Il veut des tours partout dans Paris

Le 20 mai 2009

Un drôle d’animal politique et intellectuel : ex-dir-cab de Brice Hortefeux et "sarkozyste de gauche", Thierry Coudert milite à l’UMP pour une politique de civilisation des tours dans la capitale et un péage en centre-ville

#Politique #UMP #Urbanisme

« L’opposition de droite parisienne est dans le même état que le PS, ce qui est une litote », assénait Thierry Coudert à l’automne 2008. Sous ses airs de techno discret, efficace et droit dans ses Church’s, Thierry Coudert est un drôle d’animal politique et intellectuel. Ancien mitterrandiste, il se définit aujourd’hui comme un « sarkozyste de gauche ». Conseiller municipal UMP de la mairie de Paris, il vient d’entrer dans la petite cabine téléphonique du Parti Radical Valoisien, mais s’est emparé du porte-parolat francilien, et devrait savoir en user. Ancien dir-cab de Brice Hortefeux qu’il connaît depuis 2002 et avec qui il écrivit un livre réformiste (Jardin à la française : plaidoyer pour une république de proximité, Denoël), nouveau responsable de l’établissement public des logistiques sanitaires (EPRUS), l’énarque promo Louis Michel veut aussi la reconquête de l’opposition parisienne en fédérant « les bobos de droite ». Cette reconquête doit passer par une « nouvelle haussmannisation d’un grand Paris ».

Depuis des mois, le conseiller martèle qu’il faut capter les bobos que séduisent le Modem et le PS. Et ces électeurs-là, on ne les attrape pas avec du vinaigre. « L’UMP a besoin de se muscler intellectuellement, martèle encore l’élu du XVIIe arrondissement. Nous n’avons pas tant un problème de leader qu’un manque de fond pour appréhender l’évolution sociologique spectaculaire de Paris. »

Sorte d’intellectuel bling-bling qui organise ses réunions aux Bains-Douches ou au Show case, il anime le club La Diagonale. En 2006, ces « sarkozystes de gauche » souhaitaient clairement contrebalancer à l’UMP, les courants les plus conservateurs et notamment celui de Christine Boutin. Thierry Coudert a le goût des clubs, il animait déjà dans les années 80, un petit think-tank de la gauche libérale, Microméga, où passèrent, entre autres, Alain Bloubil et un certain Arnaud Montebourg. « La Diagonale me permet de renouer avec une sociabilité de la discussion politique, qui a totalement disparu au PS et est bien peu prégnante à droite », décrit-il. En 2009, tout en souhaitant occuper « l’aile gauche du sarkozysme », Thierry Coudert s’affiche désormais comme le leader du courant des « bobos de droite » dans le groupe UMP à la mairie de Paris. Les troupes sont encore maigres, mais il peut compter sur Lynda Asmani (Xe), Pierre-Yves Bournazel (XVIIIe ), David Alphand (XVIe ), et Marie-Laure Harel (XVIe).

Ses récentes tribunes publiées dans Le Monde, plébiscitant une civilisation urbaine structurée autour de tours mixtes à la fois lieu de travail, de vie et de résidence, ou encore une simplification des contours de la capitale, ont suscité de l’intérêt. La Diagonale a organisé des débats sur les sujets, avec le parrainage intellectuel de l’architecte Roland Castro. « Le repositionnement politique passera par la fonctionnalité de la ville du futur : le rôle de Paris et ses nouvelles frontières à définir, qui impactent l’urbanisme, les transports et la vie de la région, constituent des enjeux forts. Pour l’instant, ces enjeux restent au niveau d’un Clochemerle juridico-administratif. Le débat démocratique régional s’y prend de façon à ne pas intéresser le public. A aucun moment chez Delanoë ou Huchon, on ne sent le souffle d’un Haussmann pour Paris, ou d’un Paul Delouvrier théorisant sur la région parisienne. »

Pour Thierry Coudert, le périmètre de la capitale doit être élargi, en offrant la possibilité aux communes de la petite couronne d’intégrer Paris, et passer par une nouvelle haussmannisation. « Les résultats d’un référendum communal systématique organisé sur la question du rattachement ne laissent planer aucun doute dans la majorité des cas » parie t-il. Il préconise également la décentralisation de plus de compétences pour les mairies d’arrondissement, à l’instar d’une intercommunalité classique « pour rassurer les actuels élus de banlieue ».

Dans les semaines à venir, il occupera également le fauteuil d’administrateur du musée Jean-Jacques Henner, petit maître romantique de la fin du XIXe siècle, qui s’était assoupi dans un recoin du 17e arrondissement, et rouvre à l’automne. Une corde de plus pour un élu qui se pique de culture, un élément que chipotait jusqu’alors la droite parisienne. Une dernière main à un beau livre sur l’histoire de la café society, ces lieux cosmopolites et intégrés, devrait apporter une touche finale, et un rien chic, au leader bobo.
Lors de la primaire de l’UMP qui opposait Roger Karoutchi et Valérie Pecresse, même s’il est resté discret, Thierry Coudert n’a pas dissimulé son soutien au premier. L’élection militante a démenti son goût pour les compétents laborieux et les ombres floues du pouvoir. L’avenir dira assez vite, si l’ancien dir-cab a eu raison de se fourvoyer dans les pièges cruels du jeu politicien, plutôt que d’exceller dans la civilité de la café society et des clubs de réflexion. Bref, super-bobo, ou gros bobos.




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