Gabrielle Halpern, sous le signe du centaure

Le 20 décembre 2020, par Les influences.fr

PHILOSOPHIE POLITIQUE. Tous centaures !, Gabrielle Halpern, Le Pommier, 176 p., 17 €. Paru février 2020.

L’idée : Lieux, modes d’organisation, objets, individus… L’époque est à l’hybridation.

Avec les réseaux sociaux, la vérité a changé de statut. « Une opinion n’est pas la Vérité, mais elle est tout de même perçue comme une forme de vérité »  : la philosophe Gabrielle Halpern compare notre situation à celle de la période cubiste de Picasso : un même personnage est vu sous différents angles à la fois. Pour l’auteure, il s’agit de l’un des nombreux signes qui nous indiquent que nous aurions changé d’ère : bienvenue dans l’ère du centaure, de l’hybridation. Mais pourquoi ne parvenons-nous pas à nous contenter d’une seule réalité ?
Ce genre de question relève de très anciennes prises de tête et spéculations antiques, mais nous serions, plus que jamais, « confrontés à un relativisme croissant, paradoxalement accompagné d’un absolutisme croissant : nous voyons beaucoup de valeurs, d’événements et d’idées mis sur un pied d’égalité, tandis que d’autres sont érigés en absolus. Les débats publics sur l’identité en fournissent un exemple frappant. » Certes, les neurosciences ont identifié, cartographié nos biais cognitifs. L’être humain est doué pour à la fois augmenter et diminuer la réalité, mais refuse tout ce qui est incasable. L’essai fait l’éloge de ce comportement hybride et en défriche les possibilités. Pourquoi les Grecs ont-ils inventé ce personnage ni cheval ni homme mais les deux ? Le centaure n’a pas d’identité définie (étymologiquement, identitas est la qualité de « ce qui est le même ») et relève de l’hybridias (« bâtard, de sang-mêlé »).

La démarche du centaure peut aider à traverser le chaos mais elle n’est pas anti-système, prévient l’auteure. Cette pensée n’est pas du tout bordélique, loin de là. Il faut même apprendre à l’apprivoiser car elle est régie par des lois totalement contraires à celles dont on a l’habitude, celle du soi l’un soit l’autre d’Aristote (identité, non-contradiction, tiers exclu). Le jeu politique et sociétal en vaudrait la chandelle : « La capacité à combiner les cultures, les identités, les idées, les métiers, les comportements, les individus, les énergies fera toute sa valeur. » À la fois lumineuse, enjouée et naïve, agaçante (le risque d’une hybridation de bons sentiments en boucle) et asticoteuse (une façon autre de conduire son existence), la théorie hybride de Gabrielle Halpern tend à un centaurisme émancipateur. Au galop !

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