Louis-José Barbançon, dans les méandres d’un bagne

Le 20 décembre 2020, par Les influences.fr

HISTOIRE. Coffret Le Mémorial du bagne calédonien : Les chaînes (T.1) et La terre (T.2), Louis-José Barbançon, Au vent des îles, 1 100 pages, 85 €. Paru septembre 2020.

Louis-José Barbançon s’est lancé dans une étude gigantesque de l’histoire méconnue de la colonie pénitentiaire de Nouvelle-Calédonie.

On l’a pesé, plus de sept kilos. L’historien calédonien Louis-José Barbançon, l’auteur de ce Mémorial, a consacré un demi-siècle à explorer, soulever les pierres, débusquer des secrets et attraper les fantômes du bagne calédonien. Aidé par l’éditeur polynésien, Christian Robert, qui fête les 30 ans d’Au vent des îles, il a façonné un mémorial de papier exemplaire. Le premier tome, Les Chaînes, fait le récit des condamnations et de la condition pénitentiaire, le second, La Terre, aborde le bagne hors les murs et la liberté insulaire. Il avait déjà beaucoup écrit de documents et d’essais sur la réalité du bagne, mais là, dans un époustouflant travail de collecte d’archives administratives et privées, il met en scène sur plus d’un millier de pages, et quelques 1740 photographies, dessins ou poèmes, une réalité pénitentiaire bien moins connue que celle de son homologue guyanais de Cayenne.

Mais un bagne reste un bagne. Créé par un décret de Napoléon III, le 2 septembre 1863, le non-lieu est prévu comme lieu de transportation. Le tout premier convoi de 248 condamnés aux travaux forcés débarque sur l’île Nou le 9 mai 1864 après un voyage de plusieurs mois. Leur peine : les travaux forcés. La colonie mise sur cette main-d’œuvre pour ouvrir des voies sur la Grande Terre, construire des ponts, des bâtiments administratifs et leur propre pénitencier. Ceux qui sont condamnés à plus de huit années de bagne, ne reviendront jamais en métropole. Les multirécidivistes seront à partir de 1885, relégués sur l’île des Pins, La Ouaménie et Prony. Le bagne absorbera également 4 000 condamnés politiques comme l’emblématique Louise Michel.

On plonge frontalement dans les faits, on se risque à l’émotion. En appui des images, le travail de l’historien est essentiel, qui contextualise les éléments épars et décrit toute une micro-société, celle d’un « robinet d’eau sale » comme le qualifia le gouverneur Paul Feuillet, décidant de le fermer en 1896, afin d’encourager la venue de colons libres et plus présentables. Il cessera définitivement toute activité en 1931. Entre 1864 et 1897, 31 000 condamnés ont ainsi été expédiés en Nouvelle Calédonie. Libéré, le bagnard devient « chapeau de paille », soit broussard chargé de défricher un lopin cultivable ou de pratiquer l’élevage. Mais les agents de la pénitentiaire également s’y enracinent. Jusqu’à l’oubli.

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