Keupon studies

Le 3 octobre 2020, par Sylvain Boulouque

La culture punk revient en force dans les sciences sociales, l’histoire culturelle et les enquêtes biographiques. Une preuve de plus avec deux ouvrages parus aux éditions du Castor astral.

#Culture

#PUNK @castorastral

MUSIQUE. Il existe aujourd’hui une « science punk » : colloques, programme de recherche au CNRS (le projet PIND : Punk is not dead ), articles savants dans des revues académiques… Deux ouvrages moins scientifiques mais passionnants viennent ajouter des éléments à ce tableau de crêtes et de blousons de cuir clouté…

L’auteur Rémi Pépin : Requiem pour un Keupon, Castor Astral, 274 p. , 15,90 €.

Rémi Pépin n’en est pas à son coup d’essai. Cet ancien punk, chanteur du groupe Guernica, animé avec Loran, le futur guitariste des Bérurier Noir, est devenu graphiste depuis. Il cassait pas mal de codes scéniques et musicaux. Il continue de bousculer en proposant des travaux originaux aux marges des représentations classiques, notamment pour les éditions Inculte. Il a publié il y a quelques années Rebelles, une histoire du rock alternative (republiée il y a peu par les Archives de la zone mondiale, le diffuseur de tous les auteurs du rock alternatif à la française). Aujourd’hui, sous la forme d’un roman autobiographique, Requiem pour un keupon, il propose le récit d’un p’tit punk avec la scène originelle du mythique concert des Clash au Bataclan en 1977 – après celui non moins important de Rouen quelques jours auparavant – et s’achevant par l’autodissolution sur scène du groupe phare de la scène alternative années 1980 : Bérurier noir.
Ce récit nous entraîne dans le Paris en colère et en créativité électrique de la fin des années 1970, de la Fontaine des innocents à celle de Saint Michel en passant par les caves des appart et les squats de l’Est parisien. Cette époque était rebelle. Furieusement. De la rue Pali Kao à la rue des Vilins, les castagnes avec la police étaient fréquentes… La plus grande « victoire » : l’auteur décrit à merveille la manif de 1979, avec des flics et des « stals » battus à plate couture. Éclatant comme la lumière d’un cocktail Molotov, l’excellent récit de Pépin retrace sur une dizaine d’années, la vie bérurière et la scène punk, toutes les aventures joyeuses et la vitalité d’un milieu en marge.

Cameras Silens, Patrick Scarzello, Castor astral, 300 p. 14 €.

À plusieurs reprises, la scène rock parisienne a entendu l’écho de la scène bordelaise. C’est le témoignage d’un autre punk, Patrick Scarzello. La vie s’y organisait sur le même contre-modèle culturel. Lycéens révoltés en rupture musicale et politique, influencés par le renouveau venu d’Outre manche, mélange de Rock against racism [1] et de soutien à l’IRA (armée républicaine irlandaise). Le groupe se forme et se choisit ce nom de Camera Silens : pour dénoncer l’enfermement des prisonniers politiques. Durant une petite décennie,le quatuor écume la scène, mêlant poésie rugueuse, politique radicale et boîte à rythme. Très vite, leur mélange d’ acoustiques punks et reggae produit un son original, leur style. L’auteur a choisi pour rédiger son ouvrage de laisser la parole au défunt groupe : les extraits des interviews se succèdent pour permettre de comprendre sa généalogie et son succès. Mais, leur refus de parvenir et d’accéder au système médiatique les laisseront croupir dans une forme de confidentialité : purs mais peu entendus. Le chanteur, Gilles Bertin, décédé en 2019 [2] hésitera lui entre la musique et le banditisme, pour finalement plonger dans le deuxième monde, et par la suite un long exil romanesque en Espagne. Le groupe se saborde en 1988, laissant derrière lui deux albums d’autant plus mythiques et marquant le rock alternatif au même titre que les Bérurier noir.
Comme si les boîtes à rythmes continuaient à trente ans de distance à fonctionner pour faire entendre les « raia » fervents à la vue de bandes de potes un peu révoltés et aujourd’hui fantomatiques.



[1dont le documentaire White Riot de Rubica Shah vient de retracer l’histoire.

[2Trente ans de cavale : Ma vie de punk, Gilles Bertin, Robert Laffont



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