Les bobos sont anarchistes et animistes

Le 3 septembre 2009, par Guillaume Jan

Une collection de récits de voyage ethnographiques et ludiques s’intéresse aux mœurs des minorités du monde.

Guillaume Jan, 35 ans, journaliste et écrivain-voyageur. Premier livre : Le Baobab de Stanley, Bourin éditeur.

Allons nous balader au pays des Gagaouzes, des Mapuches, des Bobos... Destinations imaginaires ? Pas du tout. La collection « Voyage au pays des… », suivi du nom exotique d’un petit peuple inconnu, remet au goût du jour les récits de voyages ethnographiques. Leurs courageux auteurs vont à chaque fois se frotter au quotidien des habitants de ces régions reculées, improbables peut-être, mais belles et biens vivantes ! Ainsi, le pays des Bobos n’est pas un arrondissement parisien mais une région de l’ouest du Burkina Faso, peuplée de paysans animistes et anarchistes. Et le Voyage au pays des Chleuhs n’a rien à voir avec une promenade en pays teuton : les authentiques Chleuhs sont berbères et vivent au Maroc, comme le rappelle, d’une plume alerte, Renaud de Sinety, dans son enquête menée à bicyclette tout au long de l’Atlas. Dans Voyage au pays des Lau, Pierre Maranda, disciple et ami de Claude Lévy-Strauss, raconte son premier contact avec cette tribu qui n’avait jamais vu d’hommes blancs, sur la mer de Corail. Chez les Mapuches, Alain Devalpo, infatigable grand reporter, décrit la résistance acharnée de ces autochtones du Chili….

Marianne Paul-Boncour et Patrick de Sinety, deux trentenaires passionnés de bourlingue, ont lancé cette collection en 2007 ; cinq livres ont déjà été publiés, d’autres sont en préparation. « Nous voulions nous démarquer des récits de voyages contemporains où, la plupart du temps, les auteurs ne s’intéressent qu’à eux-mêmes, sans considération pour les autochtones », explique Marianne Paul-Boncour. Marre de ces livres où le voyage n’est qu’un prétexte pour afficher des exploits sportifs ou des records d’endurance. « Ou des autobiographies dramatiques, soupire Patick de Sinety. Il est un peu obscène de jouer à se mettre en danger alors que, bien souvent, un occidental en voyage n’a pas grand chose à craindre comparé aux populations des pays traversés ».

C’est à la suite d’une pérégrination en Russie que le couple a l’idée de cette collection. « Nous avons vécu chez les Kamoukes et chez les Tatares, se souviennent-ils. A notre retour à Paris, nous avons voulu en savoir davantage sur ces peuples ignorés. Rien ! Juste un seul Dictionnaire des Peuples. C’était un peu court ». Ils rencontrent Emmanuel Pierrat, avocat, écrivain, passionné de voyages lui aussi, et fondateur des éditions Cartouche en 2004. Très vite, il est emballé par le projet poétique et ludique de ces deux étonnants voyageurs, et leur accorde le feu vert pour lancer cette collection de courts récits ethnographiques et réjouissants. « Nous avons aussi une démarche politique, ajoute Patrick de Sinety. Nous souhaitons parler de minorités étouffées, à l’identité fragile, souvent déniée. Nous voulons montrer qu’elles existent et qu’il est possible de voyager à leur rencontre ». Une résistance au conformisme imposé par les tour operators – chaque livre propose d’ailleurs des conseils pratiques et un lexique pour ceux qui souhaitent s’embarquer, pour de vrai, cet été par exemple, au pays des Gagaouzes, des Mapuches, des Bobos…



Repères :

http://www.cartouche-editions.com/



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