, un monde imprévisible ! L’exercice ne relève-t-il pas de la quadrature du cercle ? » Peut-on prévoir l’avenir et quels sont les outils à la disposition des politiques et des armées, de la diplomatie et du renseignement, du monde économique. On attend les pistes des spécialistes de ce travail collectif et varié avec une vive curiosité.
11 juin, 250 pages, 10 €.

C’est un ouvrage collectif, signé par le groupe Cynorhodon. Seize géographes se sont mis sous la bannière de cette plante poil à gratter.

« Si les changements environnementaux liés à l’humanité ne font aucun doute, leur ampleur et leurs conséquences ne sont pas si faciles à évaluer. Pour le savant, il s’agit d’établir les liens de causalité et les impacts avec le plus de précision possible, puis de poser un diagnostic. Le présent dictionnaire s’appuie sur le concept récent d’« anthropocène », qui a le mérite, qu’on l’approuve ou non, de relancer la réflexion sur les rapports entre nature et société, entre constat scientifique et action politique, à travers une approche spatiale et territoriale.  »
Le Dictionnaire critique de l’anthropocène est mis en exergue par l’éditeur. C’est un ouvrage collectif, signé par le groupe Cynorhodon. Seize géographes se sont mis sous la bannière de cette plante poil à gratter. Les 330 notices qui composent le Dictionnaire prennent évidemment une intensité et une actualité ad hoc. Les auteurs se saisissent des débats actuels (biodiversité, démographie, déforestation) ou plus anciens ( biosphère, rapports aux animaux, , des courants de pensée comme le transhumanisme, l’écoféminisme, l’agroécologie ou de concepts tels le capitalocène, Gaïa, la catastrophe, l’agroécologie. De A comme Amazonie à Z comme ZAD, l’anthropocène et ses effets ainsi disséqué devrait donner du grain à moudre aux débats du monde d’après, et quelques heures de lecture utiles pour les prochains confinements.
4 juin, 1 200 pages, 39 €.

D’autres livres collectifs, Pour la recherche urbaine et aussi 13 défis de la cybersécurité, conduit par Gildas Avoine et Marc-Olivier Killijian sont prévus au programme estival et résonnent, eux aussi, particulièrement.
18 juin, 448 pages, 25 € ; 18 juin, 262 pages, 23 €.

Pléthore d’essais est sortie ces derniers mois sur l’usage nocif pour la démocratie et toxique pour la santé, des écrans, des logiques de flux, des réseaux sociaux et de la dictature des algorithmes. Pierre-Antoine Chardel, maitre de conférences maître de conférences à l’Institut Mines-Télécom et chercheur associé au Centre de recherche « Sens, éthique, Société » (CERSES), s’invite au concert avec L’Empire du signal. Comment nous sommes passés de l’écrit aux écrans. Son idée centrale : face aux mirages d’une libération des individus, renouveller les outils d’une « sociologie herméneutique » (science de l’interprétation des textes et des symboles), afin de « restaurer nos pouvoirs de comprendre et d’interpréter les ordres symboliques et les régimes esthétiques inédits qui façonnent notre existence sociale ».
11 juin, 300 pages, 24 €.

Le géographe Michel Foucher voit son livre réédité dans une version augmentée : Le retour des frontières. Sa prise de position est que qu’il s’agit d’une bonne nouvelle. « Brexit, mur États-Unis-Mexique, frontière hongroise : nous associons généralement le « retour des frontières » à un protectionnisme exacerbé, à une fermeture face à une menace extérieure, à un repli. Non pas pour se protéger, ni pour des raisons souverainistes, mais parce que les limites sont nécessaires à l’homme pour se définir, se connaître et agir. La frontière est pour lui la limite symbolique constitutive de toute communauté nationale et politique.  » annonce l’éditeur. L’actuelle pandémie ajoute ses gestes barrières géopolitiques.
4 juin, 64 pages, 6 €.

On a tendance à l’oublier, mais Emmanuel Todd n’est pas qu’un intellectuel médiatique.

Une curiosité intellectuelle : Éloge de l’empirisme. Dialogue sur l’épistémologie des sciences sociales, d’Emmanuel Todd. On a tendance à l’oublier, mais Emmanuel Todd n’est pas qu’un intellectuel médiatique. Il est un chercheur en sciences sociales, dont la démarche et les compétences peuvent être soumises à examen par ses pairs. Ainsi cet entretien est extrait du séminaire d’« Épistémologie de la sociologie et théories des sciences » animé par le sociologue Marc Joly. Todd, historien des structures familiales, nourri au bon grain de l’école historique de Cambridge et héritier de l’école des Annales revient sur son parcours, discute de ses outils et négocie quelques questions complexes ou polémiques comme celles des « intuitions », hypothèses et croyances du chercheur. Le savoir des sciences sociales est-il émancipateur ? Il n’y a pas qu’Emmanuel Todd qui se retrouve sur le grill ces derniers temps.

4 juin, 200 pages, 22 €.

L’antropologie et la philosophie des sciences ont des choses à dire sur l’époque que nous traversons. On pourra mesurer la justesse de ces analyses puisque les deux livres étaient annoncés en avril : Penser l’intime de François Laplantine et Avant toutes choses de Pascal Nouvel.
François Laplantine se penche sur cette notion d’intimité qui « semble par nature échapper à toute entreprise de connaissance  » parce que le plus souvent soustraite au regard. Or quelle que soit la société, elle constitue le continent caché de tout individu et la part la plus importante de son existence. Les nombreuses recherches en sciences humaines et sociologiques déclenchées depuis le début du Grand confinement, comme la banque des rêves confinés ouverte par le sociologue Bernard Lahire, lui donnent raison.
28 mai, 220 pages, 20 €.

Utile pour le monde d’après, Pascal Nouvel lui entreprend avec Avant toutes choses, une exploration des origines des sociétés, tous ces récits que les peuples se transmettent, qui indiquent d’où ils proviennent et quel univers les a engendrés. Idée défendue par l’auteur : mener une « originalogie », c’est-à-dire une enquête sur les discours d’origine à travers quatre types de discours : « les discours mythiques (comme la Genèse ou la Théogonie d’Hésiode) ; les discours rationnels (qui approfondissent ou au contraire s’efforcent de disqualifier la question des origines) ; les discours scientifiques (traitant par exemple de l’origine de l’Univers, de la Terre, de la vie, ou encore de l’Homme) ; et, enfin, les discours phénoménologiques (qui, dans le sillage de Husserl, mobilisent la notion d’ « originaire »). »
11 juin, 300 pages, 25 €.

Du côté des historiens, le livre de Roy Pinker prend une teinte chatoyante : Fake news et viralité avant internet. Les lapins du Père Lachaise et autres légendes médiatiques. Le déluge informationnel de la pandémie et la démultiplication des fake news ne constituent pas une nouveauté, mais plutôt un pic comme il y en a eu beaucoup et comme il s’en promet beaucoup d’autres. C’est la thèse que défend l’essai documenté : la viralité médiatique était tout aussi fulgurante dans la presse du XIXe siècle, preuves à l’appui. Le « copier-coller », une bonne légende plutôt que la fadeur des faits, un bon mot vachard d’écrivain, des demi-vérités ou des feuilletons pour tenir en haleine constituent l’archéologie des réseaux sociaux.
L’auteur, Roy Pinker, est lui même une légende derrière laquelle se cachent trois spécialistes de l’histoire de la presse, Marie-Eve Thérenty, Julien Schuh, et Pierre-Carl Langlais.
4 juin, 350 pages, 25 €.




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