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Pablo Delgado : condamné à être libre

Le 13 novembre 2019, par Jean-Luc Hinsinger

Quand figuration rime avec philosophie et littérature, on sait qu’on est chez Le cabinet d’amateur à l’écoute du conteur d’images Pablo Delgado…

C’est sur la valse d’un Beau Danube Bleu aux accents mariachis que nous entraîne Pablo Delgado. Voyage aux confins de la pensée si tant est que l’on soit ouvert à l’inconnu et imperméable aux injonctions de la conformité.

Nulle grandiloquence, il chuchote à nos yeux de discrètes et subtiles confidences sur un vaste champ, celui des infinis possibles, aux larges surfaces de couleur. Cet espace vierge, exempt de toute antériorité et de tous préjugés, se révèle d’une inaltérable et potentielle ouverture.

L’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et il se définit après.
(L’existentialisme est un humanisme, Jean-Paul Sartre)

A Singularity avait donné le coup d’envoi d’un voyage en trois temps.
Un personnage, seul, si petit que l’on pourrait douter de sa présence, semble flotter chevauchant des bulles aéronefs. Ni homme ni femme, ni jeune ni vieux. Atome d’un corps, poussière de la galaxie, cellule se mouvant sur de vastes à-plat colorés.
Image esquissée d’un soi à peaufiner. Une œuvre auto-suffisante, à nulle autre pareille, sans référence, préfiguratrice d’un monde nouveau, réinventé, débarrassé de tout virus régulateur d’une société sclérosée, formatée.
Cette image abstraite, mais paradoxalement figurative, éclaire précisément l’univers poétique et surréaliste auquel l’artiste a juré fidélité. Ces saynètes sont omniprésentes, tant dans ses expositions-installations que lors de ses interventions urbaines, à Londres, Paris, Los Angeles et ailleurs.

Allá, donde terminan las fronteras, los caminos se borran.
Donde empieza el silencio. Avanzo lentamente y pueblo la noche de estrellas,
de palabras, de la respiración de un agua remota que me espera donde comienza el alba.

(Libertad bajo palabra, Octavio Paz)

Là où cessent les frontières, les chemins s’effacent.
J’avance lentement et je peuple la nuit d’étoiles, de paroles,
de la respiration d’une eau lointaine qui m’attend où paraît l’aube.

(Liberté sur parole, Octavio Paz)

Space Matters est le deuxième étage d’une exposition en forme de triptyque.
Le personnage de Singularity rencontre l’autre. Un groupe de femmes mène la danse. Quelle fête, quelle joie, quelle excitation ! Virevolter, jouer, côtoyer, partager, échanger, comprendre ce qui nous rassemble dans le grand jeu de la vie et ce qui nous y différencie. Mettre en évidence les re-pères, la recon-naissance d’un « je », conscient et acteur de sa singularité, metteur en scène et réalisateur de lendemains qui chantent.

Des personnages dont la taille réduite au possible est proportionnelle à l’énormité de la tâche à accomplir, conscients de la difficulté qui les attend dans la construction d’une civilisation ouverte, aimante. Ils sont à peine visibles et néanmoins actifs au sein d’un espace à conquérir, acteurs essentiels d’une scène supposée bienveillante.
L’artiste tourne volontairement le dos au personal branding (marchandisation de l’individu par lui-même), aux posts, stories et autres nombrilismes des réseaux sociaux. Son œuvre ne copine pas avec les campagnes publicitaires, ne flirte pas avec les codes marketing ! Son imaginaire n’est pas un produit de consommation, pas plus que son ego.
À la surpopulation, au consumérisme forcené, à la pollution exponentielle de Mexico, mégapole au bord de la crise de nerf, Pablo Delgado, lui-même Defeño ou Capitalino (habitant de la capitale aztèque), répond par un travail de miniaturisation qui ne manque pas d’ambition : Smaller is Bigger.

Gaal s’éloigna ; dans le vide au-dessus de lui flottaient des lettres de feu :
TAXIS POUR TOUTES DIRECTIONS.

(Le cycle de Fondation, I, Asimov)

A Free Unit, troisième et dernière station de la trilogie «  2020, L’Odyssée de l’espèce », raisonnera sur les cimaises du Cabinet d’amateur. Comme un nouveau départ où il ne s’agira pas de suivre « un » chemin tracé mais « le sien », imprévisible, dissonant, debout en « personne libre ».

Un parcours semé d’embûches que doctes penseurs et philosophes, tenants d’un déterminisme social, estiment infranchissables. Les personnages de Pablo Delgado, aux regards juvéniles émerveillés, sont quant à eux porteurs d’une énergie positive, d’un mélange de naïveté, d’ambition et d’espoir. Une force qui permet de soulever des montagnes. L’aventure ne fait que commencer !

Pablo a toute notre confiance !



Repères :

Space Matters
Exposition du jeudi 21 novembre 18 h au 1er décembre 17h 2019

Le Cabinet d’Amateur
12, rue de la Forge-Royale
75011 Paris



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