Edward Snowden prisonnier des préjugés d’Internet

Le 15 octobre 2019, par Hubert Guillaud

L’idée : C’est au développeur et non au politique de réparer la démocratie numérique.

Nous avons beaucoup entendu Edward Snowden, mais souvent raconté par d’autres. Ses "mémoires" nous promettaient de pouvoir enfin le rencontrer un peu. Pourtant, elles ne révèlent aucune surprise. Snowden y demeure ce personnage sans grande épaisseur, ce geek pas très sympathique, tiraillé par la prise de conscience des enjeux de ce de quoi il participe, sublimé par le désespoir du courage, habité par une conscience morale qui le dépasse. L’idéaliste y apparait ordinairement humain pourtant, banalement terrifié par la portée de ce qu’il envisage. En cela, ses mémoires renverront chacun de ses lecteurs à eux-mêmes. Elles donnent à la lecture le sentiment d’une tristesse infinie, de son enfance, à son exil, en passant par son travail... Snowden y apparait hanté par le fardeau de ce qui s’est imposé à lui. Il demeure le hérault d’une révélation d’une des pires attaques de nos démocraties qui soit... mais un scandale qui n’a rien produit, qui n’a rien renversé.

Snowden apparaît comme l’exact reflet de l’histoire d’internet et de l’informatique, qui s’entremêle à la sienne tout le long de son récit. Il est le miroir d’une technologie qui paraissait apolitique, quand bien même elle avait déjà le pouvoir de transformer des hommes : un enfant en joueur, un étudiant en pair de brillants ingénieurs, ou un simple technicien en celui qui administre et fait fonctionner le système lui-même... Et de comprendre combien cette transformation est finalement politique.

Mémoires vives, Edward Snowden (trad. de l’anglais États-Unis par Aurélien Blanchard et Étienne Menanteau ), Seuil, 389 p., 19€. Septembre 2019

Snowden demeure l’enfant du réseau, fasciné par sa créature.

Il n’y a pas un événement particulier qui transforme le fade administrateur réseau en lanceur d’alerte, au contraire, c’est l’accumulation, c’est un lent processus de compréhension et de dissonance entre ce qu’il pense et ce qu’il fait qui fait franchir au légaliste Snowden, des seuils de prise de conscience sur le pouvoir sans limite de la NSA et de la techno.

Snowden demeure l’enfant du réseau, fasciné par sa créature. S’il en saisit le rôle politique, Snowden ne remet pas pleinement en cause sa puissance. C’est au développeur de réparer la démocratie. Le chiffrement est plus puissant que la loi ! C’est certainement la limite du lanceur d’alerte. Son impuissance est l’écho de notre indifférence.




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