Les bidonvilliens de Nanterre ont une histoire

Le 19 mars 2020, par Sylvain Boulouque

L’idée : Faire l’histoire sociale et politique oubliée de l’emblématique bidonville français.

SCIENCES SOCIALES. Victor Collet, doctorant à l’université Paris-Ouest Nanterre La Défense, rattaché à l’Institut des sciences sociales du politique (ISP), propose dans une étude novatrice, issue de sa thèse, de retracer la relation complexe qui s’est tissée entre les immigrés installés à Nanterre, les militants des diverses tendances de la gauche et la municipalité communiste.
La ville de Nanterre s’est en partie construite autour et puis sur des bidonvilles, les bidonvilliens constituant eux mêmes le gros de la main d’œuvre du BTP.

Dans les années 1960, les premiers à investir le bidonville pour venir en aide aux populations immigrées, principalement d’origine algérienne, sont les militants chrétiens qui cherchent à rompre leur isolement. Ils sont les tout premiers à défendre les immigrés face aux expulsions du bidonville et leur déplacement dans des cités de transit comme celle de Gennevilliers. Au fil des années, les conflits concernant les logements insalubres vont peu à peu dépasser le cadre du bidonville. Ils prennent alors plusieurs directions : développement des associations de soutien aux travailleurs immigrés, prise en compte dans les organisations politiques de la spécificité des bidonvilles nanterrois et enfin, développement de comités de lutte contre l’impérialisme.

Une contre-histoire des bidonvilliens mais également des rapports entre gauche radicale et travailleurs immigrés

Le temps symboliquement fort du bidonville hors les murs et des différents foyers d’agitation dans la fac est le développement en mai 68, de la crèche sauvage à l’Université de Nanterre. L’auteur rappelle les affrontements particulièrement violents entre les communistes de la municipalité et les gauchistes de la fac. La ville met tout en œuvre pour contenir les étudiants au sein du campus. Comme sur plusieurs autres terrains sociaux et culturels, l’organisation « mao spontex » Vive la révolution ! (VLR) joue un rôle central, car elle rompt avec les habitudes militantes. Ses pratiques dépassent le cadre confiné de l’université pour envahir la ville comme en témoigne l’exemple de cet espace militant, appelé la « Maison peinte », dans le petit Nanterre.

Se développent ensuite dans les années 1970-1980 divers mouvements contre les expulsions, contre les violences policières et les loyers abusifs. L’ouvrage se clôt sur une nouvelle page, celle de la mémoire de ces luttes sociales, culturelles et politiques chez les enfants du bidonville qui se sont socialisés avec ces conflits.
L’auteur ne réalise pas seulement une histoire des taudis de Nanterre, mais plus largement celle , parfois un peu partisane mais néanmoins passionnante, des rapports entre la gauche radicale et les luttes des travailleurs immigrés, restituant aussi le temps d’un document, la parole des oubliés.

Nanterre du bidonville à la cité, Victor Collet, Agone (2019), 434 p., 22 €.




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