Le président Michel Wieviorka démissionne de la Fondation de la Maison des sciences de l’homme

Le 21 juillet 2020, par Emmanuel Lemieux

Peu connue du grand public mais prestigieuse et destinée au rayonnement international des sciences humaines et sociales, la FMSH traverse une crise depuis deux ans. La démission du sociologue de son poste de président est un rebondissement important. Mais sans doute pas le dernier.

RECHERCHE. Coïncidence 1 ? Nous avons publié vendredi, une radiographie de la crise qui affecte depuis depuis deux ans, la Fondation de la Maison des sciences de l’homme (FMSH), dans notre supplément hebdomadaire, Le Caoua des idées. Coïncidence 2 ? Le jour où son ami Laurent Joffrin démissionnait de Libération pour une nouvelle vie politique plus active, Michel Wieviorka annonçait dans le même quotidien sa démission de la présidence de la FMSH. « On me l’a proposé mais jamais je ne démissionnerai » nous expliquait-il en avril dernier, après une charge très rude de la Cour des Comptes en ce qui concerne sa gouvernance et sont projet pour un second mandat. Peu connue du grand public, la FMSH a été créée par l’historien Fernand Braudel en 1963. Chargée de diffuser les savoirs scientifiques des sciences humaines et sociales, elle emploie actuellement 130 salariés (dont 61% de droit privé depuis 2010) et fonctionne avec un budget de 17 millions d’euros, dont 10 du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche - jusqu’alors sans contrepartie.

Dans son texte de démission, Michel Wieviorka pose une bonne question : comment la FMSH peut-elle échapper à la dilution de la bureaucratie scientifique ?

Peu à peu, une crise a couvé au sein de la petite institution, abritée par l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), au 54 boulevard Raspail. Managériale :le personnel serait particulièrement touché par un burn out massif, reconnu par la médecine du travail et une étude ergonomique. Technique : parmi les services proposés par la Fondation, la diffusion de revues et livres d’autres éditeurs scientifiques s’avère un authentique désastre. Identitaire : la FMSH doit trouver sa place dans le futur Campus Condorcet qui s’installe à Aubervilliers (Seine Saint-Denis), et arrimera définitivement en 2024, l’EHESS. Politique : la réélection sur le fil de Michel Wieviorka, 74 ans, en juillet 2019 a suscité la bronca de plusieurs membres du Conseil d’administration tels que Christophe Prochasson (EHESS) et Antoine Petit (CNRS).
Plutôt que de se faire réélire sous condition et même devoir être élu avec un programme qui lui est contraire, le sociologue a préféré partir avec les honneurs, et en politisant un peu plus l’affaire : alors qu’il jurait ses excellentes relations avec sa ministre de tutelle, elle est cette fois pointée comme une accélératrice de catastrophe : « Avec Frédérique Vidal ministre, la déstructuration de la FMSH s’est accélérée, devant beaucoup en effet à un système où les responsables politiques d’un État plutôt gazeux laissent une bureaucratie, ses réseaux et ses affidés universitaires développer des stratégies qui leur sont propres, et à courte vue. »

Dans son texte de démission, Michel Wieviorka pose une bonne question : la FMSH ne risque t-elle pas de se diluer dans la bureaucratie scientifique que pourrait générer le conglomérat du Campus Condorcet ?

Lire notre grande enquête sur la FMSH dans le Caoua des idées n°2.
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